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Hey June : l’anti-héroïne qui vous sauvera

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Publié le

28 mai 2020

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L’humour cinglant de Fabcaro frappe à nouveau après Zaï Zaï Zaï Zaï (2015) ou le génial Open Bar (2019), l’auteur s’associant cette fois-ci à l’illustratrice Evemarie pour créer June.

 

June, ça pourrait être votre voisine, votre pote à son compte, vous-même ou un beau concentré des pires tares de chacun des collaborateurs de L’Incorrect. Le livre nous expose le quotidien d’une trentenaire illustratrice, célibataire (ou en relation avec son ours en peluche), légèrement fauchée, poursuivie par son banquier, légèrement siphonnée aussi, aux répliques totalement incorrectes. Vingt-quatre heures de la vie de June, c’est beaucoup de cigarettes, un café dégueulasse, des clients insupportables, un déjeuner déprimant en famille, une copine à la masse et une soirée emmerdante. Cette anti-héroïne nous est étrangement familière ; surtout, on rêverait d’avoir une répartie aussi franche que la sienne dans certaines situations. En soirée, elle invente le « Mochito »: « C’est un comme un mojito mais avec quelqu’un qui fait chier » et à un type qui lui annonce « Je fais des installations conceptuelles autour du thème de la transversalité post-moderne », elle répond avec toute sa sincérité : « Moi aussi, je galère ». Merci June !

 

Un certain goût pour ce qui foire

 

Le concept: chaque « strip » est inspiré d’un titre des Beatles. Les quatre rockeurs sont ses amis, elle mange avec eux, dialogue avec eux. Sans doute les idoles d’Evemarie dont le personnage de June semble un autoportrait: de la frange au tatouage, du physique au métier, tout de June rappelle sa créatrice. Quant à Evemarie, si elle est la muse de Fabcaro, on a néanmoins connu celui-ci parfois plus inspiré quand certaines chutes tombent trop lourdement, comme ce passage du déjeuner en famille bien trop caricatural. Il reste malgré tout fidèle à son style : « J’aime bien tout ce qui foire […] ça peut être et drôle et touchant. Mon univers est toujours un peu le même: c’est sur des ratés, sur des décalages », déclarait-il en juillet 2019 à propos du Discours. Un goût que ce nouvel album ne dément pas. Si les répliques sont assez inégales, l’ensemble du livre fonctionne plutôt bien. Petit format, facile à emporter, rapide à lire, graphiquement efficace, bien rythmé, même si l’on reste un peu sur sa faim, on retiendra de nombreuses répliques géniales de June-la-Punk. Dans une période de confinement, sublimer la fainéantise et le ratage peut se révéler d’une grande utilité morale.

 

Jeanne Battesti

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