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Ernest Hello : Ermite des âges bibliques

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Publié le

4 avril 2024

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Ernest Hello (1828-1885), si ce nom ne vous dit rien, c’est normal : ce pamphlétaire et mystique du XIXe est resté à l’ombre de ses pairs. En rééditant son œuvre majeure, L’Homme, les éditions Litos tentent de réparer cette cuisante injustice.
© Illustration d'Ophélie Lefort pour L'Incorrect

D’Ernest Hello, on retient surtout l’image qu’en brossèrent certains de ses plus illustres contemporains, comme Léon Bloy ou Joris Karl Huysmans. Dans À rebours, le héros huysmansien pose d’ailleurs sur l’œuvre du Breton un regard plutôt critique, l’assimilant volontiers à un « fanatique religieux » qui « pontifiait et vaticinait du haut d’un rocher fabriqué dans les bondieuseries de la rue Saint-Sulpice ». Il faut dire qu’Ernest Hello fait figure d’anomalie, même dans le singulier paysage littéraire français du XIXe siècle. C’est presque un météore venu d’un temps passé, féodal, qui observe avec un mépris total les turpitudes de son temps, vomissant une époque régicide où fermentent la vulgarité, l’amour de l’argent et le scientisme aliénant. Même Léon Bloy, ce doloriste qui passa sa vie en lamentations à biffer ses propres chances de réussite à coups d’invectives, voit en Hello un martyr : « Peu d’écrivains illustres furent, autant que cet obscur, coupés en morceaux. L’ignoble critique des envieux et des sots, note froidement Bloy, a très exactement accompli l’office des bourreaux sur les pensées et les écrits de cette espèce de saint Jacques l’intercis de la littérature catholique. »

Sa grande idée, c’est que l’exégèse biblique suffit à éclairer tous les grands thèmes de la vie.

De la vie d’Ernest Hello, on ne connaît pas grand-chose, depuis son premier coup d’éclat : la publication en 1858 de Philosophie et Athéisme, une thèse de doctorat qui ressemble à une crucifixion en règle d’Hegel et de Renan, ces deux fossoyeurs du catholicisme. Il faut dire que le bibliste s’est très tôt retiré des affaires courantes, délaissant la vie parisienne, ainsi qu’une carrière d’avocat, pour se consacrer à son grand œuvre dans l’ambiance bénédictine du manoir de Keroman qu’il partage avec sa femme, au cœur du Morbihan. Il entretient bien quelques amitiés lors de son passage à Paris, collabore à l’influente Revue du monde catholique, et se fait remarquer ponctuellement dans quelques raouts : pas forcément en bien puisque son apparence tranche radicalement avec le dandysme de mise dans les salons littéraires : cheveux longs et huileux, visage ingrat et une propension à se lancer dans de longs monologues à la moindre incartade. Au fond, tout le monde semble l’éviter : Hello n’est définitivement pas de son siècle, même pour les autres catholiques.

En effet, si on peut recenser dans la pensée du prosateur quelques influences « modernes » – de Maistre, Pascal –, sa plus grande originalité est sans doute de s’affranchir de toute philosophie moderne : traducteur de Ruysbroeck et d’Angèle de Folignon, il méprise tout appareil philosophique qui serait postérieur à l’âge d’or de la mystique. Sa grande idée, c’est que l’exégèse biblique suffit à éclairer tous les grands thèmes de la vie. Il appelle de ses vœux une lecture scripturaire de l’Histoire, attestant que cette dernière ne serait en réalité que l’ombre portée de Dieu à travers le temps. Une présence symbolique de Dieu dont les hommes, à travers leur individu et leur « portée artistique », seraient les hérauts nécessaires. C’est pourquoi l’écrivain mettra un acharnement particulier à explorer le thème de l’art, notamment celui de ses contemporains, chez qui il perçoit déjà – prophétiquement – une tendance à la laideur et à l’individuité surnuméraire : puisqu’en l’art réside toute la singularité de l’espèce humaine, il revient à celui-ci d’y célébrer l’harmonie et la Vérité. Hello n’a ainsi pas de mots assez durs pour dénoncer certaines errances du romantisme.

Lire aussi : Joseph de Maistre : Éminence blanche

Outre l’art, Hello enchaîne les grands thèmes avec une sorte de candeur révoltée : « l’avarice », « la science », « le mensonge », épuisant chaque sujet en quelques pages, toujours à l’aune d’un commentaire rigoureux des Évangiles, condamnant une époque avachie sur sa propre horizontalité. Il rappelle la grande idée du christianisme, une révolution à la fois morale et métaphysique qui combat l’effondrement des siècles, insouillée malgré l’accumulation des mensonges : rationalisme, protestantisme, socialisme. On serait tenté de dire que depuis, rien n’a changé.


L’HOMME,
ERNEST HELLO,
Éditions Litos,
544 p., 9,50 €

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