L’IRLANDE ÉTERNELLE
CHAOS FOR THE FLY, GRIAN CHATTEN, Partisan Records, 15,99€
Moins d’un an après la déflagration que nous faisait subir le dernier disque de Fontaines D.C, son leader, Grian Chatten, sort son premier, album solo. C’est plutôt rare. Et cet Irlandais a un talent rare. Fanatique des Pogues, il reprend à sa façon le culte, l’incomparable, l’immense Shane MacGowan. À sa façon et à son niveau, certes. Mais on ne peut s’empêcher d’y penser. Ce que les Pogues avaient de folklorique, Chatten l’exprime d’une façon romantique. Les mélodies prêtent à la nostalgie plutôt qu’à la danse. On poétise dans cette tête, c’est certain, et d’une façon singulière et sombre. Son visage nous montre un être sauvage et doux, plein de paradoxes. Verlaine était ainsi. Ils se croisent peut-être en songe, du côté d’un pub brumeux qui dépasse les frontières de l’esprit. On pense bien sûr à un Dylan Thomas qui aurait écouté Nick Drake, Lee Hazelwood et Leonard Cohen en s’encanaillant lors des week-end avec ses amis de débauche. Ajoutez à tout ça le charme et l’âme incomparable de l’Irlande éternelle et vous y serez presque. Pour y être totalement : jetez vous sur ce beau disque. Emmanuel Domont

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LE DERNIER DES YÉYÉS
TIRER LA NUIT SUR LES ÉTOILES, ÉTIENNE DAHO, Barclay, 15,99€
Avec ce douzième album, Étienne Daho fait ce qu’il a toujours fait depuis quarante ans : proposer une variation sophistiquée, mélancolique et candide du choc qu’ont été les yéyés pour sa génération, celle du baby-boom. Daho, grand dadais de 67 ans, persiste à incarner la figure du petit frère chéri de ses sœurs, qui les colle dans leurs surboums, leur pique leurs disques et qui se trémousse devant son miroir en se rêvant « copain » de Sylvie, Françoise et des autres. Et par un enchantement que l’on ne s’explique pas : ça marche encore. Tirer la nuit sur les étoiles offre donc des mises à jour du thème « yéyé ». Tour à tour sombre, sensuel et dansant avec les titres « Virus X », « Le chant des idoles » ou « Les petits criminels », cinématographique pour « Roman inachevé » ou « Comme deux aimants » et naïf et prétentieux comme l’adolescence avec « Boyfriend » et « Respire ». NICOLAS PINET

LA GAUCHE, C’ETAIT MIEUX AVANT
LE TEMPS DE VIVRE, CYRIL MOKAIESH, Un plan simple, 16,99 €
Le chanteur Cyril Mokaiesh, que nous ne connaissions que comme pénible copie de Bernard Lavilliers, a décidé de rendre hommage à Georges Moustaki à l’occasion des dix ans de la disparition du « métèque » en reprenant douze de ses chansons les plus emblématiques. Les somptueux arrangements de Romain Humeau, qui donnent tout son sel à ce disque, ne s’encombrent pas du respect maniaque dû aux défunts et transforment ces morceaux, mille fois entendus, en pièces inédites, raffinées et entêtantes (« Et pourtant dans le monde », « Portugal »), subtilement parodiques (« Il y avait un jardin ») et risquent tout, même le ratage (« Milord »). Le choix des chansons composant cet hommage fait naturellement la part belle au chanteur engagé, au révolté, à l’utopiste, au doux rêveur et à l’humaniste, selon les formules consacrées, quand il s’agit d’évoquer les chanteurs de gauche et est d’une parfaite cruauté vis-à-vis des engagés d’aujourd’hui – parmi lesquels Mokaiesh lui-même – puisqu’il révèle la nullité de leurs textes. Définitivement, la gauche : c’était mieux avant. NP

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SPLENDIDE
THAT! FEELS GOOD!, JESSIE WARE, EMI, 20,99€
Let’s dance, les gars! Je vous le dis, si vous êtes avec des amis de bon goût et qui ne méprisent pas les années 80 et les airs vicieux et sensuels que l’on devait entendre et sentir du côté du 254 West 54 th Street à Manhattan, c’est-à-dire du côté du Studio 54, le club le plus culte de l’histoire des clubs, vous avez votre disque. Posez ça sur la platine (ou sur Spotify, si vous êtes moins snobs ou plus pauvres) et la soirée changera d’aspect. Aucun doute là-dessus. Plusieurs conseils: attendre au moins minuit, avoir de quoi faire des cocktails, mettre très fort et ne pas se prendre au sérieux. Pourtant la qualité musicale de cette disco moderniste est très sérieuse. Produit par l’impeccable James Ford (à qui l’on doit autant la production de disques des Arctic Monkeys que de Gorillaz, Foals ou Kylie Minogue), c’est une série de tubes puissants et hédonistes qui vont chercher leur inspiration du côté de Chaka Khan, Madonna, Donna Summer, Blondie, Grace Jones, ou plus récemment, Kylie Minogue ou Roisin Murphy. C’est élégant, dansant, pétillant et d’une efficacité splendide. ED






