Spécialiste de la question théologico-politique, le philosophe Bernard Bourdin présente l’une des plus célèbres controverses intellectuelles du XXe siècle dans un ouvrage fort intéressant qui, après une copieuse mais savante introduction, confronte Le Monothéisme comme problème politique d’Erik Peterson au Catholicisme romain et forme politique de Carl Schmitt, comme deux propositions faites à l’épineuse mais éternelle question du rapport entre catholicisme et politique. Pour le premier, célèbre théologien, le catholicisme forme une polis exclusive qui, en prolongeant le Christ, et du fait du dogme trinitaire et de son eschatologie, n’a pas vocation à légitimer quelque ordre politique que ce soit : la foi reste indemne de toute politisation.
Lire aussi : Perseverare diabolicum : aux frontières de la rationalité
À l’inverse, le juriste-sociologue, alors engagé avec les nazis, met la théologie au service de son décisionnisme et de son institutionnalisme : par son organisation politique, l’Église est un modèle idéal de représentation et d’autorité – la légitimité y est rationnelle mais non-impersonnelle car descendante du Christ – dont l’État souverain contemporain devrait s’inspirer pour sortir du modèle contractualiste et libéral issu de la rationalité scientifique. En clair, la théologie lui sert à légitimer l’autoritarisme politique. Position fausse s’il en est, car la véritable laïcité – la chrétienne – pose de facto la distinction des deux ordres, et leur agencement : c’est le politique qui doit servir le théologique, car le Christ est Roi.

Ed. du Cerf, 216 p., 24 €





