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Burkini à Grenoble : la liberté, pour quoi faire ?

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Publié le

17 mai 2022

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Légalisé à Grenoble au nom d’une conception déréglée de la liberté, le burkini pose un problème civilisationnel plutôt que légal, et se révèle incompatible avec la France plus encore qu’avec la République.
burkini

À 29 voix contre 27 et 2 abstentions, après plus de 2 heures 30 de débat, le conseil municipal de Grenoble a voté la modification du règlement intérieur de ses piscines pour y autoriser le port du burkini. Arguant d’un « progrès social », le maire EELV Éric Piolle plaidait pour que « les femmes puissent se baigner seins nus comme les hommes, que l’on puisse porter des maillots couvrants pour se protéger du soleil, qu’on puisse exprimer à la piscine comme dans la rue ses convictions politico-religieuses ».

La liberté pour les nuls

Perfection chimique de la postmodernité, l’argument est connu : au nom de la liberté individuelle et en vertu du respect de la « diversité », contre les oppressions en tout genre, chaque individu serait en droit d’agir comme bon lui semble, au mépris de tout ce qui nous fonde en tant que communauté politique. En vertu de l’auto-détermination de soi, il n’est plus rien qui puisse légitimement s’imposer ou faire barrage aux volontés de chacun. Au fond, tout ce qui est commun est fasciste – position non seulement contraire à la pensée conservatrice, mais encore à la vieille mystique républicaine à laquelle la gauche se raccrochait un temps.

En clair, c’est bien sur le terrain culturel, et non sur le terrain légal, que la question du burkini doit être posée : existe-il un ensemble de mœurs et de principes qui nous déterminent ontologiquement et qui justifient l’interdiction de certaines pratiques individuelles qui leur seraient contraires ? Le burkini n’est pas une affaire d’inadéquation formelle avec la République, mais bien d’incompatibilité substantielle avec la France – et c’est ce que sentent les 73% des Français y étant opposés.

Lire aussi : Burkini à Grenoble : l’islamo-gauchisme en action

Ce qu’acte Éric Piolle en autorisant le port du burkini, au-delà même du passage de l’assimilation française au modèle multiculturel anglo-saxon, c’est bien le dynamitage de notre homogénéité culturelle autant que de notre filiation historique. À partir du moment où les mœurs peuvent être redéfinies à leur guise par chacune des générations qui passent, c’en est proprement fini de la nation, transformée en une somme d’individualités qui cohabitent sur une portion de terre sans ne plus rien partager, si ce n’est une superstructure légale leur permettant d’interagir quand il le faut.

Les islamistes ont parfaitement compris en quoi cette permissivité, ce refus de discriminer le nôtre de l’autre, était le parfait moyen politique pour pratiquer l’entrisme en Occident. Ils peuvent dès lors, aujourd’hui avec le burkini, demain avec les horaires séparés, utiliser cette conception déréglée et béate de la liberté pour obtenir le droit de pratiquer l’islam radical et en étendre la pratique, conformément au programme de conquête énoncé par Youssef al-Qaradawi, chef spirituel des Frères musulmans, dès 2002 : « Avec vos lois démocratiques, nous vous coloniserons. Avec nos lois coraniques, nous vous dominerons. »

Un droit non-adapté

De fait, le droit n’est pas actuellement capable de répondre à la question du burkini. En 2016, dans son arrêt de principe Villeneuve Loubet, le Conseil d’État cassait une trentaine d’arrêtés municipaux interdisant le port du burkini sur les plages publiques, considérant que cette interdiction attentait à la liberté de conscience et à la liberté d’aller et de venir. En clair, il décrétait que la laïcité n’était pas un argument recevable pour entraver le port du burkini. Seuls les critères d’hygiène et d’ordre public étaient jugés légitimes pour interdire localement son utilisation, ce qui fut notamment le cas à Sisco en Corse suite à une violente rixe.

Quand bien même une femme choisirait en conscience de porter le niqab ou le burkini, celui-ci ou celui-là ne serait toujours pas légitime en Franc

Au fond, l’on risque d’assister, impuissants, à notre impossibilité collective de traiter la question avec l’arsenal législatif en vigueur. Très libéral dans l’esprit, équilibre trouvé à l’époque entre catholiques et anticléricaux, la loi de 1905 pose la neutralité des agents publics mais pas celle des usagers pour quelques motifs que ce soit. Pensée pour le christianisme, elle n’est pas en mesure de répondre à la menace théologico-politique que représente l’islam. La loi contre le séparatisme votée par la majorité il y a quelques mois, si elle a créé un référé-laïcité, ne permettra pas de suspendre l’arrêté municipal comme l’espérait la préfecture de l’Isère – celle-ci a d’ailleurs, dans un second communiqué, tempéré la légitime véhémence de ses premiers propos.

La solution est dès lors claire : il nous faut par la loi interdire le port de tout vêtement islamique, du voile au burkini dont la différence n’est que d’intensité. Lors des débats sur la loi séparatisme, les sénateurs LR avaient déposé un amendement allant dans ce sens, amendement cassé par la majorité LREM et le Parti socialiste. L’inscription dans la Constitution des racines judéo-chrétiennes de la France permettrait par ailleurs de bloquer, par jurisprudence, toute pratique fondamentalement contraire à ce que nous sommes.

La stérilité macronienne

Rien n’indique pourtant que la macronie franchira le pas, quand bien même elle a fait savoir son désaccord sur le cas grenoblois. Déjà à Rennes, les marcheurs étaient à la manœuvre aux côtés des socialistes pour rendre possible le port du burkini dans les quatre piscines de la ville.

Lire aussi : Crop top ou burkini ?

Pourtant, lorsqu’il déclarait en 2018 que le voile n’était pas conforme à la « civilité française », Emmanuel Macron avait parfaitement perçu qu’il s’agissait d’une question culturelle plutôt que légale. Depuis, il a cependant reviré de créneau argumentatif – démocratie oblige – pour aller chercher les votes communautaires qui s’étaient portés sur Jean-Luc Mélenchon. « Ce qui est beau, (…) (c’est d’)avoir une jeune fille qui porte le voile (…) et qui dit “est-ce que vous êtes féministe ?”… C’est la meilleure des réponses à toutes les bêtises que j’entends ». Il retombait ainsi, avec Piolle, dans les méandres libertaires qui permettent à chacun de faire ce qu’il veut du moment qu’il l’a choisi – ce qui primo n’est jamais vérifiable, et qui deuxio, quand bien même ce serait le cas, ne le rend pas davantage conforme à la civilité française.

C’est d’ailleurs là que le discours libéral-émancipateur bute : quand bien même une femme choisirait en conscience de porter le niqab ou le burkini, celui-ci ou celui-là ne serait toujours pas légitime en France (en bons modernes, étrangers à la dynamique de la foi, eux postulent que « l’émancipation » mènera nécessairement à l’oubli des traditions et du religieux, ce en quoi ils se fourvoient lourdement). Finalement, la France paye cher la neutralisation libérale du politique à l’ère contemporaine, le refus par le moderne d’assumer une axiologie et un contenu civilisationnel propre par-delà « les droits » de chacun. « Il n’y a pas de culture française. Il y a une culture en France. Elle est diverse », déclarait le président en 2017. Macron n’est qu’un Éric Piolle qui s’ignore.

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