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[Idées] Une infiltrée chez les wokes

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Publié le

23 octobre 2023

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Avec Les Nouveaux Inquisiteurs, récit de son infiltration chez les wokes, la journaliste Nora Bussigny apporte une contribution importante à l’autopsie du wokisme et démontre que, sous couvert d’inclusion, ses militants sont d’une intolérance inouïe.
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On connaissait les approximations, incohérences et lacunes du wokisme sur le plan intellectuel, magistralement mises en lumière par le célèbre canular Sokal au carré dès 2019 et depuis démontrées par de nombreuses parutions des deux côtés de l’Atlantique, dernièrement avec la publication des actes du colloque Après la déconstruction. Bref, le savoir dont les wokes se revendiquent est corrompu jusqu’à l’os – ce qui ne signifie pas toutefois qu’ils n’ont rien à nous dire.

Restait à examiner de manière systématique, et ça n’avait jamais été fait à notre connaissance, le royaume de l’« affect » pour y mesurer en actes le monde et les comportements provoqués par les discours, et mettre les militants wokes face à leur promesse d’inclusion, d’ouverture, de joie et de félicité, de lendemains qui chantent.

Lire aussi : [Idées] Ces wokes qui n’existent pas ?

Longue d’une année, l’enquête immersive de Nora Bussigny est réussie malgré les quelques libertés prises avec le cahier des charges. On pourrait s’attendre à ce que l’enquêtrice s’efface derrière ce dont elle doit rendre témoignage; or, le récit de ses rendez-vous avec le psychanalyste Ruben Rabinovitch, de ses turpitudes psychologico-morales ou de ses doutes d’écriture alourdissent le propos sans apporter grand-chose à la connaissance des « nouveaux inquisiteurs ».

Amputé de ce gras, l’ouvrage devient passionnant, et ce d’au- tant que la journaliste a eu le courage et l’habileté d’infiltrer des événements très différents, à Paris et en province : conférence de NousToutes, festival SafePlace, service d’ordre de la Pride radicale, manifestation pro-burkini à Grenoble, collages féministes à Montreuil, cours de sociologie à la fac de Paris-VIII, manifs féministes à Rennes et à Dijon, semaine décoloniale à Ivry ou grande manifestation Place de la République. Et l’on ne sort pas déçu de ce voyage au Wokistan : tri des individus selon leur couleur de peau, interdiction d’accès aux hommes hétérosexuels, débat sur la réalité ou non du privilège juif, complaisance sur le traitement islamique des femmes, haine de la police au-delà de l’imaginable (« un bon flic est un flic mort »).

Panorama dont on peut tirer un double-enseignement. Primo, le sectarisme des wokes, palpable dans les écrits, devient inouï dans les faits. La promesse chrétienne d’amour y est contrefaite jusqu’à être renversée, au point que tout n’y transpire plus qu’haine et amertume – à des degrés divers certes, car l’on constate des troupes parfois dubitatives (mais souvent dociles, et c’est peut-être ce qu’il y a de plus effarant) face à la virulence des chefs. Le progressisme woke n’élève, ni n’émancipe, ni ne libère personne; il catégorise, accuse, sépare. Sous couvert d’antiracisme, c’est ni plus ni moins une ségrégation à l’envers qui se prépare, fondée sur des critères biologiques, avec diverses strates de privilèges, toutes organisées pour écraser la tête du serpent : le mâle hétérosexuel blanc valide, etc.

Lire aussi : Les wokes passent à la casserole

Secundo, l’édifice branlant de l’«intersectionnalité» a moins encore de cohérence en fait qu’en idéal, dès lors qu’il agglutine physiquement, aux mêmes endroits et derrière les mêmes slogans, des militants aux causes diverses et en absolu incompatibles, d’où les innombrables divisions entre les chapelles, et au sein même des chapelles, féministes, trans, racisées, musulmanes, que sais-je encore. Cet agglomérat de destruction ne repose que sur le « contre », selon une double mécanique de culpabilité et d’acquiescement – ce qui souligne au passage leur hypocrisie: s’ils accusent de discriminations systémiques notre société avec l’espoir d’être entendus, c’est bien parce que celle-ci, l’occidentale, est sensible à la lutte contre les discriminations et les a réduites comme aucune autre.

Les débauchés ont certes fait place aux nouveaux cathares, la jalousie et la colère ont remplacé gloutonnerie et luxure, au diktat des sensations s’est substitué celui des ressentis et des ressentiments, mais la Nef des fous ne manque pas, hélas, de moussaillons.


LES NOUVEAUX INQUISITEURS, NORA BUSSIGNY, Albin Michel, 240 p., 19,90 €

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