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Élections, piège à Macron

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Publié le

22 juin 2021

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Le président Emmanuel Macron a tenté de nationaliser le débat des régionales et de forcer un duel pré-présidentiel entre le RN et LREM. Une stratégie qui a échoué et qui pourrait bien avoir des conséquences profondes sur la démocratie française.
Macron

Les élections régionales sont en train de se refermer comme un piège sur notre démocratie. Le président de la République a opté pour une stratégie hasardeuse en s’appuyant sur la faiblesse structurelle des collectivités territoriales françaises. Emmanuel Macron connaît parfaitement le manque d’implantation locale de La République en Marche. Aussi, il craignait un désaveu cinglant le mettant en difficulté à un an du scrutin présidentiel. Ne pouvant se permettre une débâcle, il a tenté d’enjamber la difficulté d’une part en s’efforçant de nationaliser le suffrage, d’autre part en comptant sur un fort résultat du Rassemblement national. L’idée était d’imposer d’ores et déjà un match à deux entre lui-même et Marine Le Pen, réduisant les autres forces politiques au rôle de spectateurs ou de petits supplétifs.

Lire aussi : L’abstention a le dos très large

Pourtant, le résultat tourne à bien autre chose. Les conseils régionaux disposent de prérogatives tellement faibles et confuses que le vote n’intéresse personne, hormis les clientèles électorales patiemment constituées par nos dirigeants locaux à grand coups de subventions ou de créations d’emplois dans les administrations et structures parapubliques qu’ils contrôlent. Les rares sujets techniques sur lesquels ils disposent de quelques prérogatives sont tellement émiettés qu’ils ne permettent aucun choix clair. À l’opposé, la machine à mobiliser l’électorat au nom de grands débats nationaux, tels que ceux sur la sécurité ou l’immigration, n’a pas fonctionné car personne n’a été dupe de l’opération. Les régions ne servent à quasiment rien et certainement pas à arrêter les délinquants ou à contrôler les frontières. Il aurait fallu donner un autre souffle à la campagne, une autre envergure aux discours ainsi qu’aux acteurs descendus dans l’arène, ministres ou non, pour transcender l’élection. Or tout est demeuré étriqué. Cinq membres du gouvernement envoyés par ici, quelques autres par-là, n’y ont rien changé, bien au contraire.

Cinq membres du gouvernement envoyés par ici, quelques autres par-là, n’y ont rien changé, bien au contraire

Lassés des promesses électorales sans cesse répétées mais rarement tenues, les citoyens ont massivement fui les urnes. Deux enseignements importants s’imposent, mais seront des marchés des dupes pour ceux qui croiraient pouvoir en tirer profit.

La première erreur serait de considérer que ces élections récompensent les élus sortants en raison de leur bilan avantageux. Les majorités régionales en place se maintiennent d’abord parce qu’en cas de crise, les syndics de faillite déjà désignés sont très généralement conservés. D’ailleurs, des exécutifs de gauche comme de droite, menant chacun des politiques opposées, se retrouvent quasiment tous en tête à l’issue du premier tour, ce qui démontre que les suffrages ne tiennent pas à leurs programmes respectifs, mais à leur simple présence. Ils font partie des meubles. Ils offrent la sécurité des habitudes, la tranquillité de l’inertie. Ils représentent l’indolente continuité. Personne n’en espère rien pour l’avenir. Ils protègent d’un pire. Mais ceux qui oublieraient que leur victoire repose sur les pieds d’argile de l’abstention massive se dirigeront droit vers d’amères désillusions. Un destin national réclame bien autre chose qu’un plébiscite régional, qu’une victoire d’apprenti Badinguet dessinée en un trompe l’œil électoral par les effets cumulatifs de la crise sanitaire et d’une grève abyssale des urnes.

Les partis peuvent se voir reprocher, notamment par leur mode de fonctionnement interne, de paralyser l’expression populaire au lieu de l’incarner

La seconde erreur serait de croire que les Français ont refusé de voter par sentiment de rejet du politique. Certes, en très grande majorité, notre pays n’accorde plus sa confiance à un personnel politicien qu’il juge comme formant une caste médiocre, opportuniste et déconnectée des réalités. Pour autant, notre pays attend des solutions politiques à la crise qui le frappe. La question posée est alors de savoir si l’abstention au scrutin régional représente simplement un geste d’humeur, un désintérêt momentané en attendant les temps sérieux de l’élection présidentielle, ou s’il s’agit d’un phénomène beaucoup plus profond, nos concitoyens considérant qu’aucune issue politique satisfaisante ne peut plus sortir des bulletins. Dans ce dernier cas, la critique porte sur l’ensemble de l’édifice de la démocratie représentative telle qu’elle œuvre aujourd’hui. Les partis peuvent se voir reprocher, notamment par leur mode de fonctionnement interne, de paralyser l’expression populaire au lieu de l’incarner. Ils sclérosent la République en l’enfermant dans leurs logiques d’appareils.

Emmanuel Macron s’est évertué à piéger le débat régional. Une trappe bien plus grande menace de se refermer sur lui

La Vème République devait mettre fin au régime des partis. Ces derniers ont pris leur revanche, faisant de nos institutions leur chose. L’arrivée d’Emmanuel Macron à la présidence n’y a rien changé. Si l’abstention gigantesque ne suffit pas à sonner le tocsin, si nos dirigeants n’y voient qu’une fatigue démocratique régionale passagère, une sorte d’épiphénomène post-Covid, s’ils négligent le signal, alors ils condamneront les Français à rechercher hors des scrutins les voies et moyens de changer les données politiques du pays. L’explosion des violences de toute sorte se trouve au bout d’un tel chemin. Elles ne prendront peut-être pas obligatoirement des formes directement révolutionnaires ou insurrectionnelles. Mais elles plongeront notre société dans un climat général de brutalité, de révoltes, de délinquances sauvages, d’émeutes permanentes, d’ingouvernabilité. Il en résultera d’une manière ou d’une autre un saccage de l’État de droit, de nos libertés et de la démocratie. Emmanuel Macron s’est évertué à piéger le débat régional. Une trappe bien plus grande menace de se refermer sur lui.

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