Nous parlions hier des difficultés de la négociation du plan de relance européen post-covid. Cette nuit, à cinq heures du matin, l’annonce définitive d’un accord a été faite. Si nombre de médias favorables au président de la République comme Le Monde et Les Échos célèbrent un plan « historique », il est permis d’être circonspect quant au résultat final. Premièrement, si le principe d’une relance par la consommation après une violente contraction de l’économie est bon, la somme totale de 750 milliards d’euros est bien faible. En comparaison, les États-Unis, pour une économie globalement aussi forte que celle des 27, ont opté pour un plan de 2900 milliards de dollars. Par ailleurs, le plan américain est devenu une loi dès le 27 mars dernier. De l’avantage d’être une nation souveraine qui décide dans le cadre de ses institutions nationales.
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En effet, chercher une solution au niveau fédéral n’avait rien d’évident. Si la négociation officielle n’a eu lieu que depuis vendredi dernier, cela fait depuis que l’idée de ce plan a été lancée, à la fin du mois de mars, que les discussions font rage en coulisses. La relance a donc été fortement retardée par la nécessité de s’entendre à 27. Par ailleurs, c’est la nécessité de trouver un compromis avec les pays frugaux qui a réduit l’enveloppe finale. Aussi bien pour le montant que la vitesse de mise en place du plan, l’UE semble avoir été un handicap. Par ailleurs, ce plan va vraisemblablement avoir un impact net négatif pour la France qui va donner 69 milliards d’euros pour n’en recevoir que 40 en retour, selon les premières estimations.
Une solution qui aurait respecté les souverainetés nationales aurait pu être à la fois plus juste et plus efficace. Cette option était envisagée par les pays européens à la mi-mars. Elle aurait reposé sur un ensemble de plans nationaux rendus possibles par un assouplissement monétaire de la BCE, la solution adoptée suite à la crise de 2008. Ce plan aurait été à la fois plus rapide, car il n’aurait pas nécessité d’accord global et aurait pu être appliqué indépendamment par chaque État, et plus utile pour les pays comme la France qui se retrouvent contributeurs nets dans le plan de l’UE. En fait, l’accord européen a surtout un objectif politique : il préserve la zone euro qui aurait pu exploser en cas de décrochage des pays du Sud, très durement touchés par la crise actuelle, et redonne un souffle au projet fédéraliste européen, au point mort depuis le Brexit.
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