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Jean-Marc Vivenza : Futurisme et Tradition

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Publié le

11 mai 2020

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Jean-Marc Vivenza ne sait pas ce qui, adolescent, l’a poussé à composer des « pièces sonores » à partir des bruits enregistrés dans les usines de son Isère natale. Il n’imaginait pas davantage que ces expérimentations musicales seraient l’amorce d’une longue quête spirituelle. Étudiant en philosophie et en histoire de l’art, il découvre le futurisme et inscrit ses travaux dans le prolongement de ceux de Luigi Russolo, artiste célèbre pour son Manifeste de l’art des bruits publié en 1913.

 

La révolte existentielle portée par ce mouvement le fascine : « La révolte futuriste, par son refus de se soumettre aux lois d’une vie misérable, son violent rejet de la domination de l’ordre cosmique […] me séduisit immédiatement ». Surtout, l’approfondissement de l’itinéraire de Russolo l’amène à se pencher sur le fond ésotérique du futurisme, découverte qui fait écho à sa lecture précoce des œuvres de Joseph de Maistre, dénichées dans la bibliothèque familiale, mais aussi de René Guénon et de Julius Evola, auteurs pratiqués dans les milieux solidaristes qu’alors, en réaction à la vulgate marxiste dominante, il fréquente à l’Université de Grenoble.

 

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Mais le voilà happé par le tumulte de l’époque. Nous sommes à la ?n des années 70 qui voient l’explosion du punk. Il est oublié à quel point le punk, aujourd’hui empaillé en postures grotesques, a pu, en son temps, être révolutionnaire.

Pendant plus d’une décennie il tourne à travers le monde avec les plus célèbres formations de cette mouvance : Einstürzende Neubaten, Laibach, SPK, Throbbing Gristle, Test Dept…

Mouvement ambigu, à la fois flambée nihiliste et aspiration confuse à l’Absolu – en cela très proche du dadaïsme – il est également un mouvement audacieux sur le plan de l’expérimentation artistique, notamment dans sa branche la plus radicale du « post-punk » : celle des musiques dites « industrielles » à laquelle Vivenza se voit rattaché. Pendant plus d’une décennie il tourne à travers le monde avec les plus célèbres formations de cette mouvance : Einstürzende Neubaten, Laibach, SPK, Throbbing Gristle, Test Dept… Bénéficiant à cette occasion d’importants moyens, il joue ses œuvres, devenues de « gigantesques ballets des derniers temps », à des volumes sonores démentiels, jusqu’à, parfois, fendre les murs des salles de concert et s’endommager irrémédiablement les tympans. Dans ce milieu turbulent il demeure en retrait – « Sex, drugs and rock’n’roll » ne sera jamais sa devise, fidèle quant à lui à celle de « l’Art-Vie-Action » du mouvement futuriste – et met à profit ces tournées pour visiter l’Europe, ses musées, ses églises, et, en parallèle, approfondit ses questionnements métaphysiques.

 

Il leur consacrera tout son temps à l’orée des années 90, alors que l’engouement pour la musique industrielle décroît. Passionné par le dernier Evola, celui de Chevaucher le tigre, et de la « doctrine de l’éveil », il décide de prendre au mot le penseur italien : si nous vivons « au milieu des ruines » alors toute activité mondaine, notamment politique, est vaine. Il faut donc, par le recours à la Tradition des origines, accomplir une métamorphose intérieure et, ainsi, devenir « un homme différencié ».

Si, comme le pensait Bernanos, l’humanité se départage en deux types d’hommes – ceux qui se résignent et ceux qui ne se résignent pas – Jean-Marc Vivenza, sans conteste, appartient à la seconde catégorie.

Il se tourne alors vers l’Orient, étudie la pensée de Nâgârjurna, moine bouddhiste indien auquel il consacre un ouvrage publié chez Albin Michel, écrit des articles pour des revues spécialisées, apprend le sanskrit, voyage en Inde, toujours en quête de cette Tradition originelle. Si, comme le pensait Bernanos, l’humanité se départage en deux types d’hommes – ceux qui se résignent et ceux qui ne se résignent pas – Jean-Marc Vivenza, sans conteste, appartient à la seconde catégorie.

 

Une rencontre l’amènera à s’intéresser à une branche très spécifique de la franc-maçonnerie »: le Rite Écossais Rectifié qu’il rejoindra après de nombreuses hésitations. La franc-maçonnerie souffre d’une réputation détestable bien méritée : celle d’être un simple moyen pour de ventrus arrivistes et falots bureaucrates de se pousser dans la société dont, par leurs obscurs agissements, ils hâtent la décomposition. Dans ce milieu très fermé, le Rite Écossais rectifié est à part. Longtemps soupçonné d’être une création des Jésuites, fondé en 1778 par un drapier lyonnais, Jean-Baptiste Willermoz, il eut pour maîtres Martinès de Pasqually et son disciple Louis-Claude de Saint-Martin, qui se fit appeler le « Philosophe Inconnu » – ce dernier se réclamant également du théosophe allemand Jacob Boehme. Les adeptes de cette branche ésotérique chrétienne tentent, par le recours à des rituels initiatiques, d’entrer directement en contact avec Dieu. Ce rite, qui a vocation à créer un Ordre de chevalerie mystique pour défendre le « christianisme transcendant », constitue au sein de la franc-maçonnerie, par delà les obédiences, une enclave spirituelle et contre-révolutionnaire ; une sorte de coin blanc pour battre les rouges et roses qui peuplent l’immense majorité des loges. C’est une véritable Tradition occidentale qui se révèle alors à Jean-Marc Vivenza qui découvre non seulement que Joseph de Maistre fut reçu dans ces loges, mais que les principaux thèmes de sa pensée en sont issus.

 

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Cette Tradition parcourt tout le christianisme européen : on la lit en filigrane dans la pensée de Mme Guyon, de Fénelon, plus lointainement dans celle de Maître Eckhart et d’Origène. Depuis, ce traditionaliste d’avant-garde n’a de cesse de la transmettre à quelques âmes choisies pour qu’elles puissent surmonter une époque qui, chaque jour davantage, fait penser aux derniers temps.

 

 

François Gerfault

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