Réfléchissons sur la loi anti-éthique (dite de « bioéthique ») et à certaines de ses dispositions. Les sondages montrent que les Français (et les Européens) sont contre les OGM. Comment comprendre alors que la loi, recommandée par le Comité d’Éthique (qui venait d’être caviardé par François Hollande au profit de ses minorités de clientèle) recommande la légalisation des embryons humains transgéniques ? Ainsi les Français seraient contre les OGM, qu’ils soient végétaux ou animaux, mais pas quand ils sont humains ? Et cet aspect de la loi est l’un des nombreux assauts de notre société manichéenne contre notre enracinement, notre corps, notre incarnation. Mettre un premier jalon vers des humains OGM est le pur produit d’une société hyper individualiste, qui nous somme d’être des self made (wo)men, c’est à dire les « produits de notre volonté ». Certes ce n’est pas faisable, mais si on nous en suggère l’idée, nous nous reprocherons de ne pas être à la hauteur de l’exigence (idiote) que nous avons intégrée. Le slogan « un enfant comme je veux » prend une tournure consumériste et eugéniste. En fait, comme souvent il faut distinguer la population de ses élites.
De même sur la légalisation des PMA pour des femmes seules. Jean-Louis Touraine, rapporteur de cette loi se contorsionne pour nier que sa loi préconise un droit à l’enfant, tout en le justifiant : « De façon unanime, les travaux préparatoires à la révision bioéthique ont écarté ou condamné cette notion de droit à l’enfant et confirmé que l’ouverture de l’assistance médicale à la procréation à toutes les femmes ne repose ni sur l’idée d’un droit à l’enfant, ni sur celle de créer ou de consacrer un tel droit. Il apparaît plutôt que la seule revendication est celle du droit au désir d’enfant ».
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Ah, on n’avait pas le droit au désir d’enfant avant ? Sauf qu’on acceptait le fait de devoir en passer par l’autre. Ne veut-il pas en fait éradiquer l’altérité (notamment sexuelle) et promouvoir le « jouir sans entrave » ? Il se dit donc contre le « droit à l’enfant », mais favorable au « droit au désir d’enfant » ! Qu’est-ce qu’un droit au désir qui est réalisé et pris en charge par la Sécurité Sociale, sinon un droit (opposable) ? Un des slogans de notre modernité serait Mon désir c’est la loi ! Mais si le fondement de la loi devient le désir, cela assied le consumérisme. Les soixante-huitards le critiquaient, mais ils mettaient le consumérisme sexuel au centre de leurs préoccupations ! Ils ont été les idiots utiles de l’évolution de ce qu’ils appellent le capitalisme. Qui peut satisfaire le désir ? L’État et le marché. Cela assied aussi le narcissisme (voir Christopher Lasch), l’enfermement dans l’hyper individualisme et sa mise en spectacle. Bref, cette loi de bioéthique est une tendance lourde et mortifère de nos sociétés.
Débattre ou ne pas débattre ?
Alors le débat se restreint-il au camp du Bien contre les catholiques intégristes, qui, du coup perdraient même le droit de s’exprimer, frappés d’anathème médiatique parce qu’intégristes ? D’une part je défends le droit de chacun (intégriste ou pas) de s’exprimer, d’être entendu et même écouté, si il accepte le débat. A contrario, Geoffroy de Lagasnerie est « de gauche, [ses] idées sont justes et pures » et il refuse donc « le paradigme du débat » ! D’autre part, je refuse tous les anathèmes. On a parfois des alliés insoupçonnés et qu’on ne doit pas mépriser. Par exemple des Gilets jaunes étaient aux manifs contre les PMA/GPA et les faucheurs Volontaires d’OGM ont pris position sur cette loi !
Quand les associations véganes ne disent rien sur les animaux chimères (c’est pas leur business), qu’allaient dire les Faucheurs sur les OGM ? Eh bien, qu’on soit pour ou contre leurs idées ou leurs actes, ils sont cohérents et ont pris position contre cette loi
Les faucheurs
Présentons-les parce qu’ils sont souvent caricaturés. S’opposant aux OGM dans l’agriculture, les faucheurs vont faucher des épis de maïs dans un champ d’OGM. Ils revendiquent et assument leurs actes et laissent une copie de leur pièce d’identité aux policiers. S’inspirant de la désobéissance civile, ils demandent à être poursuivis en justice pour débattre. Ils constatent que l’État refuse de les poursuivre tous. Serait-ce afin d’éviter le débat sur la contradiction que les citoyens refusent les OGM, mais que les décideurs (économiques et politiques) les imposent ? Quand les associations véganes ne disent rien sur les animaux chimères (c’est pas leur business), qu’allaient dire les Faucheurs sur les OGM ? Eh bien, qu’on soit pour ou contre leurs idées ou leurs actes, ils sont cohérents et ont pris position contre cette loi car elle va légaliser :
- des embryons humains transgéniques (fussent-ils non réimplantés mais le but est de nous y préparer) ;
- des animaux chimères : des cellules humaines pourront être mises dans des embryons animaux qui seront mis dans des femelles porteuses pour faire naître ces chimères (pour voir ce que cela fait) ;
- des cellules iPS qui sont faites pour permettre un tri sélectif sur des centaines d’embryons : c’est un eugénisme libéral que le rapporteur ne comprend pas car il pense que l’eugénisme n’est le fait que d’un État fort alors que cette erreur lui a été signalée par Jacques Testart pendant les auditions…
- des avortements (IMG) jusqu’au terme pour « détresse psychosociale » de la femme (amendement 524).
De même le groupe technocritique PMO publie un livre contre les PMA (Alertez les bébés, Ed. Service compris, 12€) qui rassemble les meilleurs arguments. Le dualisme, en politique comme en philosophie, est réducteur. Je retiens qu’il existe des écologistes cohérents, et d’autres qui défendent le cannabis et le mariage gay. Alors, les conservateurs vont-ils signer une pétition intelligente d’écologistes cohérents ou se draper de probité (très) candide ?





