Il y a ceux qui disent « J’ai changé », pour faire croire qu’ils ont entendu les reproches qui leur étaient adressés, alors qu’au fond d’eux, ils sont restés les mêmes, n’usant et n’abusant de cette sémantique que par pure tactique électoraliste ; et puis il y a ceux que l’orgueil empêche d’avouer que ce qu’ils défendaient hier était une erreur et qui, n’ayant nulle envie de devoir se justifier, se font les adeptes de la méthode subreptice en espérant que nul ne s’apercevra qu’ils ont fait disparaître ce qui était hier un point central de leur programme.
Dans la première catégorie, Nicolas Sarkozy, dont les électeurs auraient dû se souvenir qu’en bon fan de Johnny Hallyday, il ne pouvait pas avoir changé, puisque « ça ne change pas un homme / un homme ça vieillit ». Dans la seconde, Marine Le Pen, qui ne peut se dédire sans risquer de se discréditer, tant elle se targue que son parti et elle-même aient tout anticipé, tout préconisé, dans tous les domaines, sous les sarcasmes de l’ensemble de la classe politique, avant que chacun ne vienne plus ou moins se ranger à ses analyses, quand bien même s’en défendent-ils.
Il lui faudra tout de même expliquer, de préférence avant les scrutins des 20 et 27 juin, comment elle conçoit maintenant l’organisation administrative et territoriale de la France
Alors, pour savoir ce que pense Marine Le Pen de la régionalisation, ne lui ressortez pas ses « 144 engagements présidentiels pour 2017 », ils ont été discrètement relégués à la rubrique « archives ». Ce de quoi nous lui en savons gré, puisque c’est très exactement ce que nous lui avions réclamé dans notre numéro d’avril dernier sous le titre « Marine Le Pen : ce que le peuple de droite vous demande ». Comme quoi elle nous lit ; comme quoi, aussi, nous ne prêchons pas (toujours) dans le désert.
Il lui faudra tout de même expliquer, de préférence avant les scrutins des 20 et 27 juin, comment elle conçoit maintenant l’organisation administrative et territoriale de la France. Car parmi les « engagements » qui ont été relégués à la case « pour mémoire » figure le sixième d’entre eux, placé juste après l’instauration du référendum d’initiative populaire : « Conserver trois niveaux d’administration (au lieu de six actuellement) : communes, département et État. » Concrètement, cela signifiait, entre autres, la suppression des conseils régionaux.
La présidente du Rassemblement national justifiait cette mesure par un triple souci de « simplification », de « proximité » et d’« économies ». En découleraient la « suppression des doublons » et une « répartition claire des compétences », et les contribuables n’auraient qu’à se réjouir, de surcroît, d’une « baisse des impôts locaux », obtenue grâce aux économies réalisées sur les indemnités des élus régionaux et sur les frais de fonctionnement.
La véritable réflexion de fond sur l’organisation territoriale de la France n’a toujours pas été menée au sein d’un parti où tout se décide à Paris et qui tient ses responsables départementaux pour des « préfets »
Nombre d’études – en vérité, quasiment toutes ! – ayant démontré que le millefeuille administratif français devait certes être réformé, et pas qu’un peu, mais que la suppression des conseils régionaux (ou leur réduction à un simple rôle de coordination entre les départements), ainsi que des intercommunalités, était une absurdité, qui reviendrait en prime à redonner tous les pouvoirs à l’État central, on n’en a plus entendu parler, une fois la présidentielle passée, nul élu régional du RN n’ayant, à notre connaissance, déposé de motion proposant la suppression… de son gagne-pain. Pas même Gilles Pennelle, le président du groupe RN au conseil régional de Bretagne, qui, en bon petit soldat, était monté au créneau pour expliquer que « baisse du nombre d’élus, de fonctionnaires territoriaux, simplification administrative et économies sont les recettes pour remettre la France en ordre ».
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Dans une campagne dont les enjeux régionaux sont totalement absents, le sujet est cette année occulté. Peut-être parce qu’il y a d’autres mesures plus urgentes à prendre pour « remettre la France en ordre ». Peut-être aussi parce que la véritable réflexion de fond sur l’organisation territoriale de la France n’a toujours pas été menée au sein d’un parti où tout se décide à Paris et qui tient ses responsables départementaux pour des « préfets », ce qui donne une idée de sa vision de la France.
Peut-être également parce que Marine Le Pen va entrer en campagne présidentielle et qu’elle n’a pas de temps à perdre à chercher les fameux 500 parrainages. Et que, comme l’avait relevé, taquin, l’Institut Montaigne : en 2017, 53 % des 627 parrainages qu’elle avait déposés au Conseil constitutionnel provenaient de conseillers régionaux ! Ce n’est pas pour rien qu’aux candidats investis cette année par le RN, mais non membres de celui-ci, il n’ait été exigé de leur part qu’un seul engagement : apporter leur parrainage à Marine Le Pen…





