Il ne leur a pas fallu longtemps : on sait à quel point nos valeurs séculaires sont solubles dans les cadavres empilés, dans la terreur agglomérée au sol, dans les menstrues d’une histoire qui bégaie. Ce sera donc la « Fête de la Liberté », un concert annoncé en grande pompe sur France 2 et diffusé en prime quelques jours après l’anniversaire de l’attentat du 13 novembre. Pas une cérémonie pour pleurer nos morts, non : une fête pour célébrer nos valeurs au contraire, pour applaudir la liberté à l’intérieur d’un mausolée, à coups de stimuli compassionnels et de chansonnettes miteuses. Une vraie fête de fin d’année d’école communale aux dimensions d’un pays, histoire de rappeler aux Français qu’ils sont le « peuple de la Liberté », au cas où les énucléations de Gilets jaunes le leur auraient fait oublier. La « Fête de la Liberté » : rien qu’à voir ces deux mots ensemble, on tremble : des images de guillotines, de carmagnoles sanglantes, de danses barbares autour de tabernacles crevés nous viennent en tête. Et on n’est pas loin du compte : la maîtresse de cérémonie n’est autre que la lugubre Daphné Burki, qui a fait du chemin depuis ses chroniques bobo-chic au Grand Journal de Canal +.
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Aujourd’hui la petite hipster du Marais, tatouée comme un cahier de brouillon, est devenue la Grande Jument Officielle du Carnaval des Ombres, visage de plâtre, diction de crème brûlée et pantalon flottant comme le drapeau des soumissions autour de ses lourdes cuisses calfatées par les autobronzants. « La liberté n’est jamais un dû mais toujours une conquête », nous prévient-elle, bouche tordue par la condescendance. Elle ne ment pas : la suite sera à l’avenant, une célébration morbide du culte républicain. Ça commence très fort puisque Simone Weil, la vraie, est crucifiée en direct : la gargouille François Cluzet ose lire un de ses poèmes sur une musique lacrymale délivrée par deux concertistes déguisées en croupières de Las Vegas. La pauvre Simone Weil n’en demandait pas tant, ses mots sublimes à jamais souillés par la salive crapaudière du Cluzet, c’est déjà trop. La soirée se poursuit : « Joey Starr », plantureux tardigrade et catin officielle de la Gueuse depuis 1998, s’ébroue lamentablement sur un poème de Senghor, trois grotesques bonnes femmes vêtues de sacs poubelles en strass assurent le quota scato-féministe, l’impondérable Yseult vient glouglouter une mièvrerie obligatoire sur fond de cordes satinées et même Patrick Bruel a été convié pour y aller de sa pleurnicherie, écœurant poussah farci de sucre glace. Le summum de l’obscénité est sans doute atteint lorsque la vieille gaupe Berléand s’attaque à une lettre de Jaurès, pendant que Gauthier Capuçon larmoie sur son violoncelle et qu’un mime Marceau retranscrit le tout en langue des signes : toutes les cases sont cochées, c’est un sans-faute. Toutes ces vieilles starlettes en guêpières et ces Papon en paillettes peuvent être fiers, ils viennent de passer deux heures à piétiner nos morts, à les moissonner même. Pour en tirer cette récolte noire, liquoreuse, qui servira d’offrande aux idoles ricanantes de la Bête Démocrate.





