Au début des années 2010, l’État russe a noté qu’il hébergeait sur son sol des personnes physiques ou morales possédant de l’influence, recevant des financements américains, européens ou chinois, et passant leur temps à le critiquer. Il a décidé de faire le ménage. En 2012, la loi sur les « agents de l’étranger » est adoptée. Elle obligeait les organisations recevant un financement de l’étranger à s’enregistrer en tant que telles auprès du ministère de la Justice et à le signaler par ce terme sur leurs publications. Après quoi la Justice russe a entamé la purge. En 2015, la fondation Open Society de Georges Soros, qui vise à dissoudre les nations du monde, est expulsée de Russie. En quelques années, les Russes ont expulsé de leur sol les fondations américaines ou allemandes devenues hors de contrôle. Ne cherchez pas un Peta russe. N’imaginez pas que les fondations Ford ou Rockefeller agissent sur place, ou que SOS Méditerranée ait jamais essayé de débarquer des migrants en Crimée.
Rappelons qu’en France, en 2016, les candidats François Fillon et Marine Le Pen proposaient d’étendre l’incrimination pénale « d’intelligence avec une puissance étrangère » (art. 411-4 du Code pénal) au terrorisme islamique. Valérie Pécresse l’a également proposé en 2018. Depuis 1984, et l’abrogation de l’ancien code militaire par le Garde des sceaux Robert Badinter, la trahison de la France est intégrée au code pénal. Jusqu’alors, quiconque « entret[enait] des intelligences avec l’ennemi dans le but de favoriser ses entreprises » était passible « de mort, avec dégradation militaire ». Depuis, la peine a été ramenée à trente ans de détention criminelle et 450 000 euros d’amende (article 411-4 et 411-5 du code pénal). Elle s’applique aussi bien en temps de paix qu’en temps de guerre et, jusqu’à aujourd’hui, uniquement aux cas d’espionnage. Sauf que, depuis 1994, les intérêts fondamentaux de la nation ne concernent plus seulement notre défense ou l’intégrité du territoire de notre nation, mais aussi « la sauvegarde de sa population en France et à l’étranger, de l’équilibre de son milieu naturel et de son environnement et des éléments essentiels de son potentiel scientifique et économique et de son patrimoine culturel ». Donc, techniquement parlant, la France pourrait tout aussi bien frapper les ONG qui déstabilisent notre population ou veulent nuire à notre culture. Mais revenons à la Russie.
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Après avoir fait plier bagage aux organisations étrangères, l’État russe s’est tourné vers sa propre société civile. En novembre 2017, le Parlement a voté une loi sur les médias « agents de l’étranger ». Le raisonnement était le suivant : dans une démocratie, les médias représentent un pouvoir, et il serait baroque que des journaux soient possédés par l’extérieur, tout comme il serait étrange qu’un juge ou un ministre soit rémunéré par l’étranger. En cela, Poutine ne faisait que copier la législation américaine, qui interdit que la licence d’émettre d’une chaîne de télévision soit détenue à plus de 20% par un citoyen non-américain. C’est pour cette raison que le magnat australien des médias Rupert Murdoch a adopté la citoyenneté américaine en 1985 et qu’il s’est fiscalisé chez l’Oncle Sam. En France, a contrario, l’un des tous premiers groupes de médias, comprenant la première chaîne d’information de France, est détenue par un résident fiscal suisse. Ce serait impensable aux États-Unis.
Le 8 décembre 2020, nouveau tour de vis des Russes. Les « agents de l’étrangers » sont interdits d’occuper des postes dans des administrations municipales. Tout individu, même candidat à des élections, se mit à risquer de se voir gratifié de l’épithète infamante. Cinq personnes, activistes de gauche, l’ont été en 2021.
Désormais Memorial est carrément interdit. Les médias de gauche la décrivent comme une institution de recherche sur les crimes soviétiques. Comme L’Incorrect l’a constaté en parcourant son site web, c’est faux. Memorial est une organisation qui pratique l’ingénierie sociale au profit d’idées de gauche. Ses missions principales parlent de promotion du « développement de la société civile », de « l’état de droit », de la « formation d’une conscience publique », de « dépasser les stéréotypes totalitaires », etc. Memorial ne se livre pas à une recherche historique scientifique. Il n’est question que de « restauration de la vérité historique ». Sur les trois dernières années, pas un seul de ses communiqués de presse ne parle de recherche historique. La totalité d’entre eux critique la politique de l’État russe. Et c’est logique quand on regarde qui paye.
Memorial était un outil d’ingérence occidentale dans la politique russe. Vladimir a sifflé la fin de la récréation
Les partenaires médias sont trois. Colta est un site internet d’information de gauche financé par ses lecteurs et militants. Novaya Gazeta est un magasine progressiste détenu à 49% par Mikhaïl Gorbatchev et l’oligarque Alexandre Lebedev. Le dernier enfin, Radio Liberty, est une société créée par la CIA en 1949 et toujours financée par le Congrès américain. Les fondations allemandes représentent l’essentiel des partenaires financiers étrangers de Memorial. La fondation Heinrich Boll finance des thèmes écolo. La fondation Friedrich Naumann, libérale, offre « une éducation politique » et « aide les gens à devenir activement impliqués dans les affaires politiques », même à l’étranger. N’oublions pas la fondation EVZ, spécialisée, « en souvenir des crimes nazis, dans la promotion des droits humains et la compréhension entre les peuples ». Le reste est à l’avenant.
En conclusion, Memorial était un outil d’ingérence occidentale dans la politique russe. Vladimir a sifflé la fin de la récréation. Cela devrait surtout nous donner des idées pour mettre fin, en France, aux financements américains, qataris, russes, chinois ou allemands, d’associations qui veulent déconstruire notre civilisation.





