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Histoire de Q

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Publié le

4 novembre 2020

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Dénoncer des actes pédophiles et sauver des enfants séquestrés, telle serait la croisade de QAnon (Q signature de la « pseudo-source », et Anon pour anonyme). Bon nombre de personnalités semblent impliquées dans cette triste affaire, dont Donald Trump en sauveur. Beau coup de QAnon, si seulement l’histoire tenait debout.
complot

Une secte de pédophiles démonolâtres a-t-elle pris le contrôle de l’État profond américain après l’assassinat de John F. Kennedy ? On a le droit d’en douter mais c’est du moins ce qu’affirment les disciples de QAnon, un mouvement conspirationniste américain né en 2017 dans les poubelles d’Internet. Vous avez aimé le « pizzagate » ? Vous adorerez QAnon ! À en croire les zélateurs de cette « conspiracy theory », le président Donald Trump mènerait une guerre souterraine contre la « Cabal », une obscure société secrète aux mains du clan Clinton-Obama. Cette dernière compterait également en son sein des personnalités aussi diverses que Céline Dion, Tom Hanks, Oprah Winfrey ou Beyoncé. Le but de cette conspiration ? Enlever des enfants pour abuser d’eux et extraire de leur sang une substance à la fois psychotrope et rajeunissante : l’Adénochrome.

Affirmant que des milliers d’enfants seraient retenus prisonniers dans des bases militaires souterraines (« Deep Underground Military Bases » ou D.U.M.B.), les soutiens de QAnon sont persuadés que Trump va bientôt déclencher la « tempête » (« The storm »), à savoir le démantèlement de la « Cabal » et l’arrestation de ses responsables. Ce moment charnière annoncera un nouveau tournant dans l’histoire des États-Unis : le « grand réveil ».

Aussi farfelu soit-il, le mouvement QAnon peut compter sur le soutien total ou partiel de quelques personnalités comme l’acteur James Woods, la comédienne et réalisatrice Roseanne Barr ou l’ex-star du porno Jenna Jameson

À l’origine de ce mouvement, il y a une série de messages postés sur 4chan, un forum très connu des militants de l’alt-right, par un anonyme (le fameux « Q » – « anon » pour anonyme) qui prétend être un officier du renseignement et agir pour le compte de Trump et du Pentagone. Certains adeptes de QAnon avancent même l’idée que derrière ce nom de code se cacherait John Fizgerald Kennedy Jr, l’un des fils du défunt président, dont la prétendue mort dans un accident d’avion en 1999 serait un « fake ». Plus vraisemblablement, il semblerait que l’auteur des posts en question soit en fait Jim Watkins, un entrepreneur propriétaire du forum 8kun très prisé des suprématistes blancs.

Aussi farfelu soit-il, le mouvement QAnon peut compter sur le soutien total ou partiel de quelques personnalités comme l’acteur James Woods, la comédienne et réalisatrice Roseanne Barr ou l’ex-star du porno Jenna Jameson. De même, la candidate pro-Trump Marjorie Taylor Greene, récemment victorieuse d’une primaire républicaine pour les élections parlementaires de novembre en Géorgie, est une supportrice décomplexée de QAnon.

Lire aussi : La fabrique du faux

Quant au principal intéressé (Donald Trump), il affirme ne rien connaître des thèses de ce mouvement conspirationniste tout en se déclarant flatté d’être soutenu par d’aussi fervents militants. Il est vrai que leurs adeptes sont nombreux à venir soutenir leur candidat dans les meetings du parti républicain, ce qui n’empêche pas QAnon d’être classé comme un mouvement potentiellement dangereux par le FBI. À juste titre d’ailleurs comme en atteste le cas de Tobias Rathjen, un Allemand de 43 ans responsable d’une tuerie à Hanau en février dernier, qui avait repris à son compte la thèse des bases souterraines secrètes dans une vidéo postée sur YouTube cinq jours avant les faits.

La crise sanitaire aidant, il semble que QAnon soit en passe de s’implanter en Europe, et plus particulièrement en Allemagne, par le biais des mouvements anti-masque. La raison de ce succès ? Sans doute le fait que son discours anti-pédophilie semble au premier abord légitime, le dernier fait d’armes de ce mouvement étant une campagne de boycott du film Mignonnes de Maïmouna Doucouré disponible sur Netflix. Au-delà de la polémique sur sa capacité de nuisance, l’émergence de ce mouvement soulève une question capitale : peut-on encore parler de « théories du complot » dans le cas de QAnon ? Ne serait-il pas plus approprié de parler de « mythologies du complot » ?

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