Élections générales en Espagne : le blocage, encore et toujours

Crédit : Twitter @voxnoticias_es

Les électeurs espagnols ont été appelés aux urnes pour les quatrièmes législatives en quatre ans. À chaque scrutin, la droite sociale se rapproche de plus en plus du pouvoir. Désormais, elle pèse un poids suffisant pour être représentée au gouvernement. Mais dans un paysage politique totalement archipellisé et instable.

 

L’échec socialiste et la gauche « radicale » en recul

 

En laissant une situation de blocage se perpétuer, Pedro Sánchez (Parti socialiste ouvrier espagnol) espérait améliorer nettement ses résultats des élections générales anticipées du 28 avril 2019 en profitant d’un nouveau scrutin national. Son objectif était clair : détruire l’opposition de gauche et s’imposer clairement face à ses adversaires de droite. Pour cela, il lui fallait obtenir mieux ce 10 novembre 2019 qu’il y a six mois – au moins 130 sièges de députés sur 350, contre 123 précédemment.

Pourtant, il n’en a rien été : avec 120 sièges ce 10 novembre, non seulement le PSOE n’améliore pas son score d’avril dernier mais recule sensiblement (environ 800 000 voix perdues). Son pari est donc manqué et il lui sera encore plus difficile de gouverner aujourd’hui que cela ne l’était il y a six mois.

 

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Il faut en effet noter que la coalition Unidas Podemos recule elle aussi – 35 sièges contre 42 en avril. Certes, la formation de Pablo Iglesias ne tombe pas dans l’abîme mais son poids dans la politique nationale est moindre. Cette perte de 7 sièges ne peut s’expliquer par le surgissement de Más País (formation de l’ancien numéro deux d’Iglesias, Íñigo Errejón) car ce parti n’en remporte que deux.

 

Le Sénat, plus incertain que jamais

 

La gauche s’en sort plutôt mal au Sénat, qui est pourtant capital dans la définition de la politique budgétaire espagnole et l’application de certaines dispositions constitutionnelles (comme la suspension de l’autonomie d’une région). Sur les 265 sénateurs que compte l’Espagne, 208 sont élus par les citoyens eux-mêmes. Le 28 avril 2019, le PSOE avait remporté 123 sièges et s’était assuré une majorité absolue à la chambre haute. Ce 10 novembre, les socialistes ont perdu 31 élus au Sénat, tandis que le PP en a gagné 30. Les sociaux-démocrates perdent ainsi leur majorité absolue dans l’hémicycle.

La plus faible participation du 10 novembre (69,87 %, contre 71,76 % il y a six mois) a donc bien pénalisé la gauche. De même, l’exhumation de Francisco Franco hors du Valle de los Caídos n’a pas été décisive pour ce bloc idéologique.

 

Vox qui rit, Citoyens qui pleure

 

L’autre nouvelle de la soirée est, en quelque sorte, en miroir : tandis que les centristes de Citoyens (Cs) se sont effondrés, passant de 57 à 10 députés (poussant leur président, Albert Rivera, à la démission), la droite radicale de Vox a plus que doublé son résultat d’avril, obtenant 52 députés contre 24 (plus d’un million de bulletins supplémentaires). Le centre de gravité de la droite bouge, en particulier en Catalogne (dans la province de Barcelone, PP et Vox doublent leur représentation à la chambre basse) mais aussi dans la Région de Murcie (où les hommes de Santiago Abascal arrivent en tête) et en Andalousie (où la formation de droite s’impose comme la troisième force régionale).

 

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Alors que Cs doit digérer son batacazo (terme espagnol désignant un effondrement, un fiasco), les dirigeants de Vox peuvent se réjouir car dépasser les 50 députés leur permettra de déposer des recours auprès de la Cour constitutionnelle.

Le PP, de son côté, remonte un peu la pente avec 88 députés, résultat honorable face à la débâcle d’avril (66 élus) mais encore très insuffisant au regard de ses scores historiques.

 

La paralysie institutionnelle, une fois de plus

 

En cette soirée du 10 novembre 2019, ni la droite, ni la gauche ne parviennent à la majorité absolue. Les nationalistes de droite (PNV) et de gauche (Bildu) se renforcent au Pays basque, les formations territoriales s’installent dans le paysage et rendent encore plus compliqué tout pacte de gouvernement. En Catalogne, le surgissement des indépendantistes radicaux de la CUP (2 députés) complique une possible alliance alors que le séparatisme continue de représenter moins de 43 % des suffrages exprimés dans la communauté autonome.

L’Espagne se retrouve donc face à un casse-tête encore plus insoluble qu’en avril dernier. Certains n’écartent pas la répétition des élections générales au mois d’avril 2020 – à moins qu’une grande coalition PSOE-PP, tant souhaitée par certains, ne voie finalement le jour…

 

Nicolas Klein

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nklein@lincorrect.org

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