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Gustave Flaubert : la dernière douche de Régis Jauffret

Quand Régis ressuscite Gustave et qu’Emma passe par là… Une fantaisie flaubertienne insolite et culotée.

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© Bénédicte Roscot – Seuil

Le nouveau roman de Régis Jauffret semble issu d’une tactique d’évitement : on devine que l’auteur avait envie d’écrire une biographie de Flaubert, tâche inutile vu la quantité qui existe, et qu’il a glissé sur une voie parallèle. Le roman comporte deux parties, « je » et « il ». Dans « je », Jauffret se met dans la tête de Flaubert ressuscité, et commente sa vie et son œuvre, avec des comparaisons entre son époque et la nôtre. En clair, Flaubert parle en Jauffret, avec le style Jauffret, mélange de précision, d’humour grinçant, d’images improbables.

La deuxième partie, « il », est l’histoire des dernières heures de Flaubert, avec le bain où il aura son attaque ; parti d’une mince base de faits, Jauffret y dérive sans cesse vers la fiction – il imagine qu’Emma Bovary apparaît à son créateur, le rejoint dans la baignoire, et lui fait des reproches en s’exhibant. En résulte un livre baroque et surprenant, qui fonctionne comme un jeu, ou un exercice de style : s’emparer d’un sujet aimé (Flaubert), visualiser son traitement académique (une biographie, un essai), puis le démantibuler, en le soumettant au traitement de choc de l’approche Jauffret.

« Je fais le serment de m’en tenir à mon passé officiel en tous points conformes aux documents dont je donnerai en fin de volume la bibliographie et qui font autorité parmi les flaubertiens »

LE STYLE DE RÉGIS JAUFFRET

On retrouve le projet biographique virtuel en filigrane, puisque tout le matériau factuel employé est vrai: « Je fais le serment de m’en tenir à mon passé officiel en tous points conformes aux documents dont je donnerai en fin de volume la bibliographie et qui font autorité parmi les flaubertiens ». Mais ce matériau est entrelacé à toutes sortes de considérations, jugements et hypothèses, notamment au sujet des romans et de leurs personnages, telle l’omniprésente Emma que son créateur est content d’avoir tuée, Dieu seul sachant de quoi elle aurait été capable sinon: « Il a mieux valu pour cette nigaude qu’elle s’empoisonne à vingt-huit ans, autrement je n’aurais pu me retenir davantage de l’arracher à Yonville pour en faire une prêcheuse illuminée trottant comme une ânesse sur les routes poudreuses pour annoncer la fin du monde ». Cette phrase pleine d’images, splendidement façonnée (le maître y aurait-il déploré les deux « pour » ?), est caractéristique du style de Jauffret qui perfectionne dans ce roman une technique déjà expérimentée, le demi-dialogue de relance – des phrases sorties de leur paragraphe, et précédées d’un tiret.

Lire aussi : Shakespeare, un conservateur ?

QU’EN AURAIT PENSÉ GUSTAVE ?

 Autre invention, inédite celle-là, le « chutier » : en fin de volume, Jauffret a inséré, dans une typo minuscule, une série de fragments finis mais inemployés, des « chutes » coupées du texte. Je ne crois pas que quiconque y ait jamais pensé ; cela forme une ombre à l’intérieur du volume, un écho, une note tenue qui donne l’impression que le livre ne finit pas. C’est aussi, peut-être, un clin d’œil à Bouvard et Pécuchet inachevé ?[...]

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