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Histoires d’eau

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Publié le

9 décembre 2021

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Dans son dernier essai, le philosophe et mathématicien Olivier Rey livre un bel éloge de l’eau, tentant de lui redonner son aspect poétique et symbolique, après que la modernité l’a réduite à sa nudité scientifique.
eau

Olivier Rey, notre nouveau philosophe et mathématicien, entreprend dans sa dernière œuvre de « réparer l’eau ». Étrange projet, tel qu’il le reconnaît lui-même dans son exorde : et cependant, s’inscrivant dans les pas du Bachelard de L’Eau et les rêves, et surtout à la suite du poète Francis Ponge, il tente par là, à travers l’étude de cet élément primordial, d’élucider ce qui fait le fond de notre modernité. Celle-ci dont il situe évidemment la naissance vers 1 500 aura tout entrepris pour nier l’aspect poétique et symbolique de la nature dans laquelle l’homme croît pour uniquement s’attacher à son étude scientifique : l’eau, dit-il, n’est plus conçue et envisagée aujourd’hui que comme un H2O, liaison de molécules dont on peut déduire d’innombrables propriétés physiques et chimiques qu’en fin connaisseur l’auteur prend le temps d’énumérer.

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Mais cela fait, poursuit-il, nous n’aurons guère avancé, sinon à procéder à ce qu’il nomme « une démoralisation du monde » : « ontologiquement unifiée, moralement neutralisée par une appréhension globale sous le signe des mathématiques, la nature s’offre désormais sans retenue à toutes les entreprises, ouvre une carrière infinie à la volonté ». Au milieu de ce bouleversement, Olivier Rey discute longuement la position singulière de Léonard de Vinci, véritable déchirure entre les deux époques, scientifique averti comme l’on sait, mais qui semble refuser dans sa peinture d’abandonner cet « ordre sensé du monde » précédent, et essayer de retarder autant que se peut sa dissolution. Mais derrière l’éloge de l’eau, c’est surtout une ode à Ponge que construit ici Olivier Rey patiemment, avec une immense érudition, parce qu’il y voit l’antidote à l’abstraction moderne qui fait fi de l’intériorité des choses : « Il faut une marée de concret, une nouvelle invasion de l’homme par les choses », écrit le poète. C’est cette prière que l’auteur fait sienne ici. Puisse-t-il être exaucé.


Réparer l’eau d’Olivier Rey
Stock, 170 p., 17,50 €

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