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Jean-Frédéric Poisson joint la vox populi à la vox Dei

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Publié le

14 octobre 2020

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S’il fallait faire un reproche à Jean-Frédéric Poisson, c’est de cultiver son côté racinien : il fait de la politique tel qu’il voudrait qu’elle soit, et non en s’adaptant à de ce qu’elle est devenue. Voilà qu’au peuple en colère, il parle institutions !

Jean-Frédéric Poisson l’a annoncé mi-juillet dans un entretien à Valeurs actuelles : il sera candidat à l’élection présidentielle de 2022. « Au nom du peuple », comme dirait quelqu’un d’autre ? En quelque sorte. Au nom et au service du peuple français qu’il entend bien persuader qu’il n’est pas de changement possible, que toutes les promesses sont vouées à être enterrées si on ne procède pas, au préalable, à une profonde réforme institutionnelle. Il l’expose longuement dans un ouvrage qui paraît mi-octobre aux éditions du Rocher et s’intitule justement : La Voix du peuple.

Supprimer le quinquennat

Plus de 200 pages de droit constitutionnel – mais de droit constit’ illustré par la réalité du pays, ce qui rend le propos nettement moins aride – pour lancer une campagne présidentielle, il n’y avait que Poisson pour oser cela ! « Notre pays a atteint un tel niveau de confiscation du pouvoir, d’atteinte aux libertés fondamentales – qu’elles soient publiques ou individuelles –, qu’aucun redressement n’est possible sans une profonde réforme institutionnelle. Une réforme […] qui n’ait d’autre ambition que de rendre au peuple français le pouvoir qui lui revient, et lui faire confiance ».

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Et d’insister, certain d’être en phase avec une large partie du peuple français, au moins celle qui, lors du mouvement des Gilets jaunes, a vite porté le débat sur le terrain institutionnel : « Les Français n’auront pas confiance dans ceux qui diront qu’on ne va rien changer à la structuration des pouvoirs, mais qu’on va changer les politiques publiques. C’est impossible ». Ce n’est pas pour autant qu’il emboîte le pas à toutes les revendications des Gilets jaunes de la deuxième vague, ceux qui ont fait dériver le mouvement contestataire vers la gauche la plus extrême.

La VIe République, très peu pour lui ! Ce qu’il veut au contraire, c’est renouer avec la Constitution de la Ve, détricotée et même pervertie par les successeurs du général de Gaulle. En apparence, sa proposition-phare prend même à rebrousse-poil l’électorat qui voudrait que le président de la République voie ses pouvoirs réduits, puisqu’elle consiste à vouloir supprimer le quinquennat et à revenir au septennat, mais non renouvelable. « La difficulté de faire partager une idée n’est pas une raison pour y renoncer », répond-il quand on l’interroge sur le décalage entre sa proposition et les revendications émises lors des manifestations des Gilets jaunes : « Il faut arrêter de les prendre pour des buses ! »

Avec le septennat non renouvelable, plaide Poisson, le chef de l’État disposera du temps qu’il n’a plus, le quinquennat étant rogné aux extrémités par le temps de l’installation et celui de la réélection

Alors il va partir sur les chemins pour expliquer. Pour dire que c’est justement depuis le passage au quinquennat, il y a tout juste vingt ans – une révision adoptée par 73 % des votants mais avec un taux d’abstention de près de 70 % du corps électoral –, suivi, deux ans plus tard, par l’inversion du calendrier électoral qui donne systématiquement au chef de l’État une majorité à l’Assemblée nationale, et une majorité de députés élus sur son nom, donc une armée d’obligés, que s’est installée « l’hyper-présidentialisation », qui donne tout pouvoir au président de la République, au point que le pouvoir législatif n’en est plus un, qu’il est devenu une simple chambre d’enregistrement des décisions de l’exécutif.

Réconcilier peuple et dirigeants

Avec le septennat non renouvelable, plaide Poisson, le chef de l’État disposera du temps qu’il n’a plus, le quinquennat étant rogné aux extrémités par le temps de l’installation et celui de la réélection, et, surtout, ne pourra plus se comporter en « hyperprésident » du fait que les élections législatives ne découleront plus de la présidentielle, que les électeurs pourront donc sanctionner sa politique et que la cohabitation sera de nouveau possible.

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La question référendaire fait bien entendu l’objet de longs développements. Faire des référendums « un outil habituel de gouvernement » lui paraît une bonne chose, de nature à renouer le lien entre le peuple et ses dirigeants, à une condition : que leurs résultats ne puissent être contournés, « par exemple en réputant inconstitutionnel tout amendement, toute mesure, toute proposition de loi qui irait contre le résultat du référendum, ou tendrait à le détourner ». Allô Sarko, pourquoi tu tousses ?

Les propositions de Jean-Frédéric Poisson sont nombreuses, les arguments étayés, les principes ayant présidé à leur conception clairement affirmés – en tête, bien sûr, le principe de subsidiarité –, il serait dommage que son ouvrage passe inaperçu, plus regrettable encore qu’il ne soit pas l’occasion de débats, tant, rappelle-t-il en appuyant sur Tocqueville, « une réforme institutionnelle ne règle pas tout, tant s’en faut, mais tout procède d’elle […] Sans une réforme ambitieuse dans ce domaine, toutes les autres mesures seraient inutiles : non pas peut-être à produire quelques effets propres, mais à renouer avec la prospérité et les conditions du Bien commun auquel tous aspirent ».

Ce débat, nous sommes prêts à l’organiser. Avec qui acceptera de parler enfin du fond.

La voix du peuple de Jean-Frédéric Poisson
Editions du Rocher, 220 p, 17,90€

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