Commençons par la mauvaise réputation de Malaparte. Lui reproche-t-on d’avoir été fasciste ou d’avoir été opportuniste, puisqu’il a ensuite plusieurs fois retourné sa veste ?
Malaparte était un admirateur de l’unité italienne, du Risorgimento, de Garibaldi et surtout de Mazzini, les pères du processus unitaire. Il était également fasciné par la Révolution française, et c’est là que se trouve le noyau qui permet de comprendre autant son fascisme que son communisme. C’est par francophilie qu’il s’engage comme volontaire en 1914, et son mazzinisme en fait un partisan du jacobinisme, mâtiné de christianisme social à la mode du xixe siècle. Son fascisme sera donc une mise à jour, en quelque sorte, de son républicanisme, sur lequel vient se greffer le mythe littéraire et politique du « peuple des fantassins » : de son point de vue, le sacrifice de millions d’Italiens entre 1915 et 1918 ne doit pas rester vain. Il cherche donc, entre 1919 et 1922, la force politique capable d’affirmer les droits des soldats et coche donc, à l’époque, toutes les cases du fascisme, dans sa mouvance de gauche. Il adhère au parti mussolinien quelques mois avant la Marche sur Rome après avoir fondé une éphémère avant-garde pacifiste autour de la revue Oceanica. Ce passage de l’un à l’autre, entre 1921 et 1922, demeure mystérieux jusqu’à ce jour. Du reste, Malaparte est assez machiavélien, comme on le voit dans son livre Technique du coup d’État. Il est aussi fasciné par la révolution soviétique, mais considère qu’un équivalent n’est pas souhaitable pour la Péninsule, car il convient, selon lui, de respecter le caractère particulier, national, des Italiens, plus individualistes que les Russes. Cet individualisme est aussi, à côté de son populisme, l’un des traits saillants du personnage Malaparte. Je l’étudie depuis trente ans, et honnêtement, bienheureux qui pourra expliquer la cohérence de son cheminement politique ! Hormis cet axe républicain, il n’y a pas d’épine dorsale dans sa réflexion. Et oui, je pense qu’on lui reproche surtout, aujourd’hui encore, son côté insaisissable. […]
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