Des villes saccagées, une police prise pour cible et une dette qui n’en finit plus d’exploser. Et si c’était la fin ? La France se meurt de la faillite d’un État en faillite. Jean-Luc Mélenchon, en bon trotskyste, arrose les braises au canon à essence. Les anciennes majorités siègent sur des ruines et s’écroulent jour après jour dans les sondages. Seule Marine Le Pen grimpe. Pour le moment. À Trappes, un psychopathe schizophrène et cocaïné a canardé des innocents. Parmi les victimes, une enfant. Le mobile de l’horreur serait raciste. La gauche renifle son Papy Voise, et Emmanuel Macron une nouvelle opportunité de marquer l’Histoire, quitte à la tordre. « C’est un tournant dans la vie de notre République », dit-il, mâchoire serrée et voix grave. Il s’est précipité sur les lieux. Bien d’autres n’ont pas eu cet honneur. « C’est un tournant parce que c’est la première fois qu’il y a un acte terroriste planifié pour tuer nos compatriotes, nos enfants, à raison de leur couleur de peau ou de la religion qu’on leur donne. » Quand il ne parle pas pour ne rien dire, il crache des ignominies. On ne se lancera pas dans un décompte macabre. Il sait. Vous savez. Tout le monde sait. Encore 180 jours. C’est long. Trop long.
Chaque jour, une crise chasse l’autre. Même le ciel s’en mêle et les réseaux lâchent. « Les emmerdes, ça vole toujours en escadrille », disait Chirac. L’aérodrome s’appelle la France. Qui sait quelle prochaine secousse la fera s’écrouler sous le poids de nos renoncements ? Des fumées s’échappent des villes qui ont coulé leurs illusions dans le béton des logements SRU. La bourgeoise panique. Avant, elle voyait ça de loin. Depuis son écran de télévision, la bonne conscience tenait. Finito. Le Vésuve se déverse jusque devant sa porte. Les habitants de Pompéi ignoraient tout, pas les Français. Certains annonçaient l’éruption depuis bien longtemps. Ils n’étaient pas prophètes, ils avaient des yeux et des larmes coulaient. Qu’importe. La bourgeoise écoutait les autorités : « Profitez du paysage, ma bonne dame, tout ceci n’est qu’un sentiment. » Le dimanche matin, le rimmel encore accroché aux valoches, elle découvre que le sentiment a tout ravagé. Et voilà qu’on annonce les prochains épisodes : « Bismillah, c’est les ténèbres. » Et ta sœur.
Lire aussi : Éditorial d’Arthur de Watrigant : La fille prodigue
L’alliance tant redoutée entre ceux qui détestent l’État et ceux qui détestent la France s’est scellée dans les rues. Les bourgeois révolutionnaires et la racaille : la coalition électorale théorisée par Terra Nova. Faut reconnaître que nos émeutiers offrent aux razzias une nouvelle dimension. Jadis, les pillards tentaient de dissimuler a minima leurs forfaits ; les nôtres, non seulement les filment, mais font des directs. En plus des territoires, ils veulent conquérir des abonnés sur Snapchat. Ils devraient ajouter des sous-titres. Tout le monde n’a pas encore été colonisé et Duolingo ne propose pas l’apprentissage du dialecte raccaillo-islamique. On fracasse des vitrines, on fuit avec une PlayStation et on se prend pour un conquérant. La vie est chère, paraît-il. La barbarie est surtout un spectacle. Au milieu des décombres, quelques professions semblent pourtant promises à un bel avenir. Les pillards ne touchent ni aux bouquins ni aux jambons. Parents inquiets, voici le conseil d’orientation de l’année : que vos enfants deviennent libraires ou charcutiers. Ou directeurs de CAF.
En 2005, les banlieues s’embrasaient. Vingt ans plus tard, les barbares sont devenus parents, mais pas moins barbares, et l’État est de plus en plus lâche. Les images ont fait le tour du monde, et donc aussi de nos créanciers. Un État qui plie devant une meute d’analphabètes, c’est non seulement humiliant, mais c’est surtout hors de prix. Qui veut prêter au tiers-monde ? Les candidats comptent leurs électeurs et Bercy les milliards qui manquent. On promet. On ne fait que ça. L’ordre dans la rue et dans les comptes. Les partis ont un calendrier, les créanciers des échéances. Les barbares, eux, n’en ont aucun. Et quand l’État laisse prospérer la violence, le chaos enfante des monstres. À Trappes et ailleurs.
Le Vésuve n’attend pas les élections.
Cliquez ici pour vous procurer le numéro 102 ou vous abonner à L’Incorrect.





