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Guillaume Peltier : le variant français

Le député du Loir-et-Cher fait (re)parler de lui après sa sortie concernant le rétablissement d'une Cour de sûreté. Celui qui affirmait il y a peu que Marine Le Pen n'était pas l'ennemie de la République, s'illustre par ses retournements de veste à répétition.

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©Valentin Deniau pour l'Incorrect

Pour Les Républicains, il est comparable au tonton trop à droite qui parle trop fort aux repas de famille. Après son intervention sur RTL dans laquelle il proposait le rétablissement de la Cour de sûreté (et sans possibilité de faire appel) pour lutter contre le terrorisme, Guillaume Peltier fait plus que donner du fil à retordre à son parti. À cela s’ajoute une prise de position courageuse au micro de Jean-Jacques Bourdin, au cours de laquelle il dit avoir les « mêmes convictions » que Robert Ménard et présage de l’effondrement « d’une nouvelle digue ». Mais faut-il faire confiance à ce numéro deux des Républicains qui depuis des années saute de branche en branche, quitte à se renier lui-même ?

Les retournements de veste à répétition de Peltier témoignent de sa loyauté sans faille. Ainsi, de 1996 à 1998, le jeune Versaillais adhère au mouvement de jeunesse du Front national. En 1999, le Mouvement national républicain (MNR, de Bruno Mégret) le prend sous son aile. Guillaume Peltier devient en même temps secrétaire général de l’Alliance avec les chrétiens en politique (ACEP). Engagement plutôt comique vu de 2005 où il assumait politiquement une posture laïque et anticléricale : sur la question du communautarisme catholique, il se déclare « plus proche des déclarations d’un Manuel Valls que des projets d’un Nicolas Sarkozy ». De 2001 à 2008, vient le temps du Mouvement pour la France, qui l’a fait porte-parole de la campagne présidentielle de Philippe de Villiers en 2007. Finalement, c’est à partir de 2009 que Peltier trouve sa place sur l’échiquier politique français en adhérant à l’UMP. En 2012, il est investi pour les élections législatives dans la première circonscription d’Indre-et-Loire et fait partie de l’équipe de campagne de Nicolas Sarkozy. En 2014, il est inquiété pour prise illégale d’intérêts et délit de favoritisme à la mairie de Menton, et fait même de la garde à vue. Depuis octobre 2019, la girouette « de droite » est vice-président délégué du parti.

Une girouette politicienne

Ce sont surtout ses sorties médiatiques et ses prises de position qui attestent d’un manque de cohérence intellectuelle et politique. Toujours ses ennemis d’hier deviennent ses amis du jour. Sa relation avec Nicolas Sarkozy en est l’illustration parfaite : en 2006, il traitait d’imposteur celui qui était alors ministre de l’Intérieur, mais il n’a pas hésité en 2012 à faire partie de son équipe de campagne, et même à le soutenir publiquement lors des primaires de la droite en 2016.

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Le député coucou tente de faire son nid dans toutes les familles politiques. En 2019, il exhortait ses camarades politiques à s’ouvrir aux charismatiques centristes pour que Les Républicains ne deviennent pas « un petit parti conservateur ». La même année, il confiait au comité stratégique de LR, avec la vaillance politique qu’on lui connaît : « On ne peut pas être contre la PMA, sinon on passera pour des ringards ». Pourtant en 2013, Guillaume Peltier agitait le drapeau rose de la Manif pour tous. Le mois dernier, il n’hésitait pas « à titre personnel » à contester la fusion de Renaud Muselier avec la liste LREM en PACA. De réelles zones d’ombre planent tant il est difficile de connaître les convictions profondes d’un homme politique qui dans un premier temps affiche son soutien pour Xavier Bertrand puis affirme que « l’ennemi de la République n’est pas Marine Le Pen ».

La Cour de sûreté : le grand malaise républicain

Sa prise de position à l’égard du rétablissement d’une Cour de sûreté a contrarié les cadres des Républicains. Lassé par les propos polémiques de son dauphin, Christian Jacob considère que « l’heure n’est pas aux prises de position personnelles qui nuisent à tous mais à la mobilisation derrière nos candidats » et déclare que la seule priorité est « de jouer collectif ».

La question d’une justice d’exception pour les fichés S ne fait pas l’unanimité et semble difficilement réalisable. L’État de droit ne permet pas la mise en place d’une justice exceptionnelle, surtout quand celle-ci ne donne pas la possibilité au condamné de faire appel : « Il faudrait réviser la Constitution et sortir de la Cour européenne des Droits de l’Homme »,nous explique l’avocat Gérald Pandelon.

La sortie de Guillaume Peltier relèverait davantage d’une « méconnaissance du droit français » qu’une proposition sérieuse

La Cour de sûreté avait été mise en place par le général de Gaulle en 1963 puis supprimée en 1981 par François Mitterrand. Toujours selon maître Pandelon, Guillaume Peltier a tort d’étendre cette juridiction à l’ensemble des fichés S, puisque l’absence de doutes sur la culpabilité devrait être l’ultime critère pour comparaître devant une Cour de sûreté. En revanche, il considère qu’il n’y aurait aucun problème à ce que les bourreaux du Bataclan ou de Charlie Hebdo, dont la culpabilité n’est plus à démontrer, passent devant une juridiction d’exception : « Lorsque les faits sont d’une extraordinaire gravité et portent atteinte à la sûreté de l’État et qu’il y a aucun doute sur la culpabilité, pourquoi donnerait-on aux terroristes la possibilité de faire appel ? »

A l’opposé, Béatrice Brugère, secrétaire générale du syndicat Unité Magistrats SNM-FO, s’y oppose en principe : « Les fichés S permettent de faire du renseignement mais ne permettent pas d’incriminer quelqu’un sur des faits ». Selon l’ancienne juge anti-terroriste, la mesure de Peltier n’a aucun sens sur le plan juridique compte tenu de l’arsenal important en matière d’anti-terrorisme. Elle rappelle l’existence de juridictions spécialisées et la création d’un parquet anti-terroriste il y a plus d’un an. La sortie de Guillaume Peltier relèverait davantage d’une « méconnaissance du droit français » qu’une proposition sérieuse et réaliste pour Béatrice Brugère. L’enjeu résiderait bien plutôt dans la capacité des services de renseignement à éviter le passage à l’acte des fichés S, et dans la lutte contre la récidive pour les condamnés remis en liberté une fois leur peine effectuée.

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