« Fake news » : de quoi Macron aurait-il peur ?

Largement servi par France Info (qui est l’étalon de la presse objective, comme chacun peut le constater chaque jour), Emmanuel Macron a fait part de « sa volonté de légiférer sur la bonne et la mauvaise information », ce qui est, soit dit en passant, une drôle de conception de la séparation des pouvoirs.

 

France Info nous informait donc, dimanche 7 janvier au soir, que selon une enquête commandée à l’IFOP par la Fondation Jean Jaurès et l’organisation Conspiracy Watch, 79% des Français interrogés « croient à au moins une théorie du complot répandue ». Ce que les médias ont moins répété est que cette même enquête montre que seuls 25% des Français interrogés estiment que, « globalement, ils [les médias (journaux, radios, télévisions)] restituent correctement l’information et sont capables de se corriger quand ils ont commis une erreur ». Mais c’est un autre sujet.

Les esprits probes ont sans doute été heurtés d’entendre que parmi les théories conspirationnistes ou complotistes mises en avant par l’étude, et donc par les médias, se trouve la thèse du Grand Remplacement, dont nous attendons toujours que soit démontré ce qu’elle a de conspirationniste. L’adage est bien connu : quand on veut tuer son chien, on l’accuse de la rage. Ainsi, pour jeter le discrédit sur une thèse qui dérange et que l’on refuse de discuter, au nom d’une idéologie qui s’est substituée à la morale, comme le dit Renaud Camus, on la classe parmi les thèses conspirationnistes. Circulez, il n’y a rien à voir ! Ainsi tous ceux qui auraient eu l’honnêteté intellectuelle de prendre les propos de Renaud Camus au sérieux et de chercher à en discuter l’argumentation ; sont-ils d’office classés parmi les détraqués, les paranoïaques, mis au rebut de la bonne société.

Quel est le propre de la « fake news » que prétend combattre notre sémillant président sinon de colporter des rumeurs, donc de modifier la vérité ? On entend souvent parler de la toute-puissance des Gafa ou des BATX, moins souvent de celle de Wikipedia qui est un instrument, sinon de propagande, tout au moins d’uniformisation de la pensée d’une puissance inédite. Il y a eu une première page consacrée au Grand Remplacement dont on peut trouver une trace ici. En 2015, celle-ci a été entièrement réécrite et c’est alors qu’est apparu ce que l’on peut y lire à présent « Le Grand Remplacement est une théorie de type conspirationniste ». En quatre ans, la thèse mise en avant par Renaud Camus est devenue une « théorie de type conspirationniste ». Si l’on ne lit pas « une théorie du complot », c’est que le combat a fait rage entre les différents protagonistes qui ont décidé d’œuvrer à la refonte de cet article encyclopédique.

 

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On en trouve la preuve ici. Et l’on ne peut manquer d’être consterné tout en même temps par la nullité des arguments de ceux qui ont voulu faire du Grand Remplacement une théorie du complot et par leur incorrection syntaxique, orthographique et grammaticale. On est en droit de se demander si ceci n’implique pas cela. On ne peut non plus s’empêcher de songer que la bassesse des insultes à peine voilées, à l’encontre de ceux qui ont cherché à défendre le fait qu’il s’agissait de la thèse d’un intellectuel à combattre comme telle ; du manque de courtoisie et du mépris des tenants de la bien-pensance à l’égard des autres, n’est que le reflet des débats télévisés dont on nous inonde l’esprit nuit et jour. S’il est devenu indiscutable que Renaud Camus soit un écrivain d’extrême droite, (« les plus grands spécialistes le disent »), il apparaît de même clairement impossible de contredire les certitudes sur le Grand Remplacement comme théorie du complot. Le seul argument avancé est pourtant le suivant : en mars 2015, réagissant à la nomination de Mme Kyenge Kashetu par le Parlement européen à la politique d’immigration, Renaud Camus écrivait sur le site Boulevard Voltaire : « Je me suis beaucoup défendu d’être un complotiste, récemment. Je me demande si je n’ai pas eu tort. » A qui ne connaît l’humour de l’écrivain, qui commence d’ailleurs sa tribune en confiant avoir « un petit faible pour Le Gorafi », cela ressemble à une confession. Pourtant, ses propos sont clairs : l’idéologie s’est substituée à la morale et c’est par ce biais que peut advenir le Grand Remplacement. Il est impossible d’aller à son encontre, puisque l’idée de l’immigration est bonne en soi. Alors, certes, les professionnels de la politique en ont fait le jeu, estime-t-il, mais sans que cela en fasse un complot ourdi de longue date et dans le plus grand secret pour cacher aux peuples européens une vérité dont, du reste, ils voient la mise en acte chaque jour.

 

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Pour paraphraser le grand Soloviev, prétendre que le Grand Remplacement est « une théorie de type conspirationniste » est une demi-vérité, soit le pire des maux de l’humanité. Nous n’avancerons pas la thèse selon laquelle quelque pouvoir politique aurait insisté pour faire réécrire la page Wikipedia consacrée au Grand Remplacement afin de la marquer du sceau de l’infamie (ce qui d’ailleurs, si l’on en croit l’étude de l’IFOP, devrait attirer plus de gens à elle), car nous pensons que les « citoyens » sont désormais assez mûrs pour anticiper d’eux-mêmes les objurgations de l’idéologie. Internet est advenu à la bonne époque, celle de l’ère post-idéologique. Chaque citoyen sait désormais quand et comment il doit appliquer lui-même la censure. La récente affaire d’H&M en est symptomatique : nulle association, nulle ONG, nul pouvoir coercitif n’a eu besoin de montrer du doigt le racisme supposé de la marque, les « internautes citoyens » choqués et outrés s’en sont eux-mêmes immédiatement chargés. A tout instant, un internaute veille et peut soulever des vagues d’indignation. Les médias ont bien travaillé, ces dernières décennies. Si bien qu’ils n’ont à peu près plus d’utilité.

On ne voit pas bien dans ces conditions de quoi aurait peur Emmanuel Macron, le président fait par les médias. Penser qu’il s’agit d’une manœuvre de diversion, est-ce encore risquer de sombrer dans le complotisme ?

Décidément, notre président a bien des leçons à donner à Vladimir Poutine et à ses organes de presse.

 

Critique

mfalcone@lincorrect.org

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