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Jordana, Bigard and cie : le buzz contre la pensée

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© Ange Appino avec un montage aussi qualitatif que les personnages représentés

 

Un beau coup de griffe de Patrick Eudeline pour contribuer au déconfinement spirituel que le pays attend toujours :

 

Bigard, Camélia Jordana! Les saltimbanques ont de nouveau la parole, au moment précis ou on repasse en boucle les «  revues de presse » de l’ami Bedos. Le plus drôle, c’est qu’on s’en étonne. Comme de la réaction d’un président en plein chemin de Damas (il a vu la lumière, dirait-t-on). Bigard, déjà, avait été invité par Chirac, Sarkozy, Hollande, me semble. Comme les autres amuseurs publics.

 

 

Cela choque moins, au fond,  qu’un ministère jadis  promis à Djamel Debouzze. Que Macron parle à Raoult, Zemmour ou Bigard ! Cela le distrait, le change d’Olivier Véran, lui ouvre des fenêtres. J’avoue : cela me le rend presque sympathique, quasi humain, pour tout dire, ce baiser au lépreux. Et je ne dois (donc…) pas être le seul. Good job ! finalement. L’étonnant, c’est qu’aujourd’hui, on le remarque tant. Quant à Bigard … « Big Pharma, vive Raoult, salauds de banquiers, rouvre pour de bon les bars ! » On connait sa chanson. Elle n’a rien d’original même si elle est sympathique.

 

« Massacre » et licence poétique

 

Camélia, c’est une autre affaire. Il se trouve que je l’ai – furtivement – rencontrée. À l’époque où elle se plaignait que Leonard Cohen ne veuille lui écrire de chansons. Imbue d’elle même au-delà du raisonnable, persuadée de son talent fou et de son bon droit. Elle n’avait même pas l’excuse des rappeurs lambda. Ceux qui viennent vraiment des « territoires » : pure bourgeoisie gauche caviar qui n’a jamais vécu dans la banlieue dure qu’elle fantasme, comme le rappelle énervé un bien plus crédible Patrice Quarteron. Ce qui n’est pas un crime en soi, certes. Et c’est sans doute cette illégitimité même, que tout un chacun devine, qui a fait que les médias en parlent tant. Venue de Booba ou de Fary, l’outrance serait passée quasi inaperçue. C’est que… Rien d’original à sa saillie démago : aussi attendue qu’un refrain LGBT commis par Angèle. Elle se moule dans le costume attendu.

 

Une saillie défendue d’ailleurs par la dite Angèle, la Masiero, Pomme, Laam et Slimane, sans oublier Aurélien Tache et Mélenchon, ce qui est bien court ;  et prévisible comme une prise de parole d’Omar Sy. Et faux, évidemment. Même si son « massacrer » est a prendre, se dit-il,  dans le sens lycéen – « je me suis fait massacrer par le surgé, putain ! » – ou : « La Jordana, quand elle reprend  du Jeanne Moreau : putain le massacre ! Enfin, on imagine, on espère pour elle. Même si j’en suis personnellement moins convaincu que certains : elle a, par le passé, déjà employé le verbe au premier degré (« si c était des cathos qui se faisaient massacrer et pas des kurdes, on trouverait des solutions ». Dans le texte. Et dans son inconscient, on viole Theo et on massacre les Adama Traore. Et les travailleurs à la Kalash, lors de contrôles de routine le matin dans le métro, peut-être ? Boahh ! Licence poétique. Pendant qu’on y est. Soyons clairs. Moi aussi, je me suis fait « massacrer » par les flics. Jadis. Ils me parlaient mal, me contrôlaient à tout propos. Normal, rien à dire, je portais perfecto, lunettes noires  et « spike » punk. Une Camélia frisée – pour répondre à son exemple – mais en tailleur Chanel, un black en costard et attaché case ne se feront, eux, jamais contrôler ; un chti blond comme les blés mais en jogging et capuche « hoodie », si. Bien sûr. Ce n’est pas une question de race, mais de statut social. Et les flics viennent souvent de la diversité. J’avais une tête à faire des bêtises, voila tout. Et d’ailleurs, j’en faisais.

 

Les « racisés » ont remplacé le prolétariat

 

On l’a assez dit : le show biz, cinéma, musique « est de gauche ». Depuis les années cinquante, Montand, Gérard Philippe, Piccoli… On peut les excuser. On a le droit de se tromper. Le parti était fort, Staline mort et Soljenitsyne un inconnu. Ce communisme à la sauce Thorez était un enfer pavé de bonnes intentions. Le côté « du bien ». Et la droite, c’était l’égoïsme et « le monde d’avant ». Rien de plus. Depuis, sixties, seventies… La guerre d’Algérie a laissé  des traces profondes. Du film Dupont la Joie (1972) à la Camélia d’aujourd’hui… une seule différence, certes de taille : le talent.

Le parti était fort, Staline mort et Soljenitsyne un inconnu. Ce communisme à la sauce Thorez était un enfer pavé de bonnes intentions. Le côté « du bien ». Et la droite, c’était l’égoïsme et « le monde d’avant ». Rien de plus. Depuis, sixties, seventies…

Mais pas le fond. Les « racisés » ont remplacé le prolétariat. Ils sont à jamais le Sel de la Terre : Les rôles étaient distribués.

 

Mai 68, les films de Godard, les chansons de Ferrat ou de Béranger ou Coluche, cela n’a fait que perdurer en se modernisant. Jusqu’à Cantat, Biolay ou Muriel Robin. Les rares exceptions, Delon, Bardot, Sardou ou Hallyday auront dû attendre trente ans leur éventuelle et relative rédemption. La  parole dominante ! La Camélia est le rejeton lointain de tout cela. C’est sa culture. Pas la peine d’évoquer un  grand père FLN. Ou même de s’étonner.

 

Un ou deux jeunes en scooters qui se mangent une portière, un exemple américain à Minneapolis ont peut-être suffi à une Camélia surchauffée pour réveiller ses ardeurs, mais elle « pense » ainsi depuis toujours. Rien ne change en la manière. C’est celle – si téléphonée – de Balavoine avant elle, des rappeurs, d’un Dieudonné (La Camélia, comme le groupe Coldplay, mais contrairement à Leonard Cohen, n’a aucun doute sur la Palestine. On imagine bien…) La « diversité » victimisée, à l’américaine  : ils ont souffert pour nous. On les a colonisés. Ils ont tous les droits et nous toutes les culpabilités. Mais, au fond, la sortie de Madame Jordana a fait long feu, même si on en a beaucoup parlé. La parole « progressiste » est fatiguée. Une vieille lune un peu usée, même si la rengaine se siffle encore : Cette chanson-là, oui, lasse, et les paroles « différentes », taxées de populistes, pour faire court et ostraciser, se multiplient. C’est que, hors Zemmour ou Onfray, justement, les pros de la parole n’ont plus guère la cote. Qui écoute encore, ou plutôt entend, Christophe Barbier, Aphatie ou le vénérable Duhamel ? Aussi creux désormais que les politiques, de Wauquiez à Olivier Faure, dans un pays sans opposition crédible, quand  même Le Pen et Mélenchon peinent désormais a retenir l’attention.

 

Le triomphe des saltimbanques

 

Réseaux sociaux, YouTube, information immédiate et en continu. Est-ce que cela est la démocratie absolue, la Voix du Peuple libérée, l’Agora rêvée des grecs ou, au contraire, un effet pervers ? Un brouhaha perpétuel d’où rien ne ressort durablement ? Oui, bien sûr. Vox populi. Ou prétendue telle. On n’a pas fini d’en entendre. À deux ans d’élections où on adore se faire peur en feignant de croire en un « effet  Coluche ». La séquence Gilets jaunes a ouvert des vannes. Oh ! Nous n’aurons, en définitive, ni Sébastien, Bigard, Raoult, Zemmour ou Hanouna – en ais je oublié ? – comme prochain président  (ni même candidat, probablement ) mais plutôt Philippe… Le Macron de Macron,  qui va retourner au Havre béni des sondages et sur orbite, comme il est raisonnable d’en avoir peur. Mais ils auront beaucoup dégoisé. Eux. Les saltimbanques. Ils parlent par slogans ou anathèmes, et on comprend tout.

 

Lire aussi : Patrick Eudeline : « Même Libération a admis que les allégations de Charlotte Lewis contre Polanski tenaient du simple chantage»

 

On l’a dit : il n’y a plus d’opposition officielle, jamais les partis tradis n’ont aussi peu intéressé les gens. Ce désert, c’est un boulevard pour n’importe qui. Qu’il se réclame du « peuple » ou pas. Chacun dans son rôle. « Forces du progrès (hi hi hi !) contre souverainistes. Oui, on se fout quelque peu de Camélia Jordana, comme de Nekfeu, et même de Bigard. Mais leur parole risque d’être de plus en plus omniprésente. Et relayée. Même si la Jordana ne représente bien sûr qu’elle-même et sa caste mince. Les médias ont besoin d’eux, de leurs tempêtes dans un verre d’eau. Il n’y a plus d’artistes, ou si peu. Mais beaucoup de prétendants qui vocifèrent depuis leurs strapontins. N’importe quel  « humoriste »  ou jeune chanteuse a aujourd’hui une parole plus porteuse qu’un politique. Ou, surtout, plus attendue.  Enfin coté buzz et audimat, évidemment.

Ah bon. Parce qu’autre chose compte ?

 

 

Patrick Eudeline

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