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Emmanuel Macron, adepte du modèle italien ?

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Publié le

14 novembre 2019

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L’aventure macronienne, si on peut appeler aventure l’agglomération circonstancielle d’intérêts matériels contradictoires derrière un homme dont la ductilité confine à l’ambiguïté, peut toujours se parer des atours de la nouveauté, ce qui est d’ailleurs un de ses fonds de commerce. Elle n’est au fond que la répétition, portée, nourrie, grossie par les médias, d’une pratique politique du XIXe siècle. Une pratique alors dénoncée en France et qui avait cours, essentiellement, chez nos amis italiens.

 

 

 

Sa volonté affichée de dépassement du clivage gauche-droite, sa politique faite de bric et de broc empruntant au libéralisme (la fiscalité), au libertarisme (la PMA et, pour le second mandat, la GPA ?), au socialisme (l’égalitarisme, par exemple en matière scolaire), au gauchisme (les connivences avec l’islamisme), son jeu de bascule constant, un coup à droite pour détacher quelques anciens notables de LR, un coup à gauche pour attirer socialistes (mis à part les anciens affidés de Dominique Strauss-Kahn qui forment le noyau dur de ses proches et n’ont pas besoin d’être séduits par leur créature) ou écologistes, tout cela rappelle furieusement le « transformisme » ou trasformismo qui fut l’une des bases du système politique italien après le Risorgimento.

Cette alliance de la classe dirigeante, « de droite » et « de gauche », a bien été expliquée par Mario Missiroli : fondée sur la convergence des intérêts matériels de ses membres, elle visait à les préserver contre les adversaires d’alors, l’Église et le peuple : « Ce fut un phénomène typique de la classe bourgeoise qui choisit de se dissoudre en tant que parti pour garder le pouvoir en tant que classe ».

Agostino Depretis, originaire de la gauche, comme Emmanuel Macron, président du Conseil en 1876, concentra ainsi ses efforts sur la constitution d’une majorité « dépassant » l’affrontement gauche-droite pour s’agréger, par des accommodements nombreux et un clientélisme intense, des notables des deux camps. Lesquels, une fois compromis et ayant goûté aux plaisirs et avantages du pouvoir, ne pouvaient que fort difficilement se libérer de cette étreinte contre nature. Gramsci, que l’on utilise aujourd’hui à toutes les sauces, avait disséqué avec son acuité coutumière ce phénomène par lequel s’élabore « une classe dirigeante de plus en plus large (…) à travers la récupération progressive mais continue (…) des éléments actifs qui avaient jailli soit des groupes alliés, soit des groupes adversaires et qui paraissaient farouchement ennemis. ». Cette alliance de la classe dirigeante, « de droite » et « de gauche », a bien été expliquée par Mario Missiroli : fondée sur la convergence des intérêts matériels de ses membres, elle visait à les préserver contre les adversaires d’alors, l’Église et le peuple : « Ce fut un phénomène typique de la classe bourgeoise qui choisit de se dissoudre en tant que parti pour garder le pouvoir en tant que classe ».

 

Lire aussi : Élections générales en Espagne : le blocage, encore et toujours

 

Les ennemis de cette classe dirigeante n’ont finalement que peu changé. Le peuple est toujours en première ligne, ce qui fait logiquement du macronisme un antipopulisme par essence, dont on a vu à quel point la crise des Gilets jaunes le désarçonnait. Si l’Église-Institution n’est plus l’adversaire d’antan, les dogmes catholiques restent, eux, les derniers obstacles à l’émergence d’une société de l’hyper individualisme, du libéralisme économique et sociétal le plus échevelé. D’où, selon les cas, soit leur attaque frontale, par exemple avec la remise en selle de la théorie du genre ou l’instauration de la PMA, le tout dans le contexte d’un flirt irresponsable avec certains tenants de l’islamisme, soit des tentatives de séduction de l’électorat catholique (discours des Bernardins, essai de récupération lors des européennes…). Dans les deux cas, il s’agit de neutraliser l’un des derniers potentiels de résistance aux élites mondialisées : le « bâton » des politiques conflictuelles éloigne les plus craintifs et pousse à l’enfouissement et au silence ceux qui ont ou des espérances ou beaucoup à perdre, la « carotte » des politiques plus consensuelles attire les catholiques « sociologiques », issus de la bourgeoisie et avides de stabilité et de respect des institutions. Reste une frange du catholicisme, celle qui avait animé la Manif pour tous, fondamentale parce que jeune, férue de réseaux sociaux et, surtout, fervente, mais les trahisons successives de l’UMP puis des Républicains l’ont laissée, pour l’instant, en déshérence et sans débouché politique.

Désormais disponibles pour un matérialisme mou, mâtiné de « valeurs » innommées et pseudo-humanistes, ils ressemblent fort à ces « catholiques zombies » décrits par Emmanuel Todd et à ces bobos bienpensants qui forment les bataillons macronistes. Cette « transformation » a été d’autant plus aisée que personne à droite, ni Nicolas Sarkozy ni Laurent Wauquiez, n’a tenté d’attirer ces vastes troupes, faute d’en comprendre les origines et les motivations.

M. Macron a donc transformé en macronistes les anciens strauss-kahniens, les anciens juppéistes, une bonne part d’écologistes, les notables opportunistes de tous les camps. Il a commencé à faire basculer les anciens démocrates-chrétiens (notamment en Bretagne et en Alsace). La démocratie chrétienne, trop souvent vécue de manière disjointe de la foi, contaminée par l’antienne sur la religion devant être confinée à la sphère privée, transformée en vulgaire centrisme, bien éloignée de l’exigeant et intransigeant catholicisme social des origines a été, pour nombre de ses adeptes mal formés, parfois déformés, notamment par les suites de Vatican II, une occasion de sortie de la religion. Désormais disponibles pour un matérialisme mou, mâtiné de « valeurs » innommées et pseudo-humanistes, ils ressemblent fort à ces « catholiques zombies » décrits par Emmanuel Todd et à ces bobos bienpensants qui forment les bataillons macronistes. Cette « transformation » a été d’autant plus aisée que personne à droite, ni Nicolas Sarkozy ni Laurent Wauquiez, n’a tenté d’attirer ces vastes troupes, faute d’en comprendre les origines et les motivations.

Le transformisme a surtout ceci de grave qu’il refuse la confrontation des politiques et l’alternance et favorise la corruption des mœurs politiques.

Mais passons sur ces histoires de boutiques. Le transformisme a surtout ceci de grave qu’il refuse la confrontation des politiques et l’alternance et favorise la corruption des mœurs politiques. Sous couvert de rassemblement, de rationalité, d’équilibre, il tue en réalité la politique et le politique pour réduire la première à des marchandages et des compromissions clientélistes, et le second à l’économisme telle que vu par les « élites » : instrumental, à court terme et rémunérateur. Un des exemples les plus illustratifs de la dérive concussionnaire du transformisme macronien est donné par le plan « Action cœur de ville ».

 

Lire aussi : La gauche défile contre le blasphème envers l’islam

 

Dans le secret du cabinet du ministre de la Cohésion des territoires, depuis récompensé d’une prébende au Conseil constitutionnel, a ainsi été établie la liste des quelque 200 communes (sur 800 villes en difficulté, selon le Sénat) qui, seules, bénéficieraient de la manne de l’État pour redynamiser leurs centresvilles. Le Sénat avait dénoncé la manœuvre permettant de distribuer 5 milliards d’euros sans critères clairs et précis. Il n’est cependant pas sûr qu’elle ait échoué. Il faudra faire le compte, lors des municipales de 2020, de ceux des maires de ces villes qui « opportunément » adopteront l’étiquette macroniste !

Et ultime paradoxe, ce faisant, il a suivi le chemin inverse d’un Matteo Salvini qui a choisi d’incarner un décisionnisme fondé sur des majorités solides, des choix politiques nets et des convictions fortes. Un décisionnisme qui vient de lui faire perdre une première manche face à l’establishment mais qui prépare peut-être un retour d’autant plus marquant.

Loin d’innover, Emmanuel Macron a donc repris un élément essentiel, et fort discutable, de la vieille culture politique italienne. Ce faisant, tout en tentant se donner une image gaullienne, il a rompu avec certains des principes fondateurs de la Ve République dont la constitution de majorités cohérentes, l’acceptation de l’alternance franche, l’assomption du conflit. Et ultime paradoxe, ce faisant, il a suivi le chemin inverse d’un Matteo Salvini qui a choisi d’incarner un décisionnisme fondé sur des majorités solides, des choix politiques nets et des convictions fortes. Un décisionnisme qui vient de lui faire perdre une première manche face à l’establishment mais qui prépare peut-être un retour d’autant plus marquant.

 

 

Le Groupe Plessis

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