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Jean-Claude Mensch : « Nous prônons l’autonomie communale »

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Publié le

13 décembre 2019

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Petite commune de 2 200 habitants située au cœur de l’ancien bassin potassique d’Alsace, Ungersheim fait figure de modèle écologique grâce à l’inventivité de son maire, Jean-Claude Mensch, qui a tiré parti de la reconversion de l’activité minière pour développer toute une série de projets innovants qui garantissent à sa commune une autonomie toujours plus grande. Loin de l’écologie punitive, cet homme de gauche qui n’est plus encarté met en œuvre des solutions concrètes au service du bien commun et y associe la population locale.

 

 

 

Vous êtes issu d’une famille de mineurs, vous-même avez travaillé à la mine, notamment en tant que délégué syndical et au CHSCT, que retirez-vous de cette expérience et en quoi vous a-t-elle forgé ?

 

J’ai reçu une éducation chrétienne et suis passé par la JOC, ce qui m’a permis de me consacrer aux autres et d’être dans un environnement de fraternité et de solidarité qui a perduré à la mine, où tout le monde était syndiqué dans les années 1960. Devenu délégué mineur dans les années 80, c’est-à-dire payé par l’État pour m’occuper de la sécurité des travailleurs, j’ai pu faire évoluer les conditions de travail des mineurs, au besoin en arrêtant des chantiers lorsqu’ils étaient trop dangereux. Être confronté à un danger récurrent a forgé entre nous, les mineurs, une franche camaraderie.

 

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Une fois élu maire en 1989, vous avez été confronté à la fermeture progressive des mines du bassin potassique d’Alsace. Comment avez-vous fait pour reconvertir le personnel ?

 

La reconversion a démarré vingt ans avant la fin du gisement, ce qui a permis d’anticiper et de prendre les bonnes décisions. Tous les acteurs concernés (syndicat, mairie, Église, direction des mines de potasse) ont contribué à ce que cette reconversion s’effectue au mieux et, de fait, contrairement à ce qui a pu se produire dans le Nord ou en Lorraine, nous n’avons pas assisté ici à une recrudescence du chômage. Il y a eu beaucoup de formations à l’autoentreprise et une implication très forte du tissu industriel des PME-PMI.

Nous prônons l’autonomie communale afin de moins dépendre du monde consumériste et matérialiste qui nous formate dans l’unique but de consommer, ce qui est une forme d’aliénation.

Les réalisations que vous avez faites, panneaux solaires, monnaie locale, transport des élèves en calèche, approvisionnement de la cantine scolaire par les producteurs locaux, visent à garantir une certaine autonomie à votre commune. Est-ce votre fil directeur ?

 

Nous prônons l’autonomie communale afin de moins dépendre du monde consumériste et matérialiste qui nous formate dans l’unique but de consommer, ce qui est une forme d’aliénation. Cette autonomie se décline à plusieurs niveaux : souveraineté alimentaire afin de savoir ce que l’on mange, autonomie intellectuelle afin de ne pas être dépendant du prêt à penser, autosuffisance énergétique afin de privilégier les énergies renouvelables – en particulier l’énergie solaire – et démocratie participative en associant les citoyens à la prise de décision communale.

 

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Ce désir d’autonomie vous rend-il opposé à toute forme d’intercommunalité ?

 

Je n’ai pas d’opposition de principe à l’intercommunalité et y ai toujours été favorable quand elle ne prenait pas des proportions démesurées. Le problème, c’est qu’on veut créer aujourd’hui des structures toujours plus grandes sans leur donner les moyens nécessaires, cela éloigne les citoyens des centres de décision. Globalement, la démocratie est diluée et devient impersonnelle s’il n’y a plus ces liens de proximité. De ce point de vue, je suis plutôt girondin.

Je crois à la délocalisation de la direction de l’Éducation nationale au profit des régions qui devraient plus s’en occuper. En effet, chaque région a ses spécificités : pour nous, c’est la question du bilinguisme franco-allemand et la promotion de l’alsacien.

Il y a une tradition assez jacobine à gauche. L’éducation doit-elle relever selon vous de l’État ou pensez-vous qu’elle peut être plus qualitative si elle est organisée localement ?

 

Je crois à la délocalisation de la direction de l’Éducation nationale au profit des régions qui devraient plus s’en occuper. En effet, chaque région a ses spécificités : pour nous, c’est la question du bilinguisme franco-allemand et la promotion de l’alsacien. Nous attendons d’ailleurs toujours que la France ratifie la charte européenne des langues régionales. Le bilinguisme commence à la maternelle en Alsace, par exemple les cours de mathématiques sont donnés en allemand parce qu’on considère qu’il convient mieux à cette discipline rationnelle. Il y a donc toute une série de questions de ce type qui gagneraient à être gérées au niveau local.

 

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La mairie doit aussi s’occuper de l’aménagement du territoire. Comment faites-vous pour éviter la bétonnisation urbaine et la désertification du centre-ville ?

 

 

Nous sommes dans un périmètre constructible identique depuis trente ans ce qui simplifie bien des choses. On a même réussi à diminuer un peu les terrains constructibles pour préserver les terres agricoles. De même, le conseil municipal a décidé à l’unanimité en 2002 de faire retourner à la nature la zone industrielle de 11 hectares naguère dévolue à l’exploitation minière. Le nivellement du terrain a permis de recréer le biotope des collines sèches, avec des orchidées et des lézards particuliers mais cela prend du temps. Enfin, nous sommes à l’initiative de l’implantation de plusieurs centrales photovoltaïques, dans un objectif d’indépendance énergétique.

« Avec tous les chantiers en cours, Ungersheim produira d’ici 2023 autant qu’elle consomme »

Êtes-vous autosuffisants en matière énergétique ?

 

On y tend. La centrale solaire située sur le parking de l’écomusée est couverte d’ombrières photovoltaïques qui génèrent 2,7 mégawatts. Sur l’hélio-parc, il y a 5,4 mégawatts installés, en partage avec plusieurs communes, si bien qu’avec tous les chantiers en cours, Ungersheim produira d’ici 2023 autant qu’elle consomme. Quant au chauffage communal, il est assuré par le méthane. Nous avons d’ailleurs un projet d’unité de méthanisation, en filière sèche, sans lisier de porc pour éviter les odeurs, qui va produire à peu près le double de notre consommation.

 

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Vous avez également créé une monnaie locale, appelée le radis, ce qui rétablit une forme de troc et facilite les circuits courts. Est-ce là l’intérêt ?

 

Notre monnaie locale est un outil anti-spéculatif qui permet de réinjecter une partie de l’argent dépensé par les habitants de la commune dans l’économie locale. En France, un foyer dépense en moyenne 4 000 € par an pour sa nourriture. À Ungersheim, nous avons 1 000 foyers, ce qui donne une dépense annuelle de nourriture de 4 M € réalisée à 90 % dans les supermarchés voisins, puisqu’Ungersheim n’en possède pas. L’intérêt du radis, c’est qu’il ne peut être utilisé que localement, chez les commerçants et artisans qui sont membres de l’association qui gère cette monnaie et qui signent la charte, ce qui dope le commerce local. Concrètement, le radis est en parité fixe avec l’euro, l’association bénévole qui le gère ne prend d’ailleurs aucune commission. Nous sommes fiers de cette autonomie qui est, bien sûr, plus facile à mettre en œuvre sur un territoire communal que dans de grands ensembles urbains.

 

 

Propos recueillis par Benoît et Marie Dumoulin

 

 

Ungersheim conjugue tradition et écologie. Quelques réalisations concrètes :

 

• Un écomusée à ciel ouvert, organisé comme un village alsacien du début du XXe siècle qui fait revivre les traditions populaires locales et le patrimoine alsacien : habitations typiques (maisons à colombages, fermes, écoles, églises) aménagées en matériau d’époque, métiers artisanaux, machines agricoles, art de vivre, évènements culturels, fêtes locales, etc.

• Un centre historique minier de la potasse d’Alsace situé dans les locaux industriels d’une ancienne mine rénovée par une association dans le but de faire perdurer la mémoire des mineurs.

• Une friche industrielle reconvertie en maraîchage biologique sur huit hectares, exploitée par des personnes en réinsertion sociale et qui fournit la cantine scolaire en légumes bio.

• Un éco-hameau zéro carbone ou programme d’habitat écologique avec transformation d’une maison ancienne en bâtiment chauffé par une chaudière à bois.

• L’acquisition d’un cheval cantonnier qui transporte chaque jour les enfants en calèche à l’école et est utilisé sur les champs de l’exploitation maraîchère.

• La création de la plus grande centrale photovoltaïque d’Alsace, un chauffage solaire pour la piscine municipale et une chaufferie collective à bois alimentant, par un réseau de chaleur, sept bâtiments communaux, contribuant ainsi à l’autosuffisance énergétique de la commune.

 

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