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Hier, à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, un Australien du nom de Brenton Tarrant, âgé de 28 ans, a ouvert le feu dans deux mosquées, tuant 49 personnes. L’attaquant a filmé son carnage, qui depuis tourne en boucle sur les réseaux sociaux, et laissé un manifeste de 74 pages.
Bien entendu, les similitudes avec Anders Breivik, seul autre terroriste d’extrême-droite de ces dernières années, sont frappantes, ce que n’aura pas manqué de rappeler la presse en brandissant à nouveau le spectre de la menace fasciste, Aude Lancelin, du Média, n’hésitant d’ailleurs pas sur Twitter à rejeter la faute sur Renaud Camus et Alain Finkielkraut…
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Seulement, si similitude il y a, elle ne vient pas de l’idéologie prônée par les deux tueurs, mais de la façon dont ils y sont arrivés. Anders Breivik avait expliqué s’être entraîné à tuer sur World of Warcraft.
De son côté Brenton Tarrant a entamé sa tuerie en écoutant une chanson intitulée « Remove Kebab », et à continuer son œuvre au son de chansons « mèmiques » provenant de 4chan, 8chan et /pol/, des forums de discussions où l’humour noir est de mise, et son manifeste est rempli de blagues faites pour troller son lectorat.
Le nouveau numéro vient de paraître !
Paysans contre Monsanto, la grande distribution, les Chinois, le remembrement…Le droit du sol ?
Téléportez-vous chez votre marchand de journaux ! pic.twitter.com/7caIAdq6t6
— L'Incorrect (@MagLincorrect) March 2, 2019
Durant la vidéo, on peut aussi l’entendre crier « N’oubliez pas les filles, abonnez-vous à PewDiePie », citant un célèbre YouTubeur de jeux vidéo. Ces deux jeunes gens n’avaient sûrement rien lu de Julius Evola ou de Yukio Mishima, et rien des terroristes d’extrême-droite passés, tels que Massimo Carminati.
On assiste là à une nouvelle forme de radicalisation, la radicalisation par le meme. On ne tue plus vraiment au nom d’idées, mais au nom de l’humour. Imaginez Benito Mussolini marchant sur Rome en scandant « Abonnez-vous à Norman Fait Des Vidéos », et vous aurez une idée du tableau.
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La propagande est en effet l’un des outils les plus efficaces pour rallier quelqu’un à une cause. Goebbels, Molotov, puis tous les services secrets du monde l’ont très bien compris.
L’on se souvient que le gouvernement américain, par exemple, subventionnait en sous-main le rock’n’roll et l’art contemporain qu’ils dénigraient officiellement pour se donner une image de pays libre et attirant face à l’URSS. Cependant, de nos jours, la communication de propagande n’est plus uniquement l’affaire des grandes-puissances.
#Christchurch : une croix gammée = un païen. L'identitarisme sans la dimension chrétienne ça n'a jamais donné rien de très bon. Un chrétien ne massacre pas des civils. Immense dégoût face à cet #attentat pic.twitter.com/ratFe9xRL9
— Lo?is Lecomte (@LouisLecomte_) March 15, 2019
L’avènement d’Internet a permis à tout un chacun de devenir un agent de propagande pour la cause qu’il choisit, et l’initiative individuelle parait plus efficace que les campagnes traditionnelles.
Pendant la dernière campagne présidentielle américaine, par exemple, les jeunes actifs pro-Trump ont redoublé d’efforts dans la création ou l’utilisation des memes en faveur de leur candidat, à tel point qu’une psychose s’est installée dans les médias.
Notamment autour du meme dit de « Pepe the Frog », une grenouille stylisée, de la réaction Facebook « wow », qui aurait été un symbole de ralliement secret des suprémacistes blancs (réfléchissez donc à deux fois avant de vous étonner sur le réseau social), ou encore du signe « Ok », d’ailleurs effectué par Brenton Tarrant lors de son inculpation.
Des chansons accompagnées de clips grandiloquents ont été réalisées par ces petites mains bénévoles, et l’un des memes les plus utilisés, celui du « God Emperor Trump », mêlant Warhammer 40k et Donald Trump a même été réalisé en char géant lors d’une parade en Italie.
"Grand Remplacement", une notion difficile à aborder médiatiquement. Mais, quelques mots. Camus n'y met pas une théorie, encore moins une doctrine. Par ailleurs, il ne dit pas qu'il est organisé. Pour lui, c'est un constat, un phénomène historique. (1)
— Robin (@GabRobin31) March 15, 2019
En France, seul un député semble avoir compris l’intérêt du meme : Joachim Son-Forget, député dissident de La République en Marche, qui s’est fait un nom en utilisant à la perfection les codes du « lol » et de la pop-culture reine de notre époque.
Si certains peuvent y voir là une sorte de nivellement par le bas (à raison), on ne peut nier qu’à défaut d’être en avance sur son temps, il est par contre parfaitement de son époque, là où les politiciens de carrière échouent lamentablement à se mettre à la page.
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On se souviendra avec émotion de l’hilarant lipdub de l’UMP, ou de la tentative de François Hollande de se créer un signe de ralliement avec son salut « le changement c’est maintenant »).
Qu’on le veuille ou non, le meme est l’avenir de la communication politique, et Joachim Son-Forget a eu l’intelligence de le comprendre.
Sur Internet, la guerre des memes est d’ailleurs sanglante. La droite et la gauche se renvoient la même accusation (« the left can’t meme/the right can’t meme »), certains ayant plus raison que d’autres, et ici-meme, nous nous gaussons devant les créations de notre équipe, ou celles d’autres pages fort bien troussées.
[ PORTRAIT ??? ] Parce que c'est Son-Forgeeet !
Inclassable, iconoclaste, brillant, kosovar, provocateur,mesdames et messieurs voici le portrait de @sonjoachim #Lincorrect ??https://t.co/GV4extXNqE
— L'Incorrect (@MagLincorrect) March 4, 2019
L’Etat Islamique avait par exemple une armée de créateurs de memes, auxquels The Independent avait consacré un article. Il racontait parfaitement comment l’organisation terroriste recrutait sur Twitter à l’aide de mignonnes images de chats afin de normaliser ses idées, ou de memes plutôt violent.
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Comme celui où l’on voit un combattant jovial de l’EI, avec comme légende « On allait commander une pizza, puis c’est parti en massacre de chiites direct ». Glaçant.
Si, comme on l’a dit précédemment, la propagande est un outil classique pour faire adhérer des gens à une idéologie, et qu’il est normal que le meme, qui est devenu en quelques années un outil de communication extrêmement puissant, fasse partie de cet arsenal.
Les livres de Renaud Camus n'ont aucun rapport ou lien de cause à effet avec des actes aussi barbares, puisque l'essentiel de son œuvre est une dénonciation de la barbarie contemporaine. Engels n'était pas gardien de goulag. (3)
— Robin (@GabRobin31) March 15, 2019
Ce qui est intéressant est que de nos jours, beaucoup de ces faiseurs de memes n’adhèrent même pas particulièrement à l’idéologie que leurs productions défendent.
Beaucoup le font par recul, par ironie, par plaisir de choquer ou de se mettre dans les marges. On assiste donc à une génération qui se radicalise par ricanement, par détachement. Au moins, « la révolution qui vient » nous fera bien rire, entre deux échanges de tirs.
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