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Ils étaient douze sur un toit

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© Capture Cnews

Depuis l’affaire George Floyd, Assa Traoré et ses amis sont de nouveau sur le devant de la scène. La manifestation de ce samedi était l’occasion d’observer le « comité Adama » en action : sa sociologie, ses ramifications politiques, son discours officiel et sa psychologie collective. Vers 14h45, j’arrive donc sur une place de la République déjà bien remplie.

 

Je regarde autour de moi : sans être véritablement monochrome, la foule compte peu de « racisés ». Un premier archétype de manifestant émerge : l’intersectionnel blanc habillé « à la cool », voire parfois en haillons. C’est de loin la catégorie la plus représentée. Celle-ci se décompose en une kyrielle de sous-genres, du quadra squelettique à piercings jusqu’à la vingtenaire aux cheveux bleus et à l’obésité morbide – il faudra un jour étudier le lien entre l’extrême surcharge pondérale et l’usage de teintures exotiques –, en passant par le boomer arborant des badges du PCF ou de syndicats moribonds.

 

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Au fil des minutes, la foule deviendra cependant plus hétéroclite et bigarrée. À peine arrivé sur la place, je remarque un défilé de porteurs de calicots se dirigeant vers le centre de la mêlée. L’une des banderoles plaide pour les Afghans persécutés par le gouvernement iranien. Des drapeaux palestiniens jalonnent évidemment la foule. Bref, on sent que comme d’habitude, cette manif sera un foutoir politique. « L’affaire Adama » était déjà un non-sens en elle-même : depuis près de quatre ans, la mort accidentelle d’un criminel multirécidiviste interpellé par des gendarmes noirs est dépeinte comme un meurtre raciste par la sœur dudit criminel. Dès lors, on ne s’étonnera guère qu’un rassemblement à la mémoire d’Adama Traoré se transforme lui-même en un informe gloubi-boulga idéologique : mutins de Panurge de tout le pays, unissez-vous ! Très rapidement, je m’extirpe de la masse.

J’entends alors une clameur qui s’élève de l’agora : « Descendez ! Descendez ! Descendez ! » Hissés sur la statue qui trône au milieu de la place, quelques sauvageons font en effet les pitres. Mais pourquoi leur disent-ils de descendre ? Ce sont pourtant leurs amis ! Je lève à nouveau les yeux et découvre, stupéfait, ce qui constituera le point focal de la mobilisation. Perchés sur le toit d’un immeuble, une douzaine d’individus. Impavides, immobiles, croisant les bras, ils toisent la foule. À leurs pieds, une banderole en hommage aux victimes du racisme anti-blancs. Le spectacle est absolument saisissant. Pendant quelques minutes, le temps se fige. Sourd aux quolibets qui fusent, indifférent aux poings menaçants qui se lèvent, je demeure abasourdi devant ce tableau irréel : surplombant une immense nasse humaine, les militants de Génération Identitaire préparent leur Camerone.

 

« L’affaire Adama » était déjà un non-sens en elle-même : depuis près de quatre ans, la mort accidentelle d’un criminel multirécidiviste interpellé par des gendarmes noirs est dépeinte comme un meurtre raciste par la sœur dudit criminel. Dès lors, on ne s’étonnera guère qu’un rassemblement à la mémoire d’Adama Traoré se transforme lui-même en un informe gloubi-boulga idéologique

 

D’en bas, on imagine leurs sourires goguenards de Gaulois réfractaires. Qu’importe la suite des événements : en volant la vedette aux organisateurs, ils ont déjà gagné la partie. Je circule ensuite dans le quartier. Le dispositif de sécurité publique est assez conséquent, notamment vers les abords du canal Saint-Martin. Gendarmes et policiers sont mobilisés. Dans certaines rues adjacentes, les commerçants ont dû baisser le rideau : après des mois de confinement, ils remercieront le ministre de l’Intérieur et de la Sensiblerie pour ce nouveau manque à gagner. Un peu plus loin, je retrouve un camarade avec lequel je reviens sur la place. À mon retour, les regards sont toujours rivés vers la toiture. C’est alors que s’élève le seul drapeau français de la manifestation : des fumigènes bleu-blanc-rouge allumés par les militants de GI. Au sol, la foule craque nerveusement

Elle craque littéralement. Une bannière tricolore, c’est vraiment trop, ça frise l’infamie. Les insultes redoublent, les boomers frôlent la syncope, les autres agitent frénétiquement des doigts d’honneurs. Dans ces phalanges dressées vers le ciel, il y a toute l’hystérique frustration de milliers de manifestants impuissants face à quelques braves. Car quoi que l’on pense de Génération Identitaire, de ses idées, de ses modes d’action, comment ne pas admirer le courage de ces activistes ? L’opération de ce 13 juin n’a rien à voir avec les ingénieux coups médiatiques du col de l’Échelle ou de la CAF de Bobigny : cette fois-ci, ils sont venus au-devant de la marée humaine. Il ont fait face à l’hostilité vociférante, sans peur d’être rejoints sur les hauteurs de leur forteresse haussmannienne. Juste après les fumigènes résonnent des éclats de feux d’artifice. Sur le moment, je présume une nouvelle animation des GI, un nouvel effet visuel pour illuminer le ciel de leur action. Je comprends bien vite que je me trompe : les projectiles viennent du sol et visent les toits. À croire que la racaille ne se déplace jamais sans sa nouvelle arme de jet favorite : le mortier.

 

https://twitter.com/Thais_dEscufon/status/1271797326718423041

 

Je m’approche alors de l’immeuble sur lequel sont juchés les identitaires. La foule est extrêmement dense. Monsieur Castaner avait pourtant rappelé que l’émotion devait aller de pair avec les « gestes barrières »… Caramba, encore raté ! Sur ma route, je croise aussi peu de masques que de « distanciation sociale ». Si le coronavirus est là, il a de quoi faire son marché. Tout à coup, une rumeur parcourt la foule. Un lumpen-acrobate escalade une gouttière. Il parvient au sommet et décroche la banderole honnie sous les acclamations du public. En bon narcisse des temps nouveaux, il n’oublie pas de filmer la fin de son exploit, histoire de gratter quelques followers sur les réseaux sociaux. Une fois redescendu, le cascadeur de vingt-huit ans déclarera au Parisien : « Ils sont là-haut, ils s’expriment, et on ne peut rien faire. Je me suis dit : je vais être l’homme de la situation ». Avec sa passion pour la liberté d’expression et son évidente modestie, le héros du jour a tout pour faire carrière en politique.

On pourrait gloser longtemps sur le coup d’éclat des identitaires. D’aucuns diront qu’il était inutile de souffler sur les braises, d’autres critiqueront le fait d’attaquer les indigénistes sur le terrain victimaire, d’autres encore préférerons le message délivré par la section lyonnaise de l’AF : « Mieux qu’une race, la France est une nation ». Cependant, au-delà des divergences théoriques, au-delà des conflits idéologiques qui traversent le camp national, cette banderole a eu un grand mérite : celui de rendre un peu d’orgueil à des dizaines de millions de Français. Ceux que l’on somme arbitrairement de s’excuser pour tout et rien, à intervalle régulier. Ceux qui demandent toujours pardon, et que l’on n’absout jamais.

 

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Ceux que lon enjoint sans cesse au silence, ceux qui sont trop « normaux », trop « blancs cisgenres hétéros » pour pouvoir se plaindre de quoi que ce soit. Ceux à qui l’on nie le droit, notre droit sacré de Français : celui de gueuler quand bon nous semble – et puis le droit d’être fiers, aussi. Une fois la banderole décrochée, alors que la confusion règne sur le toit, mon camarade et moi-même quittons la manifestation avant que la maréchaussée ne charge : nous migrons vers un autre quartier, puis nous nous attablons à une terrasse de café. Nous apprenons alors que les identitaires ont essuyé des injures antisémites. Injures qui n’ont pas ému la foule immonde des tartuffes de l’antiracisme.

 

Étienne Auderville

 
 
 
 

 

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