À l’occasion de ses vœux aux Armées le 19 janvier, Emmanuel Macron a évoqué le renforcement du partenariat stratégique entre leurs deux pays sur fond de présence militaire avancée de l’OTAN en Roumanie répondant à la crise larvée en Ukraine. Le lendemain, le président roumain Klaus Iohannis s’est félicité du probable envoi de troupes françaises dans son pays. Une lecture biaisée de cette décision se limiterait à s’inquiéter de voir la France servir à travers l’OTAN les seuls intérêts américains. On aurait tort de ne pas y voir une excellente occasion de renforcer notre influence sur les rives de la Mer noire et plus précisément en Roumanie, pays de 20 millions d’habitants. En voici quelques clefs de compréhension
La Roumanie satisfaite
Déjà, le 1er décembre, à l’occasion de la fête nationale de leur pays, les diplomates roumains en poste à Paris ne cachaient pas leur satisfaction devant le beau fixe régnant sur les relations entre Bucarest et Paris. Le secrétaire d’État chargé des affaires européennes, Clément Beaune, honorait d’ailleurs de sa présence la réception donnée par l’ambassadeur de Roumanie, Luca Niculescu, dans les salons de l’hôtel de Béhague, sa résidence parisienne proche du Champ de Mars.
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Sur le plan militaire, cela s’est d’abord traduit le 20 décembre par un exercice mis en avant par la communication de l’État-major des Armées françaises. En l’occurrence, il s’agissait de manœuvres aéronavales en Mer noire centrées sur la FREMM (frégate multi-missions) Auvergne et la frégate (de construction britannique) Regina Maria dont le nom témoigne du respect porté à sa période monarchique par la Roumanie contemporaine. À ces navires étaient associées les forces aériennes italiennes, françaises et roumaines, donnant à l’exercice un sympathique caractère d’union latine.
Ce type de manœuvres conjointes en mer Noire n’est évidemment pas anodin puisque celle-ci est bordée par deux puissances militaires d’importance : la Turquie (membre de l’OTAN comme la Roumanie) et surtout la Russie. Le sentiment de défiance vis-à-vis de Moscou est presque aussi fort en Roumanie qu’en Pologne. À Bucarest, on n’oublie pas une série d’ingérences russes souvent néfastes pour le pays, de l’abdication forcée du roi Michel en 1947 jusqu’au coup d’État fomenté par Gorbatchev en 1989 contre le dictateur Nicolae Ceausescu.
« La réunification envisagée un temps avec la République de Moldavie, région roumanophone jadis annexée par l’URSS, n’est plus à l’ordre du jour depuis l’apparition d’un conflit de basse intensité entre l’Ukraine et la Russie »
La réunification envisagée un temps avec la République de Moldavie, région roumanophone jadis annexée par l’URSS, n’est plus à l’ordre du jour depuis l’apparition d’un conflit de basse intensité entre l’Ukraine et la Russie. Préoccupée également par la situation en Biélorussie, l’Union européenne n’a aucune envie d’ouvrir à court ou moyen terme une nouvelle boîte de Pandore encore complexifiée par l’existence de la République autoproclamée de Transnistrie située entre la Moldavie et l’Ukraine. Entre Odessa, en Ukraine, et Constantza, principal port roumain, le contrôle de la zone maritime qu’irrigue le delta du Danube est devenu stratégique.
Un politique d’équilibre
Cultivant ses traditions militaires et disposant d’une armée digne de ce nom, la Roumanie entend exercer pleinement son rôle géopolitique en mer Noire. De son côté, la Russie, n’hésite pas à intercepter des avions français ou américains s’approchant de la Crimée et de l’espace aérien russe. Ce fut encore le cas au mois de décembre. C’est de bonne guerre et nous en faisons autant en Méditerranée.
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L’exercice franco-roumain visait à lutter contre les menaces maritimes asymétriques (incursion terroriste ou acte de piraterie par exemple) mais aussi à travailler aux ripostes communes en prévision d’éventuelles menaces aériennes. Ces manœuvres se sont déroulées sous la surveillance discrète d’un navire russe, sur fond de mise en cause réitérée de la politique ukrainienne du Kremlin par les États-Unis. Véritable « carrefour des empires morts », notre alliée historique est l’une des clefs de contrôle de la mer Noire. Il faut donc se féliciter que nous puissions politiquement y rayonner de nouveau.





