La démocratie n’est pas un régime politique fondamentalement moins belliqueux que les autres, peut-être est-ce même le contraire. Les régimes démocratiques ont été les déclencheurs de guerres particulières, qu’on peut qualifier d’« idéalistes » par opposition aux guerres « réalistes » dont les objectifs sont strictement matériels, comme l’a expliqué Jean-Baptiste Noé dans son article La Démocratie et la guerre. Ces dernières sont d’ailleurs limitées dans le temps à l’accomplissement d’une tâche bien définie : conquête ou appropriation d’une ressource.
L’approche westphalienne des relations internationales que les États-Unis auraient abandonnée, est dite « réaliste ». Elle a produit des décennies de paix qui ont été logiquement compromises par le déséquilibre des puissances européennes, ainsi de la France de Louis XIV, mais aussi, par des régimes portant des idéaux révolutionnaires ; au premier rang desquels se trouvaient la France impériale et l’Allemagne nationale-socialiste. Des démocraties ? Pas selon les définitions les plus communément acceptées, mais bien des régimes fondés sur des Idées. Leur droit d’ingérence, ces régimes se l’accordaient par la force, persuadés de la légitimité de leurs prétentions et de la force de leurs projets politiques.
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Cette idée de droit d’ingérence s’est, sous l’influence américaine, encore accentuée. Henry Kissinger l’a parfaitement décrit dans son ouvrage L’Ordre du monde : « (L’Amérique) est devenue une superpuissance alors même qu’elle refusait d’admettre la moindre intention de mener une politique de force. La politique étrangère de l’Amérique a reflété la certitude que ses principes intérieurs possédaient une valeur universelle et que leur application était invariablement salutaire ; que la vraie mission américaine à l’étranger n’était pas de conduire une politique extérieure traditionnelle, mais de s’efforcer de répandre des valeurs que tous les autres peuples étaient censés reproduire ».
C’est ainsi que les États-Unis sont devenus « l’Empire du bien », une hyper-démocratie utilisant sa supériorité morale pour imposer au monde ses us et coutumes. Le libre commerce a besoin de citoyens libres, a-t-on longtemps pensé avant que la Chine ne nous démontre le contraire. Reste que les visées américaines n’avaient pas pour objet seulement le cynisme mercantile, tant l’idéologie a pu jouer comme vecteur de guerre au Vietnam puis en Irak. Évolution du droit d’ingérence, le devoir d’ingérence théorisé par Jean-François Revel en 1979 est consubstantiellement fondé sur les principes démocratiques, puisque son exercice est conditionné à l’obtention d’un mandat accordé par une institution supranationale légalement reconnue aux instances inspirées des principes de fonctionnement des démocraties représentatives. Belliqueuse, la démocratie le deviendra à mesure que sa « tolérance » s’étendra. Demain, peut-être, livrerons-nous des guerres au nom de l’idéologie woke.






