La Corse compte quatre circonscriptions pour environ 240 000 électeurs. Un arrondissement de Paris ou de Marseille, certes mais un poids politique aussi imposant qu’étrange ou mystérieux. Dans l’âme de la vie politique française, la Corse reste cette terre charnelle, chrétienne et conservatrice. On s’étonne de ses humeurs, de ses réactions, de ses soubresauts, on peut aussi s’étonner de ses paradoxes, de son goût pour la contradiction mais dans le cœur, elle reste la terre du politique et non de la politique. Bienvenue à vous, mesdames et messieurs les continentaux dans cet autre monde, cet univers que vous ne pourrez jamais comprendre !
Souvenez-vous de cette série culte de la fin des années 50 et des années 60, la Quatrième Dimension. Au tout début de chaque épisode, une voix : « Vous entrez dans une autre dimension, faite non seulement de paysage et de son mais aussi d’esprit. » On doit au créateur de la série, Rod Serling de nous avoir entrainé dans des mondes mystérieux et parallèles, ce qui a nécessairement cultivé notre imaginaire. Mais allons plus loin et imaginons maintenant une série qui aurait un cadre merveilleux, une intrigue digne de Game of Thrones avec des personnages sortis de Baron noir mais aussi de Kaamelott : ça s’appelle la politique corse.
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On ne va pas être plus ironique mais la politique insulaire est aussi tragique que comique, aussi cruelle qu’elle peut être ignominieuse. Le détestable parvient à prendre souvent la main sur le beau, l’héroïque, le courage, l’audace. L’incompétence, le fatalisme, le pessimisme, le manque d’envie et d’ambition font aussi lois d’airain. En clair, il faut sortir de la carte postale. L’âme corse est dévoyée depuis plus d’une vingtaine d’années au moins. Cette société ancienne, traditionnelle et agropastorale a été percutée de plein fouet par une immigration continentale et d’ailleurs qui représente aujourd’hui plus de la moitié de la population insulaire. Après on va s’étonner que les électeurs votent Le Pen et nationalistes…
Le paysage politique est, de son côté, des plus courants. La droite, la gauche, les nationalistes, tout cela a du mal à se déchiffrer aujourd’hui mais il est certain que les récentes élections présidentielles ont démontré un vrai basculement à gauche et à l’ultragauche de plusieurs élus insulaires alors que le peuple a voté à droite. Un conformisme qui fait dire qu’à la fin, une fois, bien assis dans leurs sièges, les élus ne cherchent qu’à plaire aux médias et autres cercles d’influence…
Comme les élus ont abandonné le peuple, le peuple les abandonnera au moment des élections législatives avec un taux d’abstention record
Comme ils ont abandonné le peuple, le peuple les abandonnera au moment des élections législatives avec un taux d’abstention record. Un taux d’abstention record dans un territoire, une île où le droit de vote relevait autrefois de l’honneur et de la dignité.
En Corse, ils seront donc plus d’une trentaine de candidats pour représenter les couleurs des nationalistes autonomistes et indépendantistes, de la droite désunie de LR à Reconquête en passant par le RN et à l’extrême gauche avec des candidatures Nupes et Communistes.
Dans la 1ère circonscription de Bastia et de la Haute-Corse, Michel Castellani pour Fà Populu Inseme de Gilles Simeoni, est, de nouveau, candidat pour rempiler cinq ans de plus au Palais-Bourbon. Parmi ses opposants, la candidature indépendantiste de Petru Anto Tomasi pour Corsica Libera, les candidatures sociales-libérales de Julien Morganti et de Jean-François Paoli, celle de Michel Stefani pour le parti communiste, Jean Lamberti pour Reconquête et Alexis Fernandez pour le RN.
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Dans la seconde circonscription de la Haute-Corse, la plus étendue de l’île avec ses 190 communes, le député sortant, Jean-Félix Acquaviva est, également, candidat pour Fà Populu Inseme. Il doit, lui aussi, affronter un candidat nationaliste, en l’occurrence le maire de Belgodère et Président de la Communauté de Communes de L’Ile-Rousse Balagne, Lionel Mortini. Cette division serait-elle de nature à faire le jeu du candidat divers droite, François-Xavier Ceccoli, le président de la fédération LR de la Haute-Corse qui a préféré pour ce scrutin privilégier l’étiquette divers droite ? Les avis divergent sur la question d’autant qu’il y aura aussi dans cette circonscription un candidat du RN, Jean Cardi, un agriculteur qui souhaite surfer sur la vague bleue Marine en Corse qui, rappelons-le, a atteint pas moins de 60% des électeurs.
Dans la première circonscription de la Corse du Sud, c’est Laurent Marcangeli, le maire d’Ajaccio quoi part archi-favori pour succéder à l’ancien député LR Jean-Jacques Ferrara. En cas d’élection, on parle déjà de lui pour assurer la présidence d’un futur groupe Horizons à l’Assemblée nationale. Mais pour traverser la Rue de l’Université, il devra affronter deux candidatures nationalistes, celle du docteur Jean-Paul Carrolaggi et du conseiller territorial Fà Populu Inseme, Romain Colonna, une candidature du Rassemblement national avec Nathalie Antona, une candidature de Reconquête portée par David Quintela.
Enfin, la seconde circonscription de la Corse du Sud qui comprend l’Extrême-Sud, le Sartenais, le Valinco, l’Alta Rocca, le Taravo et une partie de la ville d’Ajaccio, promet un beau combat politique entre le député sortant Paul-André Colombani, la maire de Grosseto Prugna soutenue par Horizons, Valérie Bozzi, le leader du Rassemblement National en Corse, François Filoni et le candidat de Reconquête, Olivier Battistini. À gauche, Nupes présentera la candidature de Dylan Champeau tandis que le Parti Communiste sera représenté par Pierre-Ange Muselli-Colonna.
Après l’élection présidentielle qui a été un vote refouloir, ce sont les forces et les partis les plus structurés, disposant de moyens financiers et de collectivités locales qui feront la différence à l’occasion de ces législatives
Dans chacune des circonscriptions, il n’y a donc guère de surprises à attendre, les trois députés nationalistes sortants ont de très grandes chances d’être réélus tandis que l’élection de Laurent Marcangeli s’apparente d’ores et déjà comme une simple formalité.
Après l’élection présidentielle qui a été un vote refouloir, ce sont les forces et les partis les plus structurés, disposant de moyens financiers et de collectivités locales qui feront la différence à l’occasion de ces législatives. Quant aux différents discours, ils ne sont ni lus, ni écoutés ou entendus, le ramage ne se rapportant pas au plumage et les citoyens qui sont, en réalité, aujourd’hui de simples consommateurs, préfèrent voter pour gagner un jeu-concours au Burger King que de se rendre aux urnes.
Alors, que peut espérer la Corse de ce triste pays qu’est devenu la France ? La France de Macron qui intervient dans le transfert d’un joueur de ballon rond, cette France qui va demander à Greta Thunberg de conduire sa politique environnementale, cette France qui confond les supporters de Liverpool avec les restes de l’armée de Churchill en Libye… Baccalà per Corsica. De la morue pour la Corse !





