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La jeunesse en première ligne contre le projet de loi bioéthique

En ce dimanche 31 janvier, le collectif « Marchons enfants » organisait un rassemblement devant le ministère de la Santé, afin de marquer encore une fois son opposition au projet de loi de bioéthique, examiné en deuxième lecture au Sénat pour trois jours à partir de mardi. L’Incorrect était sur place.

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Le crachin froid du dernier jour de janvier sur la place Pierre-Laroque, qui borde le ministère de la Santé. Une tribune au fronton de laquelle on peut lire « Démocratie confinée, projet de loi à retirer », et où deux jeunes animateurs, un homme et une femme, symbole évident, haranguent la foule. « Strasbourg, Rennes, Angers, Lyon, Versailles, Bondy… » : les noms des soixante villes qui ont vu des manifestations ce week-end sont scandés avec énergie, comme pour consoler les quelques milliers de personnes (8200 selon les organisateurs, 1000 selon la préfecture) présents dans ce morne après-midi parisien, comme pour réveiller leur fougue. Cela compte, car ce rassemblement est le point d’orgue des mobilisations des 30 et 31 janvier ayant eu lieu dans toute la France avant l’examen du projet de loi de bioéthique devant le Sénat en deuxième lecture à partir de mardi. En période de virus, cette délocalisation du mouvement permet d’éviter les regroupements trop importants.

Le but du week-end était clair : appeler au courage la majorité de droite qui domine la chambre haute pour qu’elle s’oppose au texte, alors qu’en première lecture elle l’avait simplement débarrassé de ses tares les plus énormes (temporairement, avant que l’Assemblée ne les remette en place en deuxième lecture), tout en avalisant le principe de la PMA sans père et sans motif médical. Le slogan « Sénateur, c’est ton heure », l’un des plus répétés de l’après-midi, démontre cette volonté de mettre la droite sénatoriale face à ses responsabilités. Un coup d’œil rapide sur la foule qui reprend avidement ces expressions pourrait porter à sourire. Chaussures bateau, pantalons chinos aux couleurs vives, chemise sous le pull en laine et, pour l’autre sexe, robe longue et serre-tête. Le tout en famille, nombreuse de préférence. Et que Baudouin arrête d’embêter Marie-Sixtine ! Oui, ce sont bien les catholiques, les catholiques sociologiques, avec tout l’attirail de clichés attendrissants qu’ils convoient, qui ont bravé la grisaille de ce dimanche de janvier pour crier leur mécontentement sous les fenêtres d’Olivier Véran.

À l’heure où la lassitude s’installe malgré tout après un an et demi de lutte – la première mobilisation contre le projet a eu lieu le 6 octobre 2019 –  et où la menace du virus décourage beaucoup de manifestants potentiels, ne reste que la Vieille Garde, le noyau dur catholique du mouvement qui lutte contre les lois sociétales depuis 2012 et le mariage homosexuel. Ils sont l’âme de la résistance française aux dernières folies par lesquelles la modernité tente d’abattre définitivement le concept même de société.

Lire aussi : Ludovine de La Rochère : « Nous attendons des sénateurs la réécriture du texte, y compris la suppression de la PMA sans père »

Sur la tribune, les stars du collectif « Marchons Enfants » défilent, même si, délocalisation oblige, quelques habitués comme Caroline Roux d’Alliance Vita sont absents, puisqu’ils se sont mobilisés dans leurs villes respectives. Le couple Ménard se trouvait aussi en tête du rassemblement biterrois ce dimanche, et la veille Agnès Thill, la députée exclue de LREM, faisait de même à Angers. Dans la foule parisienne se détachent aussi les silhouettes du député LR de l’Ain Xavier Breton et de l’ancien ministre et artisan de l’union des droites Charles Millon. Les intervenants partagent, eux, les mêmes idées-forces, qu’ils soient juristes comme Aude Mirkovic, maires comme Franck Meyer ou essayistes comme Guillaume de Prémare.

Il s’agit de défendre les droits de l’enfant contre le droit à l’enfant, de s’opposer à la marchandisation des corps, et plus profondément de lutter contre l’hubris qui voudrait convaincre les hommes qu’ils peuvent remodeler les liens sociaux élémentaires et la nature humaine à leur guise. Car il ne s’agit pas seulement de la PMA dans ce texte, mais de la possibilité de créer des embryons mélangeant de l’ADN humain et animal à des fins de recherche, de l’IMG jusqu’au neuvième mois de grossesse pour le motif volontairement flou et extensible à l’infini de la « détresse psycho-sociale », du premier pas vers la rémunération des dons de gamètes et la GPA, c’est-à-dire d’un bouleversement anthropologique comme notre pays n’en a peut-être jamais connu.

On se souvient qu’il y a des défaites qui trempent l’esprit et l’âme et les ressortent de la forge prêts aux triomphes les plus éclatants.

Le slogan, lui aussi scandé à de multiples reprises, résume le discours efficacement : ce projet n’est « ni bio, ni éthique. » Et puis, comme l’explique Ludovine de La Rochère, présidente de la Manif pour tous, toujours aussi plébiscitée par les manifestants, la priorité du ministre de la Santé doit-elle être de défendre une loi aussi controversée au Palais du Luxembourg comme il s’apprête à le faire, à l’heure où la crise sanitaire fait rage ?

La ligne de défense des LR du Sénat, dont la majorité a été renforcée cet été, semble malgré tout minimaliste : accepter la PMA sans père et sans condition médicale pour les couples hétérosexuels, à condition seulement que dans ces cas, le procédé ne soit pas remboursé par la sécurité sociale. En résumé, céder sur l’essentiel en donnant l’illusion de la résistance. Encore une fois, les drapeaux rouges et verts auront été secoués en vain au dessus des pavés de France et de Navarre. Malgré une mobilisation tout à fait remarquable dans le contexte de lassitude, malgré l’enthousiasme certain des manifestants et des organisateurs, les opposants au progressisme sociétal s’apprêtent selon toute probabilité à subir une nouvelle défaite. On en viendrait à croire que l’on se casse éternellement les dents sur un sens de l’histoire invulnérable. Et puis on se souvient de l’étincelle dans le regard des jeunes de l’association « Génération ONLR » sur la tribune, dont le leitmotiv, « trop jeunes en 2013, mobilisés en 2021 » est un programme rafraîchissant comme un bain de minuit, ardent comme un feu de la saint Jean. On se souvient que la conscience d’une génération prête à éclore a été forgée par ces combats, on se souvient que le mariage homosexuel et la PMA sont son affaire Dreyfus. On se souvient qu’il y a des défaites qui trempent l’esprit et l’âme et les ressortent de la forge prêts aux triomphes les plus éclatants.

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