Emma est une jeune et belle allemande, originaire de Prusse-Orientale et adolescente lors de la prise de Berlin par les Russes en avril 1945. On sait à quel point le traumatisme est resté fort dans la mémoire collective : 100 000 allemandes furent en effet violées par les troupes soviétiques à Berlin en 1945 et jusqu’à deux millions dans l’ensemble du Reich. Par chance, Emma échappe à cette tragédie ; elle aura toujours conscience d’avoir évité le pire.
Le lecteur est conduit à travers le récit de sa vie quotidienne à découvrir la destinée d’une vie allemande au XXe siècle : enfant, Emma voit l’avènement du régime nazi et ne comprend pas la brutalité qui s’abat sur les commerçants juifs de son entourage. En même temps, les enjeux la dépassent et elle se réjouit, comme tous les Allemands, des exploits militaires de la Wehrmacht où son cousin Dieter est incorporé. Succès en Pologne puis victoire foudroyante contre la France ; ce 6 juillet 1940, la liesse est totale à Berlin lors du défilé triomphal organisé porte de Brandebourg ; Emma déclare alors vouloir épouser Hitler !
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Pourtant, les jours s’assombrissent : Dieter revient du front de l’Est avec la mine grave, les obus commencent à pleuvoir sur Berlin, les sirènes retentissent en permanence et on apprend à vivre dans la promiscuité des caves. Les Russes se rapprochent, les orgues de Staline grondent, Emma est réquisitionnée au sein de la Volkssturm et apprend à manier le Panzerfaust jusqu’à ce qu’un instructeur lui dise de partir sur le champ pour sauver sa peau. Le régime tombe, Hitler meurt, Emma se retrouve à devoir faire du marché noir avec les Américains pour pouvoir nourrir sa mère dans Berlin occupé. Elle est réquisitionnée par les Russes pour travailler à la poste contre un maigre salaire jusqu’au jour où on lui demande de travailler gratuitement une journée pour l’anniversaire de Staline. Elle refuse, ce qui l’oblige à quitter ce qui est alors devenu la RDA pour passer à l’Ouest où elle devient mannequin avant de faire sa vie en France.
Mais la nostalgie de Berlin ne la quittera jamais… Un récit poignant où Gérald Sibleyras a su montrer toute la complexité d’un destin allemand et où les protagonistes, pris dans le feu d’une action qui les dépasse et d’un régime qui les dévore, n’ont ni le recul du temps ni le surplomb d’une compréhension extérieure des faits. Cela n’empêche pas Emma d’être une grande femme à sa manière, pleine de vitalité, de bon sens, de courage et de pragmatisme. Bouleversant.

Éditions de Fallois, 192 p., 18€





