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Caronbolage antispéciste

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Publié le

28 mars 2022

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Que se passerait-il si Aymeric Caron devenait président de la République française ? Petit essai utopique, ou dystopique, selon les sensibilités.
Caron

Et Aymeric Caron devint président ! Nul ne l’aurait prédit, ni les sempiternels débablateurs TV ni même les sondages, ces mirages, mais Caron trônait, se présentant comme le sauveur de toutes les espèces, le  président de « tous les vivants ». Par un concours de circonstances, une primaire avait eu lieu dans le camp socialiste qui vit s’affronter une flopée de candidats tous plus déterminés les uns que les autres à s’imposer à la tête du parti unique de Gauche dont les lignes de force se composaient de l’alliance écolo-sociétale ainsi que de quelques mesures strictement sociales, que les militants les plus zélés toléraient comme les vieilles lubies d’une ancienne Gauche boomeuse, d’arrière-garde, trop patriarcale pour se réclamer d’elle.

Le débat du premier tour avait mis en lumière l’insuffisance de la majorité des aspirants présidents : Taubira, Rousseau, Montebourg, Hidalgo et consorts firent pâle figure, si bien que seuls Mélenchon et Caron sortaient du lot. Aussi, ce ne fut pas un hasard de les voir s’affronter dans un virulent second tour. Caron, fort de son expérience de sniper chez Ruquier, de la foi aveugle et catégorique dans ses combats, de sa longue chevelure et de sa vague allure de mousquetaire, était comme enrobé d’une aura de leader charismatique à la Che Guevara. On le surnommait Che Guevegan. Certains le prenaient même pour une sorte de nouveau saint François d’Assise, depuis qu’il avait fait part de ses états d’âme chez Pascal Praud, confessant que l’hypothétique et malencontreux écrasement d’une fourmi pourrait, selon ses dires, le précipiter dans une crise de remords dont il ne se remettrait peut-être pas.

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Mélenchon, comme on sait, était fort de son charisme habituel, de son expérience et de sa vaste culture, ce qui lui donnait une image paternaliste bienveillante, contrastant avec celle de son rival. Mais le débat tourna court. Au bout d’un quart d’heure, Mélenchon s’étouffa et mourut sur scène. L’autopsie révéla qu’il s’agissait d’un bout de gigot qui lui était resté coincé dans le gosier. Aymeric fut déclaré vainqueur par forfait. Devenant le leader incontesté de la gauche, il sut se servir habilement du « Drame Mélenchon » pour diaboliser et insister sur les dangers, l’immoralisme et le karma qui attendaient les mangeurs de viande, si bien qu’il imposa l’interdiction catégorique d’en déguster, idem des œufs et autres mets issus de la souffrance animale. Enfin, il déclara que les animaux devenaient juridiquement nos égaux.

Il fit interdire le terme d’humanité, lui préférant celui d’Humanimalité pour insister sur l’équivalence ontologique de toutes les espèces et en gommer la différenciation sémantique. Ainsi, nous étions passés en « République antispéciste ». Le terme « bête » fut considéré par la loi comme une injure. Caron, qui depuis longtemps animait des colloques concernant le comportement des animaux entre eux, interdit aux carnivores de faire souffrir leurs semblables ainsi que leurs frères herbivores et frugivores. Le loup, l’ours, l’infinie variété des félins, les reptiles, les requins, les grands poissons et les baleines telles que le béluga et l’orque étaient fliqués, fichés S. Surtout l’orque, car elle avait ce vice humain de planifier ses meurtres et de jouer sadiquement avec la souffrance des phoques, ces boules d’amour ! La baleine bleue, quant à elle, engloutissait des millions de planctons par jour mais n’était pas considérée comme oppressive car les animaux composant sa pitance étaient dépourvus d’un système nerveux suffisamment développé pour être perçus comme de potentiels « êtres de souffrances ». De surcroît, elle ne les mâchait pas, de sorte que l’on ne put pas même déterminer si elle les avalait en conscience. Le ministère chargé de la lutte contre la grossophobie avait fait du lobbying pour favoriser la baleine, estimant que par un effet d’analogie inconsciente, cela servirait leur cause. Cette géante bestiole était donc passée entre les mailles du filet – le comble ! – pouvant ainsi continuer à mener son train de vie de toujours.

Devenus nos égaux, les gnous et les singes n’étant plus discriminés sur le plan affectif et sexuel, les accusations de spécisme s’ajoutèrent à la longue liste des néo-péchés-capitaux-capitalistes

Sociétalement, les humains vivaient dorénavant avec les animaux dans des villes vertes, ouvertes. Les biches, élans et toutes sortes de races (mot désormais politiquement incorrect, même chez les animaux) de singes se promenaient librement dans la rue, ce qui donnait lieu à des accouplements inter-espèces suscitant l’indignation des derniers réacs qui osaient encore exister. Ces « factieux », quasi-persécutés par l’État, et diabolisés par l’unique chaine « TV-gan », devaient porter un signe distinctif, le macaron. Devenus nos égaux, les gnous et les singes n’étant plus discriminés sur le plan affectif et sexuel, les accusations de spécisme s’ajoutèrent à la longue liste des néo-péchés-capitaux-capitalistes. Après le racisme, la xénophobie, l’antisémitisme, l’islamophobie, le sexisme, la misogynie, l’homophobie, voilà qu’une accusation de spécisme pouvait détruire la vie sociale de n’importe quel impudent imprudent. L’orang-outang était  défendu par des militants intersectionnels, car il subissait à la fois un spécisme lié à sa singité, à laquelle venait s’ajouter une discrimination capillaire, el famoso « Roucisme » dont la réalité avait été attestée par une association très dynamique, Les roux de la fortune, qui s’était fait connaître en menant des opérations roux-de-poing dans les collèges et primaires d’Île-de-France.

Caron développa très vite une idéologie de méfiance à l’égard de la vie car celle-ci résultait inéluctablement d’un rapport de domination sexuelle lié au principe mâle-femelle, par nature inégalitaire. Aussi, personne n’avait jamais consenti à entrer dans le champ de l’existence. En conséquence de quoi il estimait que les conditions préalables à la vie étaient incompatibles avec la notion égalité, contrairement à la mort.

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Cette philosophie s’était déjà abattue concrètement sur les poules caqueteuses qui n’existaient plus, ainsi que sur les moutons, chèvres et vaches, que l’on avait  rejetés dans l’escarcelle du non-être. Le but ultime de la politique végan était l’arrêt de la souffrance, du chagrin, de Le Pen, de l’affliction… en un mot l’éradication du mal, partout où il se trouvait. Le mal faisant intégralement partie de la vie, il n’était philosophiquement pas aberrant de l’assimiler à celle-ci et, de manière bienveillante, encadrée, éthique, de l’ôter progressivement aux citoyens humanimaux. Ce fut le cas chez les animaux de la ferme et les prédateurs devraient inexorablement subir le même traitement. Caron alloua une partie du budget du bien-être animal à la construction de centres d’euthanasie dans lesquels toutes les espèces carnivores vécurent leurs derniers instants. Elles furent d’abord anesthésiées, endormies, puis dépossédées de leur enveloppe charnelle de façon indolore.

Si les espèces herbivores et frugivores connurent un pic de natalité exceptionnel, les réjouissances furent de courte durée car très vite la flore se ternit, inéluctablement calvitiée par tous ces remodelages humains. Les animaux moururent en grand nombre. Sur le sol tapissé de cadavres, se répandirent de nouvelles épidémies qui achevèrent d’éliminer les espèces restantes. 60% de l’humanité la plus pauvre mourut des suites de ce cataclysme écologique. Le reste de celle-ci ne pensant qu’à les rejoindre, des millions de suicides furent recensés.

Caron et ses sinistres ministres étaient fiers des résultats obtenus. Encore un petit effort pour convaincre le peuple de ne plus se reproduire, et ils se retrouveraient enfin entre eux, ayant accompli la rude et noble tâche d’exonérer le monde du poids de sa souffrance, et de sa sous-France, accessoirement.

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