La légitimité démocratique du PiS confirmée par les électeurs polonais

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Une fois de plus, ceux que l’on appelle les « populistes » semblent gagner en popularité quand ils gouvernent, au contraire de la gauche et des libéraux.

Cette règle visible en Hongrie et en Italie (où la Ligue reste de loin le premier parti en termes d’intentions de vote) a aussi trouvé confirmation dimanche en Pologne à l’occasion des élections législatives.

 

Après 4 ans de gouvernement, le parti Droit et Justice (PiS) de Jaroslaw Kaczynski, allié à deux petits partis au sein de la coalition « Droite unie » (pol. Zjednoczona Prawica), est passé de 37,5% à 43,6 % des votes dans un contexte de participation en forte hausse : 61 % dimanche contre 51% en 2015. En termes d’électeurs, cela représente une progression de 5,7 millions à 8 millions.

Alors certes, la victoire du PiS impressionne moins en termes de sièges obtenus. Du fait du scrutin à la proportionnelle pour les élections à la Diète, avec un seuil de 5% pour entrer au parlement et selon le système d’Hondt qui donne un avantage au vainqueur, la coalition électorale Droite unie, qui se présentait une nouvelle fois sur les listes du PiS, obtient exactement le même nombre de sièges qu’en 2015, soit 235 sur 460.

 

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La raison, c’est qu’en octobre 2015, entre la gauche post-communiste, l’extrême gauche sociale et le parti libertarien de Korwin-Mikke, il y avait environ 16 % des voix à redistribuer en avantageant le vainqueur, c’est-à-dire le PiS. Par conséquent, il y a quatre ans c’est un concours de circonstances qui avait permis au PiS d’obtenir la majorité absolue à la Diète, ce qui n’était encore jamais arrivé depuis la la chute du communisme en 1989-90.

Dimanche dernier, le parti de Kaczynski a reconduit sa majorité absolue grâce à un résultat jamais atteint par un parti politique polonais depuis la transition démocratique, avec une participation qui n’avait plus été vue en Pologne depuis les élections semi-libres de 1989. Et si le PiS perd sa majorité absolue au Sénat, ce qui ne l’empêchera pas de gouverner puisque c’est la Diète qui a toujours le dernier mot en cas de désaccord entre les chambres du parlement, c’est parce que les partis d’opposition ont choisi de soutenir ensemble un seul candidat par circonscription. Le Sénat polonais est en effet élu au scrutin uninominal à un tour, et les candidats du PiS n’ont obtenu la majorité face au candidat unique de l’opposition que dans 48 circonscriptions sur 100.

 

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Les grands médias français ont eu tendance à mettre la progression du PiS principalement sur le compte de sa politique sociale généreuse, en tout cas à l’aune de ce qui se faisait jusqu’ici en Pologne, et de ses promesses encore plus généreuses faites pendant la campagne électorale. Les libéraux et libéraux-libertaires de la Coalition civique ont toutefois fait eux aussi des promesses très généreuses, qui auraient même coûté encore plus cher au budget de l’État que celles des sociaux-conservateurs du PiS.

Il faut cependant reconnaître que les libéraux, après avoir gouverné de 2007 à 2015, sont bien moins crédibles dans ce domaine que le parti de Kaczynski. D’une manière générale, la campagne électorale des libéraux a été désastreuse et le chef du principal parti de la Coalition civique (la Plateforme civique, PO), Grzegorz Schetyna, est aujourd’hui largement critiqué.

Louvoyant depuis 4 ans entre des tentatives maladroites pour faire croire à un retour aux valeurs libérales-conservatrices et démocrates-chrétiennes qui avaient présidé à la constitution de la Plateforme civique en 2001, avant le virage à gauche pris par Donald Tusk après 2007, et l’adoption récentes des postulats du lobby LGBT pour se donner un visage « européen » et « moderne », Schetyna est parvenu à faire fuir l’électorat de centre-droit vers le PiS ou vers le parti agraire PSL, qui a fait 8,5% des voix dimanche, ce qui lui donne 30 sièges à la Diète, tout en renvoyant l’électorat le plus progressiste vers la coalition de gauche.

 

Chose intéressante, d’après les sondages de sortie des urnes, si le PiS obtient ses moins bons résultats chez les plus jeunes, avec seulement 26,2 % des voix dans la classe d’âge 18-29 ans, c’est parce que la Confédération, que l’on qualifierait en France un peu abusivement d’extrême droite, y engrange 20,2 % des voix.

 

Ainsi, la gauche fait son retour au Parlement polonais après 4 ans d’absence, avec 12,5 % des voix et 49 sièges à la Diète, grâce à une coalition à trois réunissant le SLD social-démocrate (issu de l’ancien parti communiste), l’extrême gauche sociale et l’extrême gauche LGBT. Les libéraux de la Coalition civique n’ont donc obtenu que 27,4 % des voix face au PiS, ce qui leur donne 134 sièges à la Diète. En 2015, les deux principaux partis qui forment cette coalition des libéraux avaient obtenu ensemble 31,7 % des voix et 166 sièges.
Quant aux nationalistes qui étaient entrés à la Diète en 2015 sur les listes du parti anti-système de droite Kukiz’15 (qui se présentait dimanche dernier sur les listes du parti agraire PSL sous l’étiquette « Coalition polonaise »), ils reviennent dans le cadre d’une alliance, la « Confédération », avec les libertariens et libéraux-conservateurs, avec 6,8 % des voix et 11 sièges.

 

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Chose intéressante, d’après les sondages de sortie des urnes, si le PiS obtient ses moins bons résultats chez les plus jeunes, avec seulement 26,2 % des voix dans la classe d’âge 18-29 ans, c’est parce que la Confédération, que l’on qualifierait en France un peu abusivement d’extrême droite, y engrange 20,2 % des voix.

Quoi qu’il en soit, la légitimité démocratique du PiS, sans cesse remise en cause depuis 4 ans par l’opposition libérale et par Bruxelles, sort énormément renforcée de ce scrutin. Quatre jours avant les élections législatives polonaises, la Commission européenne avait choisi de refaire parler du sujet en portant un nouvel aspect des réformes de la justice par le PiS devant la Cour de Justice de l’UE. Cette fois, ce qui pose problème à la Commission, c’est la chambre disciplinaire créer par le PiS près la Cour suprême pour pouvoir sanctionner les juges corrompus ou incompétents et mettre fin au corporatisme de la profession.

Le mercredi 9 octobre était aussi la date choisie par le président de la Commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures du Parlement européen, le socialiste espagnol Juan Fernando López Aguilar, pour adresser des lettres au ministre de la Justice polonais, à la présidence finlandaise du Conseil et à la Commission européenne afin d’exprimer son inquiétude à propos des pressions qui seraient exercées sur les juges en Pologne et à propos de la situation des homosexuels dans ce pays, tout en faisant connaître le contenu de ces lettres aux médias. Mais face à ceux qui crient aux atteintes aux libertés et à l’État de droit, les électeurs polonais se sont prononcés dimanche.

 

On peut dire aujourd’hui que, avant les Français, les Polonais avaient majoritairement fait le choix, dès 2015, de répondre à un appel semblable à celui lancé par Eric Zemmour à la Convention de la droite le 28 septembre dernier.

 

On peut dire aujourd’hui que, avant les Français, les Polonais avaient majoritairement fait le choix, dès 2015, de répondre à un appel semblable à celui lancé par Eric Zemmour à la Convention de la droite le 28 septembre dernier : « Nous devons nous affranchir des pouvoirs de nos maîtres : médias, universités, juges. Nous devons restaurer la démocratie qui est le pouvoir du peuple, contre la démocratie libérale qui est devenu le moyen au nom de l’État de droit d’entraver la volonté populaire. » Dimanche dernier, ils ont confirmé dans les urnes ce choix fait il y a quatre ans.

Olivier Bault

 

L’actualité polonaise vue de droite

Du même auteur, pour en savoir plus sur les politiques du PiS et sur les sources du conflit avec Bruxelles :

Comprendre la situation politique en Pologne : comment la Pologne a basculé en 2015 dans le « Camp du Mal » (pour Bruxelles et les médias dominants)

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obault@lincorrect.org

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