« Notre ouvrage invite à revisiter et à redéployer le concept bourdieusien de stratégies familiales de reproduction depuis un point de vue féministe ». Passons sur l’utilisation (d’ailleurs erratique) du « point médian » dans cet ouvrage : de bonne foi, on peut y trouver des chiffres passionnants et une question utile, voire nécessaire : comment se fait-il que, malgré toutes les méthodes compensatoires mises en place par la société occidentale, les femmes demeurent globalement, et prises isolément (ce qui est aussi une fiction sociologique), plus pauvres que les hommes ? Les deux chercheuses axent ici leur étude non d’abord sur la question des salaires, mais, comme le titre l’indique, sur la possession du capital et surtout sur sa transmission en tant que celle-ci constitue bien entendu son fondement. Entendant la « famille » (qui n’est d’ailleurs jamais vraiment définie, ni en elle-même, ni dans ses variations sociologiques, historiques et géographiques) comme institution économique, elles s’attachent à démontrer, avec un biais « féministe » tel que la phrase que nous avons citée au début mais qui n’arrive que vers la fin du livre le prouve, que partout et dans toutes les classes sociales, les femmes seraient victimes de « stratégies » misogynes ou patriarcales les dépouillant d’héritage matériel.
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Sont convoqués des cas aussi divers que celui de l’égérie des Gilets jaunes Ingrid Levavasseur, mère isolée de la France périphérique, de la femme de Jeff Bezos, de filles de la bourgeoisie spoliées par leurs frères au moment du partage des biens, ou encore le conservatisme supposé des notaires qui privilégieraient les hommes. Si le scandaleux appauvrissement des mères seules est documenté depuis longtemps, n’est jamais interrogée en l’occurrence la destruction du mariage qui a aussi été inventé historiquement pour protéger ceux qui travaillaient peu ou moins, soit globalement les mères et les enfants. De même, les cas cités ne sont jamais contextualisés par les systèmes familiaux divers dans lesquels ils peuvent s’inscrire et sur lesquels les travaux ne manquent pas (égalitaires au nord de la France, inégalitaires au sud, etc.). Finalement, une étude qui ne manque pas d’ambition, mais qui réclamerait une neutralité supérieure pour être concluante.

La Découverte, 326 p., 14 €





