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Dans la jungle, ça pue, ça schlingue

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Capture d'écran d'une publicité du groupe H&M retirée après des accusations de racisme.

Les bonnes âmes de notre siècle baignent dans leur satisfaction et font de leur conscience un tribunal universel et sans appel. Elles ont jugé, dans leur sagesse infinie, que le domaine de la lutte des races pouvait s’étendre à l’anthropomorphisme.

 

C’est l’histoire d’une marque suédoise de prêt-à-porter qui met en vente une gamme de vêtements pour enfants inspirée des animaux de la jungle. On y retrouve des accoutrements aux couleurs du loup, de l’ours, de la panthère, de l’éléphant – et des enfants qui les arborent fièrement. Parmi les modèles, un sweat-shirt affublé de l’inscription (en anglais) « Le singe le plus cool de la jungle » déployé très professionnellement par un jeune mannequin. Problème : le jeune mannequin en question est noir.

Une influente blogueuse britannique, Stephanie Yeboah, repère la publicité et lance la fronde sur Twitter. Les appels au boycott de l’enseigne se multiplient et de nombreuses personnalités prennent part au ressentiment général : le racisme ne passera pas. Depuis, la marque, en plus d’excuses publiques, a annoncé le retrait de la vente du sweat-shirt à capuche et la suppression de la photo litigieuse.

 

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Les bonnes âmes de notre siècle baignent dans leur satisfaction et font de leur conscience un tribunal universel et sans appel. Elles ont jugé, dans leur sagesse infinie, que le domaine de la lutte des races pouvait s’étendre à l’anthropomorphisme ; que sans le savoir, sans le vouloir, nos esprits malveillants pouvaient procéder à des analogies infâmes mais manifestement évidentes et qu’il convenait donc de s’indigner. C’est que, nous assènent-ils, dans l’histoire et pendant des siècles, les noirs furent assimilés aux singes, oubliant un peu vite que la ressemblance des singes avec l’homme intrigue depuis longtemps ; qu’Aristote l’aborde dans son Histoire des animaux et Pline l’Ancien dans son Histoire naturelle ; et que bien entendu, il n’est nulle part question de couleur de peau. De cette affligeante séquence, on croit comprendre qu’il eut fallu qu’un enfant blanc porte le sweat-shirt, et l’histoire en serait restée là. Sauf à rappeler que, jusqu’en 2003, un gorille albinos habitait le zoo de Barcelone.

 

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Dans la recherche de nouveaux espaces de compassion et de dénonciation du mal commis par l’homme, tout sujet en devient un dès lors qu’il épouse une des grandes causes de l’époque. Les syllogismes de réflexion se transforment en sophismes d’accusation et la conscience devient un véritable instrument de domination. Que vous n’ayez pas vu le lien entre le jeune mannequin noir et le singe n’enlève en rien votre nature raciste. Et la propre mère du jeune garçon vedette peut bien considérer que la polémique qui agite les réseaux sociaux est ridicule, elle n’a sans doute pas compris tous les enjeux de ce combat d’avant-garde.

 

Jean de La Fontaine disait se servir des animaux pour instruire les hommes. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a beaucoup à apprendre dans une période où l’homme blanc est complaisamment traité de porc, l’holocauste et les abattoirs mis au même niveau d’atrocité, et où il est de bon augure de revendiquer l’humanisation des bêtes en même temps que de réifier la personne humaine. On en perd son latin. Est-ce la bête qui fait l’ange ou l’ange qui fait la bête ?

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