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Démocratie : le président émissaire

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Publié le

3 novembre 2021

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En régime démocratique, le renouvellement du personnel politique peut s’apparenter à l’élection sacrificielle d’un bouc émissaire, fait responsable de tous nos maux.
bouc émissaire

La démocratie est l’une des avancées patriarcales les plus intéressantes de l’histoire. Là où la Rome antique proposait une avancée juridique par la création du pater familias, figure imparfaite mais sortant quelque peu des systèmes primitifs, la Grèce inventait un système qui met fin au sacrifice sanglant du chef. Michel Rouche, grand médiéviste, nous raconte comment la souveraineté du chef païen, du roi ou de toute autre figure jouant ce rôle, descendait des déesses (dont les rois païens n’étaient que les époux), et prenait fin sur l’autel du sacrifice.

Lire aussi : La démocratie ou le bellicisme universel

À la fin d’une guerre perdue, lors d’une mauvaise récolte ou d’un problème de fertilité, la « crise sacrificielle » chère à René Girard se mettait en place. La fin des hiérarchies provoquait alors inévitablement une indifférenciation généralisée et une crise mimétique, elle-même engendrant de la violence à tous les niveaux. Ainsi, pour survivre, passant de la guerre du tous contre tous à la guerre du tous contre un, la communauté désignait son bouc émissaire : le chef. À la fois proche de nous, il fait partie du clan, et assez éloigné puisqu’il est placé sur un piédestal, le chef fait office de figure parfaite à sacrifier. Le sang qui coule amenait ainsi un retour de la souveraineté à la déesse, puis par la prochaine élection cette souveraineté redescendait dans le corps du nouveau chef. Paganisme et communauté primitive, même combat sacrificiel dans le renouvellement des élites.

La période électorale moderne est également un cycle de grande indifférenciation généralisée. Il se produit logiquement cette guerre du tous contre tous et pour se sortir de cette situation de division et de conflit nous désignons, non plus par le sang mais par le bulletin, notre bouc émissaire. Si le vote est secret, c’est avant tout parce qu’il est profondément sacrificiel ; si la chose est vue, la crise ne peut plus s’arrêter. Ainsi, pendant cinq ans nous avons face à nous le responsable de tous nos maux et pouvons répercuter nos fautes sur notre cher président. Nous en changerons dans cinq ans, dix ans, non pas pour placer un homme providentiel, mais pour se préparer à le sacrifier.

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