Skip to content

Grande-Bretagne : Du marché commun à la Chambre des communes

Par

Publié le

18 juillet 2019

Partage

[vc_row][vc_column][vc_column_text css= ».vc_custom_1563360575849{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »]

Après avoir soumis l’Europe, Nigel Farage part à la conquête de l’Angleterre. Sus à Westminster !

 

Quel parti, au Parlement européen, a le plus grand nombre de députés élus ? Le parti le plus anti-européen de tous. Avec 29 sièges, le Brexit Party du britannique Nigel Farage est le champion de toutes les formations politiques de l’ensemble des 28 États membres. Un exploit pour un parti créé il y a seulement deux mois. 

 

Un anti-européen grand vainqueur… d’aucuns verraient là matière à introspection pour les dirigeants de l’UE. De quoi nourrir un examen de conscience vertigineux et, pourquoi pas, déclencher un programme de réformes maousse. Mais la bureaucratie bruxelloise étant peu encline à l’autocritique, et plus disposée à enfler qu’à maigrir, gageons qu’il ne se passera rien de décisif de ce côté-là. 

 

Lire aussi : Européennes : Tout bouge mais rien ne change

 

Plus intéressant et plein de rebondissements à venir, le choc sismique ressenti dans le paysage politique britannique. La victoire du Brexit Party aux élections européennes est écrasante. Son score, 31 % des votes, surclasse les 20 % recueillis par son principal opposant, le parti centriste LibDem (libéral-démocrate). Les LibDem, qui avaient disparu des radars depuis les législatives de 2017, se sont refait une santé en portant le refus du Brexit par tous les moyens y compris un second référendum. Mais le fait le plus notable demeure la déroute historique des deux partis de gouvernement, travailliste (14 %) et conservateur (9 %). 

La valeureuse Theresa May aura subi 33 démissions de ses ministres en désaccord avec les négociations autour du Brexit, y compris quatre ministres du Brexit qui, l’un après l’autre, ont fait défection

La question du Brexit a déstabilisé le gouvernement tory désormais coutumier des crises et claquements de porte. La valeureuse Theresa May aura subi 33 démissions de ses ministres en désaccord avec les négociations autour du Brexit, y compris quatre ministres du Brexit qui, l’un après l’autre, ont fait défection. Hémorragie également au sein des partis. Des députés Travaillistes et Conservateurs ont quitté leur formation pour fonder ensemble ChangeUk, un groupe résolu à faire barrage au Brexit. Mais le ralliement de la charmante et médiatique Rachel Johnson, sœur de Boris, n’aura pas suffit . Après une campagne calamiteuse et coûteuse, ChangeUk, ce doublon des LibDem, en pire, car associé à l’impéritie des partis traditionnels, a remporté zéro siège au Parlement européen. Et depuis, six de ses membres ont déserté ce parti jeune et sans avenir. 

 

Nigel Farage, lui, a lancé le Brexit Party à la mi-avril et mené une campagne sans faute, rejoint par des candidats venus de tous horizons comme Martin Daubney, fils de mineur, journaliste masculiniste, ex-Labour, ou la jeune cantatrice Lucy Harris. Annunziata Rees-Mogg (la sœur de l’ultra-conservateur Jacob Rees-Mogg) tory depuis toujours, journaliste économique, fut aussi une belle prise. Tout comme l’intellectuelle Claire Fox, ex-trotskiste, directrice de l’Institut des Idées, un think tank qui organise chaque automne La Bataille des Idées, week-end de débats sur des sujets de société sensibles, avec les intervenants les plus brillants du pays. Dans un discours de campagne pour le Brexit Party, Fox s’adressait « au plombier et au philosophe »… 

« Beaucoup de Tchèques ont ouvert le champagne en apprenant le résultat du referendum sur le Brexit, dit-il. C’était une victoire pas seulement pour vous mais pour tous les Européens démocrates »

Pour son dernier meeting avant les européennes, le Brexit Party remplissait l’Olympia de Londres West Kensington. À 71 ans, la candidate Ann Widdecombe, ouvrait les hostilités en raillant les louvoiements de May dans la mise en œuvre du Brexit. Cette ex-ministre convertie au catholicisme, célèbre pour sa longue carrière chez les Conservateurs, actrice à ses heures, et même un temps juge dans l’émission de télé Strictly come dancing, ce qui lui vaut d’être décrite par mon voisin comme « notre trésor national », chauffe la salle avant l’arrivée de l’invité surprise, Václav Klaus, l’ex-président tchèque. « Beaucoup de Tchèques ont ouvert le champagne en apprenant le résultat du referendum sur le Brexit, dit-il. C’était une victoire pas seulement pour vous mais pour tous les Européens démocrates ». Klaus encourage les Anglais à persévérer, assurant qu’ils peuvent quitter l’UE, que c’est une question de bonne volonté des deux parties. Et de rappeler que la scission de la République tchèque d’avec la Slovaquie a été moins chaotique… 

 

Lire aussi : Écologie : l’Europe contre elle-même

 

Au tour de Farage de faire son entrée devant 2 500 personnes qui, pour beaucoup, s’impliquent pour la première fois dans l’arène politique. Cela s’entend à la façon souriante et ironique de scander les slogans. Pour eux, l’enjeu dépasse la désignation des euro-députés. Leur vote de 2016 n’a pas été respecté, voilà pourquoi ils sont là. Farage l’a compris, qui lance les grands mots: trahison! humiliation ! « Des millions de gens dans le pays sont frustrés, vexés, en colère. Le Brexit Party a été créé pour leur redonner espoir et optimisme ». 

 

Les électeurs se sont prononcés pour la sortie de l’Union le 23 juin 2016. Et toujours rien, au point d’en arriver à cette situation cocasse de devoir élire des euro-députés qui ne siégeront que trois mois. Le 31 octobre est désormais le jour fixé, promis-juré-craché, pour le départ des Anglais. (Si toutefois le calendrier est tenu. Souvenons-nous de Theresa May martelant que le 29 mars 2019 à minuit, son pays aurait coupé les ponts avec l’UE…) 

Désormais, le pays ne se divise plus entre gauche et droite mais entre remainers (anti-Brexit) et leavers (pro-Brexit). Un différend moins conjoncturel qu’il n’y paraît car il implique deux conceptions de la gouvernance. Les leavers sont attachés à l’échelon national et les remainers prêts à s’en remettre aux instances supra- nationales. 

Désormais, le pays ne se divise plus entre gauche et droite mais entre remainers (anti-Brexit) et leavers (pro-Brexit). Un différend moins conjoncturel qu’il n’y paraît car il implique deux conceptions de la gouvernance. Les leavers sont attachés à l’échelon national et les remainers prêts à s’en remettre aux instances supra-nationales. Seulement les remainers n’ont jamais avalé le résultat du référendum. En mauvais perdants ils tentent de changer la donne, piétinant au passage une valeur nationale sacrée : le fair-play. 

 

L’enjeu du Brexit s’est transformé en enjeu démocratique, voire en crise démocratique. Le Brexit se heurte au verrou parlementaire, la population étant à majorité pro-Brexit et les députés à majorité anti-Brexit. Tout est parti d’un procès intenté au gouvernement, dès le lendemain du référendum, par Gina Miller, femme d’affaires pro-européenne, qui consi- dérait qu’il fallait l’accord du Parlement, et sur le déclenchement de l’article 50, et sur l’accord de retrait signé avec l’UE. La Cour Suprême lui a donné raison fin 2016. Dès lors le Brexit s’est grippé, englué dans des votes et délibérations législatives à n’en plus finir. Le 12 juin, le parti travailliste déposait encore une motion destinée à empêcher une sortie de l’Union sans accord, donc potentiellement à empêcher le Brexit. La motion a été rejetée de peu. C’est un progrès. Mais le divorce entre le peuple et ses représentants est consommé. 

 

Lire aussi : À Bruxelles, le Brexit comme épiphanie de la crise

 

Ce psychodrame national a suscité au mieux la colère des leavers, au pire leur désillusion. C’est pourquoi Farage a concentré sa campagne sur les régions pro-Brexit. Plutôt que d’essayer de convaincre les remainers, il a mis toute son énergie à mobiliser les leavers résignés à bouder leur devoir civique. Même s’il a sauvé la mise, c’est dans les régions pro- Brexit que l’on s’est le moins déplacé. Dans la ville portuaire de Hull, pro-Brexit à 67 % en 2016, seuls 24 % des habitants ont voté. 

 

N’empêche, la victoire du Brexit Party aura clarifié le débat. Plus question de second référendum, plus question de BRINO (« Brexit In Name Only » – un Brexit en apparence seulement) ou de soft Brexit. Le Royaume-Uni qui era l’UE, avec ou sans accord. Farage a officiellement demandé à être associé aux négociations à venir. Il n’a cessé de vilipender « un personnel politique incompétent, des négociateurs incapables, des députés inutiles » et promis de « changer la politique pour toujours » (Change politics for good était son slogan de campagne). Preuve qu’il vise un destin national. Si l’arrivée au pouvoir du remplaçant de Theresa May (Boris Johnson, selon toute vraisemblance : tout le monde parie sur un B-Day) s’accompagnait d’élections législatives, peut-être le Brexit Party parviendrait-il à placer les siens aux Communes. Reste à savoir si l’équipe de Farage saura bâtir un programme politique qui aille au-delà de la seule sortie de l’UE et mette d’accord des représentants aussi divers qu’une ex-trotskiste et une ultra-conservatrice. 

 

Sylvie Perez

[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest