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Good morning Afghanistan

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Publié le

2 septembre 2021

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Dimanche 15 août, les Talibans ont repris Kaboul, la capitale afghane, après vingt ans de domination américaine. Entre leur rivalité avec l’État islamique et l’opposition de la communauté internationale, la tâche des Talibans ne fait que commencer dans cette région-poudrière.
Document Afghanistan

C’est l’une des images de la crise afghane qui auront le plus marqué les esprits : celle, publiée par Associated Press, d’un hélicoptère américain, participant à l’évacuation de Kaboul, face à l’avancée éclair des Talibans sur la capitale afghane. Le cliché évoque un autre fiasco, illustré par la photographie de l’évacuation par hélicoptère de civils hors de l’ambassade américaine, au Vietnam, le 29 avril 1975. La fin précipitée de la plus longue opération militaire au XXIe siècle est peut-être plus lourde de conséquences encore que la chute de Saïgon, il y a 46 ans.

Le départ précipité de Kaboul conclut de manière piteuse vingt ans d’engagement américain depuis le déclenchement de l’opération Enduring Freedom le 7 octobre 2001, et la comparaison avec la guerre du Vietnam remet les choses en perspective de manière plus douloureuse encore : la chute du gouvernement sud-vietnamien avait pris deux ans, après le départ des forces américaines, celle du gouvernement d’Ashraf Ghani, en Afghanistan, a pris trois mois et demi, à partir du début du retrait américain. « La vérité est que cela s’est produit plus rapidement que nous ne l’avions anticipé », a admis Joe Biden en conférence de presse le 17 août. Le camouflet est sévère pour le nouveau locataire de la Maison-Blanche, qui hérite d’un fiasco afghan aux conséquences encore difficilement prévisibles.

Lire aussi : « Il sera très long de démonter l’opération Barkhane »

Pour les Talibans eux-mêmes, si la victoire a été facile, l’issue reste incertaine. Confronté à un pays en plein chaos et à une nouvelle crise humanitaire majeure, le nouveau régime doit absolument asseoir sa légitimité vis-à-vis des différentes factions en présence et plus encore vis-à-vis de la communauté internationale. Le souvenir des horreurs commises entre 1996 et 2001 reste vif et l’exode précipité de milliers d’Afghans est là pour en témoigner. L’installation au pouvoir des nouveaux maîtres de Kaboul laisse craindre un exode plus massif encore et une crise migratoire qui se répercutera d’abord sur le Pakistan voisin, qui accueillait déjà 1,4 million de réfugiés afghans d’après l’UNHCR. Un nouveau reflux migratoire serait susceptible d’entraîner la déstabilisation de toute la région.

Un autre facteur de déstabilisation à envisager est la compétition entre groupes islamistes que pourrait entraîner le retour des Talibans, avec des répercussions mondiales mais des conséquences plus directes sur la stabilité de l’Asie centrale. Comme le notait David Gaüzere, la fin officielle de l’État islamique en 2019 au Moyen-Orient « contraint également l’organisation terroriste à déporter en Asie centrale ses ramifications militaires ». Un repositionnement géopolitique en Asie centrale déjà observé notamment au Tadjikistan, ébranlé en 2018 et 2019 par une série d’émeutes dans les prisons du pays, lancées par Daech. Le Tadjikistan, État le plus pauvre de l’ex-URSS, dont la fragile stabilité repose encore essentiellement sur la présence militaire russe, est aujourd’hui le maillon faible d’une Asie centrale menacée par la présence de multiples groupes islamistes rivaux et rongée par la corruption et le trafic de drogue.

L’État islamique est devenu un rival direct des Talibans dans sa stratégie de réimplantation en Asie centrale, y compris en Afghanistan

L’État islamique, à travers sa branche locale, l’EI-Khorasan (EI-K), est ainsi devenu un rival direct des Talibans dans sa stratégie de réimplantation en Asie centrale, y compris en Afghanistan. Les Talibans, de retour au pouvoir, quelle que soit leur volonté de normaliser leurs rapports avec la communauté internationale, pourraient choisir de durcir leur position idéologique, face à leurs rivaux, au détriment de la population afghane voire de la stabilité de la région tout entière.

Le basculement de l’Afghanistan dans l’islamisme ultra-rigoriste taliban n’est a priori pas une bonne nouvelle pour Pékin, tant cette reconfiguration pourrait rendre plus dangereux encore le contexte géopolitique de l’Asie centrale, zone où la Chine a investi depuis 2013 des centaines de milliards de dollars. Pékin peut aussi craindre une propagation de l’islamisme à l’intérieur même de son territoire, dans la province du Xinjiang, frontalière des zones tribales pakistanaises et de l’Afghanistan à l’ouest. La constante répression menée vis-à-vis des Ouïghours a radicalisé une partie de la population et la Chine a déjà été confrontée à une vague de violences terroristes en 2013-2014 avec, notamment, un attentat à la voiture piégée place Tian An Men à Pékin. Avec le retour des combattants de l’EI tadjiks, ouzbeks, ouighours ou afghans en Asie centrale et, aujourd’hui, le retour des Talibans au pouvoir, la région est devenue une poudrière qu’une étincelle peut faire exploser.

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