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Tandis que se profile le déconfinement, chacun commence à faire les comptes. Prise au milieu du duel économique qui oppose la Chine et les États-Unis, l’Europe pourrait servir de défouloir.
La Chine qu’on croyait vacillante en janvier semble s’en tirer mieux que l’Amérique : elle inonde de ses produits une Europe à l’agonie et fait payer au prix fort médicaments, masques, lingettes, gants et autres. Bien équipée, disciplinée, son économie a plutôt bien résisté si l’on veut en croire les chiffres du parti communiste chinois… Et puis Xi Jinping n’a plus à s’inquiéter pour sa réélection.
Les démocraties occidentales apparaissent plus faibles parce qu’elles sont transparentes et soumises aux pressions quotidiennes de l’opinion publique, des médias et désormais des réseaux sociaux. De fait, les pouvoirs publics prennent des mesures encore plus drastiques et paralysent leur économie faute de moyens et d’industrie de base. Mais alors, la balance économique mondiale va-t-elle basculer définitivement en faveur de la Chine ?
Mais alors, la balance économique mondiale va-t-elle basculer définitivement en faveur de la Chine ?
C’est oublier que, dans cette mondialisation malheureuse, les deux principales puissances se tiennent par la barbichette. La Chine détient créances, obligations et participations américaines. Les coffres de Pékin sont pleins de titres mais ce sont autant de « chiffons de papier » comme disait Bismarck en 1870. Si le débiteur américain se déclare en cessation de paiement, la Chine n’a plus rien. Si le consommateur occidental cesse de commander ses produits aux entreprises de Chine, ce sont des usines à Shanghai qui ferment. Un protectionnisme économique peut tout arrêter.
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Pour l’instant l’armée chinoise n’est pas assez forte pour se payer sur la bête. Et selon la vieille tradition commerciale de l’Empire du milieu, la Chine préfère tisser sa toile et maintenir ses clients dans une situation de dépendance plutôt que de gaspiller son argent en aventures militaires et risquer de tout perdre. L’armée jaune est d’abord une armée de boutiquiers. Les barbares du monde extérieur payent leur tribut, c’est là l’essentiel pour Pékin. Si la flotte américaine assure la sécurité des convois, la Chine peut s’en accommoder.
L’armée jaune est d’abord une armée de boutiquiers. Les barbares du monde extérieur payent leur tribut, c’est là l’essentiel pour Pékin.
En réalité, la Chine et les États-Unis sont bien plus complémentaires qu’adversaires. Un penseur comme Graham Allison a bien analysé dans Le Piège de Thucydide les risques collectifs d’une guerre entre la nouvelle Athènes et la nouvelle Sparte. Hormis quelques militaires avides d’aventures et quelques industriels de l’armement en mal de commandes, Chine et États-Unis sont deux nations de marchands, à cheval sur un continent et ouverts sur l’océan, parfaitement bien positionnés pour profiter à plein de la mondialisation des échanges. Depuis 1996, on annonce une guerre à Taïwan mais on n’a encore jamais vu deux puissances nucléaires se faire la guerre.
Ce n’est pas la pandémie venue de Wuhan qui changera quelque chose. Au contraire, chacun des deux empires est pressé de reprendre les échanges. La pénurie économique a conforté leur interdépendance et leur appétit commun de richesse et de gains. L’Europe est à vendre? Elle fera bien l’affaire.
Hadrien Desuin
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