Objet fascinant que ce huis clos à l’air libre, tourné sur une île déserte des Cornouailles où une scientifique sombre doucement dans la folie, victime d’hallucinations et d’images fatales qui semblent provenir d’un mystérieux mégalithe et contaminer peu à peu le réel. Le réalisateur britannique Mark Jenkin, dont c’est le deuxième long-métrage, tisse sur cet argument étique tout un réseau de sensations fiévreuses et d’inquiétudes sourdes, avec une économie de moyens bluffante : plans fixes cadrés au cordeau et longues plages contemplatives qui donnent la vague impression d’un monde parasité par les morts.
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Enys Men est un peu au cinéma ce que l’ambient est à la musique : une façon de montrer le vertige métaphysique par l’en-creux, de convoquer l’invisible par une science presque macroscopique, de l’image et du son. Avec son esthétique seventies qui convoque tour à tour Robert Altman et Kenneth Anger et son lent crescendo vers une angoisse qui refuse d’éclore, Enys Men impose son style : exigeant, onirique, à la lisière de l’expérimental.
ENYS MEN (1h30), de MARK JENKIN, avec Mary Woodvine, Edward Rowe, John Woodvine, en salles le 10 avril.





