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Citizen Bolloré

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Publié le

17 mars 2022

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« Ils ont des chapeaux ronds, vive les Bretons! » Les Français non bretonnants auront découvert la justesse de ces paroles à l’occasion des cérémonies du deux-centième anniversaire de l’entreprise familiale Bolloré, lors desquelles les membres mâles de la puissante famille avaient revêtu leurs plus beaux chapeaux. De quoi alimenter encore un peu plus la puissante haine nourrie à l’égard de ce milliardaire. Papier garanti sans pot de vin – on vous voit venir.
Citizen Bolloré

L’empire Bolloré est une holding comptant 80 000 salariés et réalisant 24 milliards d’euros de revenus annuels. Une paille… Vincent Bolloré est actuellement le chef de ce clan celte né des papeteries d’Odet fondées par Nicolas Le Marié. Il présidait d’ailleurs à ce bicentenaire organisé dans la petite commune d’Ergué-Gabéric, où le siège social du groupe se trouve toujours. Quelques manifestants s’étaient d’ailleurs réunis à la sortie de la messe, attendant Vincent Bolloré et ses fils en agitant des pancartes « Stop Bolloré / La haine médiatisée ».

Bolloré est perçu comme le grand argentier de la droite réactionnaire par une partie de la gauche française qui s’inquiète de la puissance de feu de son empire médiatique. On ne compte d’ailleurs plus les articles de Médiapart, du Monde ou de Libé suspectant l’homme d’affaires de vouloir « peser sur la présidentielle » et d’imposer son agenda idéologique. Sur LCP Assemblée Nationale, la journaliste Salomé Saqué a évoqué la commission d’enquête au Sénat consacrée à la concentration des médias sous le seul angle de Vincent Bolloré, le décrivant quasiment comme un méchant de James Bond occupé à faire élire Éric Zemmour président de la République depuis son repaire secret breton, entouré de curés espagnols en robes noires et de « complotistes » obnubilés par la « théorie » du Grand remplacement.

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Il y a là une forme de complotisme à rebours, Vincent Bolloré occupant dans l’imaginaire d’une partie de l’intelligentsia française le rôle assigné à George Soros par d’autres, comme si tout dépendait d’eux et que les Français étaient des ignares incapables de penser librement sans subir les influences de milliardaires lobbyistes. Ainsi quand un journal sérieux comme Le Monde enquête sur Vincent Bolloré, le chapô comprend immanquablement cette phrase : « En quelques mois, le milliardaire breton a bâti un pôle réactionnaire qui s’étend de l’audiovisuel à l’édition. Avec comme fer de lance le polémiste vedette Éric Zemmour, dont les obsessions identitaires et anti-islam colonisent le débat public ». On a connu des analyses plus modérées, plus pondérées.

Même quand Vincent Bolloré n’a aucun rapport avec un cas particulier, il est soupçonné de nourrir un plan occulte, invisible au commun des mortels. Gilles Clavreul, ancien délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme et figure historique du Printemps républicain, s’émouvait récemment du fait que Taha Bouhafs soit publié par les éditions de La Découverte… appartenant à Vincent Bolloré. Il ne lui en fallait pas plus pour se lancer dans des supputations ! Croit-il que Vincent Bolloré veuille que « le soleil ne se couche jamais sur la société du spectacle » en demandant officiellement aux équipes d’une des multiples entreprises qu’il possède de publier l’activiste d’extrême-gauche ? La question est plutôt de savoir s’il était même au courant.

La vérité est que faire vivre un média en 2022 est devenu impossible sans de généreux donateurs et soutiens, des mécènes qui ont aussi besoin de ces entreprises comme de vitrines

Si Vincent Bolloré avait bloqué la parution, il aurait été taxé de « facho », « réac », voire d’intégriste catholique, mais quand il ne fait rien, il est forcément l’acteur zélé du jeu pervers de la « tenaille identitaire ». C’est absurde. On pourrait reprocher à Vincent Bolloré, effectivement, d’alimenter la machine de la société du spectacle en ayant notamment laissé tout pouvoir à Cyril Hanouna sur C8, mais il serait malhonnête de faire du milliardaire breton l’occultiste des médias, à l’origine de la dérive spectaculaire des sociétés occidentales. Il offre un divertissement à une société qui en réclame et en trouve de bien pire ailleurs. Au juste, que reproche-t-on à Vincent Bolloré sinon d’avoir joué avec le privé le rôle qu’on demandait au public de jouer, c’est-à-dire de rééquilibrer la présence des sensibilités politiques dans les médias mainstream à fortes audiences?

Il n’y a pas de cabales lancées contre Matthieu Pigasse ou Xavier Niel, eux aussi proches d’hommes politiques et animés par des convictions qui leur sont propres. La vérité est que faire vivre un média en 2022 est devenu impossible sans de généreux donateurs et soutiens, des mécènes qui ont aussi besoin de ces entreprises comme de vitrines. Vincent Bolloré n’est ni pire ni meilleur que ses condisciples, à cette nuance près qu’il redouterait « l’invasion migratoire » selon Le Canard enchaîné. Une crainte qu’il partage donc avec les deux-tiers des Français. Qu’une grande fortune française n’abonde pas aux délires du wokistan par pur opportunisme aurait d’ailleurs de quoi montrer que la situation que nous traversons n’est pas une fatalité.

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