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Jérôme Leroy : « La forme brève, c’est une forme de politesse poétique »

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Publié le

16 janvier 2025

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Jérôme Leroy illumine la rentrée d’hiver avec un petit livre de textes courts, Un Effondrement parfait. Recueil, récit ? Inclassable, en vérité. Tant mieux. Aperçu avec l’auteur, en toute concision.
© Laura Stevens - La Table Ronde

Ce livre est-il né d’un dessein densemble ou du hasard ?

Non, il n’y a pas de hasard, une providence peut-être. En fait, je n’aime pas parler de moi. Les seules fois où cela arrive, ce sont les petites proses d’Un Effondrement qui vont de la notation sur quelques manières de l’époque à des souvenirs d’enfance, de jeunesse, de voyage. L’ensemble, il faudrait le lire comme un récit plutôt que comme un recueil.

Y a-t-il un mot pour désigner le genre dont relève ce livre ? Aviez-vous des références en tête ?

Un autoportrait en mouvement, ce que j’ai aimé chez le trop peu connu Frédéric Berthet (Paris-Berry) et parfois chez Brautigan (Mémoires sauvés du vent).

Prêtez-vous des vertus particulières à la forme brève ?

Tous les romans ou presque sont trop longs, aujourd’hui. La forme brève, c’est une forme de politesse poétique.

Prenez-vous plaisir à mettre au point la chute qu’implique une forme brève ?

Bien entendu, c’est d’ailleurs de mon point de vue le point commun entre le poème et la nouvelle. On peut penser à cet art consommé chez le Baudelaire du Spleen de Paris.

Lire aussi : Frédéric Beigbeder : à la recherche du père inconnu

Nevers, Issoudun, Aubusson… Ce livre fait un tour de France, par les provinces. Qu’est-ce que ça vous inspire, « la province » ?

J’aime la France que ce siècle achève de défigurer. S’il y a un Grand Remplacement, je pense, contrairement aux lecteurs de L’Incorrect, je crois, qu’il n’est pas ethnique. Il est bien plutôt dans la manière dont le capitalisme, le libéralisme, en imposant ses rythmes, son urbanisme, sa conception du travail, a chassé la beauté du monde. On la trouve encore un peu dans les villes, les bourgs, les villages dont je parle. Et pourtant, cette province témoigne aussi de cette métamorphose : centres-villes morts ou désertés. Je recommande à ce titre un livre qui décrit bien ce mécanisme d’un modèle économique né sous Pompidou avec le « tout automobile » : Comment la France a tué ces villes d’Olivier Razemon.

Hardellet, Cadou, Guillevic, Follain, Larbaud, Frank… Faut-il prendre les noms d’écrivain disséminés dans vos pages comme un autoportrait par livres interposés ?

Oui, bien entendu, leur point commun, je crois, est un art du pas de côté. Mais il n’y a pas seulement de petits-maîtres (encore que pour Guillevic, le terme ne convienne pas) : Proust et Nabokov, qui sont pour moi les deux plus grands écrivains du Temps, sont présents aussi. Plus généralement, j’aime une littérature qui cite, qui transmet des noms. Dans mes romans noirs, les personnages lisent aussi.

Que lisez-vous, en ce moment ?

En ce moment précis, je lis en parallèle Michaux et Jean-Patrick Manchette. Dans les deux cas, ce sont des relectures. J’arrive à un âge où j’ai de plus en plus envie de relire. Pas par dédain de ce qui sort, par envie de retrouver mon passé (de lecteur).

Vous soupirez après les estrades dans les salles de classe, les slows de l’été, Hélène et les garçons et le monde « plus humain et donc plus beau » de Paris au mois d’août. Un écrivain est-il forcément nostalgique ?

Je ne crois pas embellir les périodes antérieures. Mais vous avez raison, les écrivains sont des nostalgiques. Parfois simplement de l’époque où ils étaient jeunes, mais parfois aussi parce qu’entre leur jeunesse et leur âge d’homme, il y a eu une rupture historique et pas forcément pour le meilleur. Quand Chateaubriand parle de son enfance, de sa jeunesse, il parle aussi de l’Ancien Régime. Pareil pour Nabokov avec la Russie d’avant 17. Plus modestement, en ce qui me concerne, et je ne suis pas le seul, il y a pour moi un basculement au cours des années 1980, un avant et un après et qui est lié, entre autres, au règne délirant de l’argent et au dédoublement numérique du monde.


UN EFFONDREMENT PARFAIT, Jérôme Leroy, La Table ronde, 160 p., 16€

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