Faust reste une énigme fascinante. Évoluant dans la scène allemande qualifiée de krautrock (« rock-choucroute ») par la presse britannique, scène qui revendiquera l’insulte et inventera rien moins que les bases de la musique électronique pop, du rock industriel et du post-rock, ce groupe de la RFA en pleine crise psychédélique parvint à captiver toute une génération de jeunes Anglais avec son premier album éponyme sorti en 71. Parmi eux, un certain Richard Branson, qui leur devra une partie de sa fortune en les signant chez Virgin en 73.
Le « collectif anarchisant » de Rotenburg devint par la suite une influence majeure pour toute une génération de musiciens britanniques, dont Julian Cope qui écrivit à leur sujet : « Il n’y a pas de groupe plus mythique que Faust, qui a toujours volontairement fonctionné sous le voile du secret, un peu comme le groupe de San Francisco (qu’ils ont d’ailleurs influencé) The Residents ». L’un de des artisans de ce mythe, Gunther Wüsthoff, membre de Faust de 1969 à 1974, poursuivra de défricher la nouvelle piste minimaliste et électronique et ce sont ses enregistrements solo de 1979 à 2007 qui paraissent aujourd’hui, et nous donnent l’occasion de lever un peu avec lui le voile du secret.
Votre musique comme celle de Faust semble avoir été conçue comme en réaction vis-à-vis de la génération de vos parents.
En réalité, je suis né sept semaines avant la fin de la guerre et je dois être l’un des plus jeunes réfugiés de la seconde guerre mondiale. Je suis heureux d’avoir eu d’autres options que celle qu’on connues mes parents. Bien sûr, par la suite, je me suis demandé pourquoi ils n’avaient rien vu de ce qui se passait autour d’eux, mais je n’ai jamais pu le leur demander car ils étaient déjà morts.
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Durant les années de plomb, en Allemagne, il semble que le choix de toute une génération se situait entre la radicalité politique (la bande à Baader) et la radicalité artistique.
Pas en ce qui me concerne. Je ne suis pas un « porteur de drapeau » en train de courir et de déclamer des discours étranges. Je suis toujours resté un pas de côté avec mon magnéto ou ma caméra à la main. Je ne suis qu’un observateur et un scribe.
Au contraire de nombreux groupes de l’époque, la musique de Faust donne l’impression de ne rien devoir au rock américain…
J’ai connu de très diverses influences. Quand j’étais enfant, il y avait la radio que mes parents écoutaient avec des opérettes berlinoises et viennoises ainsi que les musiques des films de Marcel Jary. J’écoutais aussi l’histoire du jazz de 1895 jusqu’à aujourd’hui sur d’autres stations. Vers 1965, j’aimais également Luigi Nono, Zwischenaktmusik zu Peter Weiss et Die Ermittlung. Plus tard je me suis tourné vers des groupes britanniques comme Soft Machine et Pink Floyd et, pour les Etats-Unis, le Velvet et Frank Zappa.
En 2005, bien après ma période avec Faust j’ai découvert la Blasmusik serbe, puis la musique Cajun et le Fado dont je n’avais jamais entendu parler
Puis en 1969, Rudolf Sosna (chanteur, clavier et guitariste de Faust, ndlr) et moi rendions régulièrement visite au disquaire Steinway ou on pouvait profiter de cabines d’écoutes confortables et ou des filles sympathiques nous passaient des disques de Stockhausen, de Terry Riley, de Steve Reich et de La Monte Young. J’ai donc été aussi en partie influencé par la musique américaine ! En 2005, bien après ma période avec Faust j’ai découvert la Blasmusik serbe, puis la musique Cajun et le Fado dont je n’avais jamais entendu parler, or le Rock’n’Roll, sans l’apport de la musique cajun, n’est pas envisageable, tout comme la chanson française sans le fado.
Qu’avez-vous appris avec Faust ?
De vivre au mépris de la peur. Parce que des gens différents ont des opinions différentes sur ce qu’est la droite et la gauche.
Parlez-nous de votre carrière post Faust.
En 1974, j’ai commencé la construction de ma « boite à musique » et j’ai donc installé des platines, creusé des trous et soudé des circuits électroniques chez moi. En tant que freelance, j’ai alors pris en charge tous les aspects techniques de l’installation d’équipements de studio. Suite à mon passage dans la marine, c’était ma deuxième expérience d’un énorme système hiérarchique, mais il me restait du temps libre pour ma musique.
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Puis un ancien stagiaire du Studio Hamburg m’a contacté afin de travailler en tant que technicien son et cinéma dans cette institution. J’ai alors signé un contrat avec Dieter Koslick (ancien président du festival du film de Berlin, ndlr). Au fil des années, j’ai appris que la perception d’un constructeur de machines est différent de celles d’un utilisateur. L’ingénieur a besoin d’un circuit tandis que l’utilisateur se repose sur ses sens. J’ai ainsi acquis un trésor d’expérience afin de mieux comprendre les relations entre l’homme et la machine.
« Je suis toujours resté un pas de côté avec mon magnéto ou ma caméra à la main. Je ne suis qu’un observateur et un scribe. »

Sortie le 24 juillet





