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CredoFunding : la finance au service du bien commun

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Publié le

21 février 2022

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Depuis une petite dizaine d’années, la plateforme CredoFunding permet à des particuliers de financer, par le don ou par le prêt, des projets sélectionnés au regard des principes de la doctrine sociale de l’Église.
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« À l’économique préférer l’humain. Aux politiques préférer les Évangiles. À l’argent préférer la vie », nous invitait Henri Pourrat dans ses poétiques Vents de Mars, une petite trentaine d’années après que Charles Péguy eut superbement tonné contre la corruption des cœurs par l’argent. C’est que l’on ne peut absolument chérir deux maîtres, l’un prenant nécessairement le pas sur l’autre ainsi que nous l’enseignent les Saintes Écritures. Et c’est au nom même de cet enseignement que la plateforme CredoFunding entend mettre l’argent au service du seul vrai maître.

Fils d’officier et d’abord enclin à embrasser la carrière des armes, Éric Didio débute sa vie professionnelle dans l’audit avant de rejoindre le monde bancaire lyonnais. Catholique pratiquant devenu père de famille, et tiraillé par la question du sens, il décide en 2014 de plaquer quinze années pour lancer CredoFunding, un site de financement participatif de projets chrétiens, avec le soutien de son épouse Servane qui travaillait jusqu’alors dans l’aide aux personnes âgées. Leur idée : sortir du monopole des banques les 4 500 milliards d’euros d’épargne des ménages français pour les réorienter vers des projets au service du bien commun.

Lire aussi : Éric Didio : « CredoLending, c’est un peu le banquier des projets chrétiens ! »

Connaissant par ses engagements associatifs les difficultés qu’ont les porteurs de projets à ressembler les moyens nécessaires, Éric Didio met sa très bonne connaissance des mécanismes financiers au service de la bonne cause, « pour que l’argent reste un serviteur » ainsi que l’indique le slogan de l’association. « C’est l’occasion rêvée de mettre en harmonie nos compétences professionnelles et notre foi, par souci de cohérence », précise son site internet. Constructions d’écoles et de calvaires, restauration de chapelles ou d’abbayes, fondations de patronages ou d’antennes médicales : en seulement huit années, près de neuf cents projets ont été financés pour un total de plus de vingt millions d’euros !

Pour que l’argent porte du fruit

À l’instar des nombreuses plateformes qui fleurissent sur internet, l’association oriente dans un premier temps sa stratégie de collecte sur le don, via le crowdfunding et le mécénat. CredoFunding conduit aussi les démarches pour obtenir subventions publiques et fonds européens.

En 2018, le projet prend toutefois une dimension nouvelle avec l’ouverture de la marque CredoLending, un service de prêt permettant de mobiliser l’épargne que les particuliers cherchent à valoriser. « Faire converger charité et performance, sens et rendement, tel est l’enjeu relevé par CredoFunding ». En « banquier des projets chrétiens », la plateforme doit devenir le tiers jusqu’alors manquant entre porteurs de projet et investisseurs « éthiques ». Sur le modèle obligataire, il propose ainsi des projets avec remboursement des sommes prêtées à une échéance fixée, avec un intérêt annuel.

« C’est notre ADN, notre terrain missionnaire : permettre à chacun, en fonction de ses possibilités, de donner ce supplément d’âme à son épargne et de vivre en cohérence avec sa foi, sa manière de gagner de l’argent ou de gérer son patrimoine »

En plus du service financier, l’association prodigue des conseils et offre aux projets une véritable vitrine, en les exposant auprès de ses soixante mille utilisateurs. Côté prêteurs, à la recherche de simplicité et de transparence, CredoLending est le biais idéal pour mettre leur argent au service des justes causes, permettant ainsi – et ce n’était pas gagné – l’avènement d’une finance qui a du sens. Une finance qui fonctionne par ailleurs en circuit court, à l’instar de ce qui se fait dans l’alimentaire, où emprunteur et investisseur établissent une relation de confiance en vue d’une réalisation concrète. « Notre objectif est de devenir une référence auprès des épargnants en matière d’investissements éthiques remplis de sens ». Ce service de prêt connaît un franc succès : 750 investisseurs ont déjà franchi le pas à hauteur de 8 millions d’euros, répartis sur 25 projets.

Récemment, c’est l’abbaye millénaire de Saint-Wandrille en Seine-Maritime qui a eu recours au savoir-faire de l’association. Pour perpétuer sa tradition d’accueil et face à la demande croissante d’hébergements, ces moines-bâtisseurs ont décidé de construire un nouveau bâtiment, l’hôtellerie Saint-Jacques, avec une chapelle et soixante-quinze couchages, le tout dans un style traditionnel fait de briques pleines, de chaux et de colombages en chêne de France. En plus des six millions de dons collectés à côté, l’abbaye avait besoin de contracter un prêt de 500 000 €, avec des remboursements échelonnés sur cinq ans. Grâce à CredoLending, l’argent a été réuni en cinq petites journées !

Au nom de la doctrine sociale de l’Église, et de Jésus

Pour que l’argent porte du fruit, l’association étudie soigneusement les projets qui lui sont soumis, particulièrement dans les domaines de l’éducation, de l’écologie intégrale, des fragilités humaines, de la culture et du patrimoine, et les trie au regard des cinq grands principes de la doctrine sociale de l’Église : bien commun, destination universelle des biens, subsidiarité, participation et solidarité. « C’est notre ADN, notre terrain missionnaire : permettre à chacun, en fonction de ses possibilités, de donner ce supplément d’âme à son épargne et de vivre en cohérence avec sa foi, sa manière de gagner de l’argent ou de gérer son patrimoine ».

Lire aussi : Eric Didio, donneur universel

Partant du principe de responsabilité sociale des entreprises (RSE) en vogue dans le privé, excellent principe en soi – car plus qu’un employeur, l’entreprise est un acteur social à part entière – mais par trop restreint aux enjeux du développement durable, l’association propose ainsi de le réorienter vers la doctrine sociale de l’Église et de prendre l’homme pour mesure, dans ses dimensions physiologique et intellectuelle, relationnelle et spirituelle. L’économie se trouve alors catholiquement réencastrée dans le corps social, selon le célèbre vœu de l’économiste hongrois Karl Polanyi, car l’argent a quoi qu’on en dise une odeur.

Fondée dans le régime capitaliste sur l’accumulation des biens, la finance est ici redéployée en un paradigme vertueux pour être mise au service de l’humain et de son plein épanouissement, au nom de la dignité inhérente qui le fonde et en vue de son salut. « Nous voulions que ce soit une plateforme soutenant les projets qui annoncent le Christ ressuscité ». Deo gratias.

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