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La discrimination progressiste existe : illustration

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Publié le

25 mars 2024

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« En 2017, l’écrivain prolifique mais vivotant de piges et de rares subventions se fait embaucher comme critique littéraire par nos confrères de Valeurs actuelles. »
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Olivier Maulin : le roi maudit

En 2006, avec En attendant le roi du monde (L’Esprit des Péninsules), récipiendaire du prix Ouest-France du festival Étonnants voyageurs, Olivier Maulin fait une entrée fracassante en littérature : plus drôle, plus caustique, plus délirant, il réveille une génération sèche et nombriliste par une forme de réenchantement sauvage relevant d’une formule rabelaisienne et psychédélique. Rassemblant rapidement un lectorat exalté qu’il ravit d’un livre par an ou presque, Maulin, bientôt couronné roi de Montmartre, est également fêté par les salons régionaux, encensé par la presse jusqu’à L’Humanité et invité en résidence (notamment en Mayenne par Lecture en tête, région qui lui inspirera le décor du Bocage à la nage, sorti en 2013).

En 2017, l’écrivain prolifique mais vivotant de piges et de rares subventions se fait embaucher comme critique littéraire par nos confrères de Valeurs actuelles. Congédié par son éditeur d’alors (Denoël), on signifie à son attachée de presse que les salons lui sont désormais interdits. Plus de résidence à l’horizon, plus d’aides, plus d’invitations chez les libraires à quelques exceptions près, plus de papiers dans les médias officiels : le roi Maulin est devenu un roi maudit.

Lire aussi : L’exception culturelle française : avantages et paradoxes d’une préférence nationale

C’est tout un système national de distribution, de soutien, de promotion, de sociabilité qui le traite comme un paria pour « délit d’opinion », et encore le crime de pensée est-il plus subtil à définir puisque l’écrivain ne commet pas à proprement parler d’articles politiques et que seule son affiliation est en elle-même coupable selon cette logique d’accusation par la contamination qui caractérise les sectes, les partis totalitaires et… le milieu culturel. Alors certes, ce statut de pirate et d’irrégulier lui va bien au teint et l’assortit à nombre de ses personnages, il n’empêche, c’est une censure d’un nouveau genre qui s’exerce contre l’un des meilleurs romanciers de sa génération, une censure qui ne fonctionne pas sur un mode artisanal, par la relégation, l’emprisonnement ou l’interdiction directe, non, mais par une proscription plus subtile : en faisant peu à peu disparaître les déviants sous la foule de tocards sur-promus.

Rim Battal : kône du nihilisme culturel

On l’a découverte à l’occasion de la pétition contre le parrainage du Printemps des poètes par Sylvain Tesson dont elle était l’une des signataires inconnues avec le pedigree le plus voyant. Poétesse franco-marocaine féministe, progressiste mais pas anticoloniale au point d’épargner la langue française, Rim Battal se répand en écriture inclusive pour vomir tous les lieux communs à la mode, ce qui prouve que la dernière colonisation qu’elle a subie, celle de son cerveau par la gauche américaine, ne l’a pas poussée à la moindre protestation. Ses vers de poésie-au-mètre oscillent entre du sous-Prévert pour primaires (« Moi je l’aimais bien ma Dada aux gros lolos ») et de la provocation pour ados des années 60 ou d’outre-Méditerranée, en tout cas pour ados vivant sous des latitudes spatiales ou temporelles où parler de son clito est encore subversif.

Or toute cette médiocrité aussi plate que criarde que positivement discriminée a donc bénéficié d’un soutien médiatique et institutionnel proprement spectaculaire. Libé, Les Inrocks, le Palais de Tokyo, France Culture et les gens qui y sont employés et sont censés avoir une vague notion de la qualité littéraire, ont propulsé autant que se peut la poétesse (bon, c’est-à-dire pas très loin non plus puisque pas grand monde ne lit ou n’écoute des vers contemporains, même « performés », c’est-à-dire lus sans formation d’acteur). Il faut dire que l’hermétisme de la poésie française du dernier demi-siècle (au contraire de la poésie anglaise) a laissé place à une régression infantile générale et un vide critique dont cette légitimation de Rim Battal est l’un des nombreux symptômes.

Lire aussi : L’argent de la culture : le nerf de la propagande

En décembre dernier, Rim est invitée par Rima (Abdul Malak) à l’Élysée pour une soirée poésie sous tampon gouvernemental. Cumulant, comme tous ceux de sa catégorie, le sceau du ministère et la pastille de la résistance, la voici donc dans la meute anti-Tesson puis portraiturée par Libé comme égérie vigilante. Autant de soutiens pour des raisons purement idéologiques font de Rim Battal, fausse artiste, fausse rebelle et fausse victime, une incarnation spectaculaire de la mutation de la culture en pur produit de propagande progressiste à destination des foules débilitées.

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