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Mon général à l’assaut de Carpentras

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Publié le

9 décembre 2019

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La dernière fois, ça s’est joué à rien, mais Carpentras n’est pas retombé à droite. Cette fois, Hervé de Lépinau se range, tout de même pas au garde-à-vous mais pas loin, derrière un général. Sur une liste de « droite plurielle », qui rend évidemment furieux le député LR du cru, un certain Julien Aubert.

 

 

Deux fois mais pas trois. La première fois, ce fut en 2014. Carpentras avait été à deux doigts de se doter d’un maire FN. À deux doigts seulement. Au premier tour, Hervé de Lépinau, suppléant de Marion Maréchal-Le Pen à l’Assemblée nationale, talonne le maire sortant Francis Adolphe à la tête d’une liste d’union de la gauche : 37,32 % pour le socialiste, 34,37 % pour le frontiste. Moins de quatre cents voix les séparent. C’est jouable. Ça paraît jouable. Ça aurait pu être jouable sans le troisième larron, j’ai nommé Julien Aubert.

Julien Aubert a créé le Rassemblement Bleu Lavande pour faire obstacle au Rassemblement Bleu Marine dans le Vaucluse. En politique, il faut savoir désigner l’ennemi principal et l’ennemi, pour lui, se trouve sur son flanc droit. Alors il maintient sa liste. Il sait qu’il va sortir minable mais la cause vaut bien ce sacrifice.

Carpentras a pour particularité d’être à cheval sur deux circonscriptions : Carpentras-Sud est sur la 3e circonscription du Vaucluse, celle détenue alors par Marion Maréchal-Le Pen, Carpentras-Nord est sur la 5e, où Julien Aubert s’est fait élire député UMP ras les moustaches en 2012. Lui aussi s’est porté candidat aux municipales. Avec 16,63 % au soir du premier tour, il est mort. Enfin presque. Il lui reste la capacité de nuire. De nuire à la droite.

 

Un an plus tôt, Julien Aubert a créé le Rassemblement Bleu Lavande pour faire obstacle au Rassemblement Bleu Marine dans le Vaucluse. En politique, il faut savoir désigner l’ennemi principal et l’ennemi, pour lui, se trouve sur son flanc droit. Alors il maintient sa liste. Il sait qu’il va sortir minable mais la cause vaut bien ce sacrifice. Et ça marche. Au second tour, Julien Aubert ne recueille plus que 13,39 % des suffrages, mais il est parvenu à empêcher un nombre suffisant de ses électeurs de se reporter sur Lépinau.

 

Lire aussi : Les communes, dernier lieu de sociabilité humaine

 

En nombre de suffrages, c’est plus parlant. Le socialiste Francis Adolphe est réélu avec 5 894 voix contre 5 588 à Hervé de Lépinau. Il en a manqué 306 au candidat FN. Cherchez pas, Aubert en a neutralisé 1 776. Même pas pour préparer l’échéance suivante en bataillant à la tête de l’opposition. Moins de deux ans plus tard, il a démissionné du conseil municipal. « Relevons le défi, relevons Carpentras ! », qu’il disait. Et courage fuyons…

 

« La seule chose qui intéresse Aubert, commente aujourd’hui Hervé de Lépinau, c’est lui. Mais qu’il fasse attention : à force de faire le grand écart en permanence, on finit par avoir mal aux adducteurs ».

 

La deuxième fois que Lépinau a échoué sur le fil, c’est aux législatives de 2017. Marion Maréchal toujours Le Pen n’ayant pas souhaité se représenter, il était le candidat naturel. Il est allé au charbon. Avec 90 voix de retard seulement (sur plus de 35 000 suffrages exprimés !) au soir du premier tour sur la candidate de La République en marche, Brune Poirson, c’était encore plus jouable. La « droite » locale, dont le candidat LR-UDI avait été sèchement éliminé, a fait ce qu’il fallait. Dans le duel final, Brune Poirson l’a emporté. De 421 voix.

 

Les Carpentrassiens ont tout gagné. Brune Poirson étant entrée au gouvernement, elle a été remplacée par son suppléant, Adrien Morenas, dont le principal fait d’armes est d’avoir été le rapporteur de la commission d’enquête sur la lutte contre les groupuscules d’extrême droite. Quant à Francis Adolphe, rallié à Macron, il a dû quitter la mairie la queue entre les jambes. Il a démissionné en juin 2018 après avoir été condamné à huit mois de prison (avec sursis) et cinq ans de privation de ses droits civiques, civils et familiaux pour violences aggravées sur la dame qui partageait sa vie. La classe.

 

 

Dans sa lettre de démission au préfet, il a écrit : « Ma vie personnelle, que j’ai sacrifiée, avec ses hauts et ses bas (qui n’en a pas eus ? […]) a fini par l’emporter sur mon dévouement pour la vie publique ». La très grande classe.

 

Pour les municipales de mars prochain, Hervé de Lépinau a décidé de ne pas repartir. « Quand on rate deux élections sur le fil, c’est qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Je n’ai pas vocation à être l’éternel loser. Tout ce que je veux, c’est débarrasser Carpentras de sa majorité socialo-communiste. Qu’on remette de l’ordre dans la ville. Qu’on arrête les magouilles. Qu’on stoppe le grand remplacement et l’islamisation. Qu’on bloque le déclin. Je suis parti de l’idée que si quelqu’un me semblait en mesure de parvenir à l’emporter sur cette ligne, je me rangerais derrière lui ».

Lors de son départ à la retraite, fin 2017, le général Bosser, chef d’état-major de l’armée de Terre, lui a rendu un hommage qui figure toujours sur le site du ministère de la Défense. Il parle d’un « soldat de référence », d’un « chef hors pair », d’un « homme de convictions » qui aura marqué l’institution de son « parcours exemplaire frappé du sceau de l’excellence ».

Cet homme, il l’a trouvé en la personne de Bertrand de La Chesnais. Le général de La Chesnais, 61 ans, 39 ans de service, ancien numéro deux de l’armée de Terre – il en était major général. Lors de son départ à la retraite, fin 2017, le général Bosser, chef d’état-major de l’armée de Terre, lui a rendu un hommage qui figure toujours sur le site du ministère de la Défense. Il parle d’un « soldat de référence », d’un « chef hors pair », d’un « homme de convictions » qui aura marqué l’institution de son « parcours exemplaire frappé du sceau de l’excellence ».

 

Ce que veut le général de La Chesnais ? Ce qu’il a toujours fait : servir. Avec, à l’esprit, cette phrase d’Antoine de Saint Exupéry que ferait bien de méditer Aubert : « La grandeur d’un métier est avant tout d’unir des hommes ». Car La Chesnais ne s’est pas tout de suite précipité vers Lépinau. Il a d’abord rencontré Julien Aubert. Il nous a confié avoir été surtout marqué par sa « suffisance » et par son « bornage ». Lors d’une conférence à l’Issep, son école lyonnaise, il a fait la connaissance de Marion Maréchal. « Là, on est très vite devenus amis ». Et lorsqu’il a vu Lépinau, celui-ci a topé. « Il m’a dit que j’étais le leader naturel ». La Chesnais sera donc tête de liste et Lépinau numéro trois. D’une liste d’union des droites ? Il y a du travail.

 

Car Julien Aubert, encore lui, ne désarme pas. Il a mis en piste son suppléant, Claude Melquior, qui s’est déjà lancé dans la bataille… avec des fleurs. « J’appartiens depuis plus de 30 ans à la troisième génération de pépiniéristes de plantes fleuries et d’arbres d’ornement à Carpentras », lit-on sur ce qui lui tient lieu de site de campagne. Avec une telle entrée en lice, pas étonnant que La Chesnais lui ait déjà piqué des militants et des colistiers des listes UMP de 2014 et de 2008. À la grande fureur d’Aubert, qui, assure le général, se comporte désormais « comme un animal blessé qui rue dans tous les sens ». « Il fait tout pour que nous ne prenions pas la mairie », confirme Lépinau.

 

La possibilité de constituer une liste de « droite plurielle » et de remporter – enfin ! – la mairie de Carpentras, tous deux y croient. Avec des candidats issus du FN, de LR, de l’ex-UDF et de tous les courants de la droite française, PCD et CNIP inclus. Avec, pour citer son discours de départ de l’armée de Terre, « des hommes et des femmes de caractère, comprenant l’objectif et capables d’initiatives pour entraîner leurs subordonnés sans attendre ni subir » ? « Ce qui fait la qualité d’une armée, disait-il aussi, c’est le dévouement de ses hommes à un idéal ».

 

La Chesnais, qui n’est encarté nulle part, veut en tout cas rassembler sur « le plus petit dénominateur commun », à savoir « la crainte de voir la ville basculer dans l’islamisme ». Et il entend bien convaincre les Carpentrassiens que sa conception de l’ordre est la plus efficace, car la plus juste : « J’ai une conception particulière de l’ordre, nous explique-t-il. Au départ n’est pas la police, ni les caméras de surveillance, mais le beau. D’abord on restaure le beau, on fait l’embellissement de la ville et on répond au besoin de propreté, ensuite on répond au besoin de sécurité et on va vers la tolérance zéro. Mais dans cet ordre. D’abord je donne, ensuite, puisque j’ai donné, je suis en droit d’exiger ».

 

Lire aussi : Charles Millon : « On a voulu faire des communes de simples succursales de l’État »

 

Trois heures par jour pour le moment, le général fait du porte-à-porte. Celui qui se réfère à Robert Ménard assure qu’on ne monte pas les sacs de sable et qu’on ne met pas les batteries en position lorsqu’il débarque. Il compte bien s’être présenté à 70 % de la ville, qui compte près de 30 000 habitants, avant les élections. Ambitieux… Cela suffira-t-il ? « En 2014, se souvient Hervé de Lépinau, le vote musulman s’était mobilisé contre moi. La fraude électorale aussi. Le tribunal administratif avait reconnu qu’il y avait eu des irrégularités mais il avait estimé qu’elles n’avaient pas altéré la régularité du scrutin… »

 

« J’ai bien compris que ma mission n’est pas d’aller chercher 300 voix, répond Bertrand de La Chesnais. Si on part du total de 2014, et il n’est pas acquis, il faut que j’en trouve mille ».

 

Bruno Larebière

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