L’homme est affable et courtois, trentenaire à l’aise dans ses Adidas Superstar sur lesquelles retombe son pantalon de costume. Extrêmement loin de l’image que laisse deviner son compte twitter. C’est pourtant l’oiseau bleu qui l’a fait sortir du rang des « anonymes de la Macronie ». Pour ce faire, sonate en trois temps.
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Premier, chez Jean-Jacques Bourdin en juin dernier, l’inconnu député des Français de l’étranger (Suisse et Lichtenstein) dénonce « le retour de la morale qui serait le début de la charia ». Deuxième mouvement, lorsque les « justiciers de la morale suprême » s’attaquent à Marcel Campion pour un débordement « homophobe », Joachim Son-Forget prend publiquement et contre son camp la défense du roi des forains. Si le grand public ne l’a pas encore repéré, les spécialistes de la politique sont interloqués.
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Nous sommes en septembre. Bouquet final en décembre lorsqu’il s’en prend violemment à la sénatrice écologiste Esther Benbassa, moquant notamment son physique disgracieux. Prémédité, ou non? « Elle s’est trouvée au mauvais endroit au mauvais moment », dit le sourire d’un gamin effronté. « Elle était, un peu sans le vouloir, le clou de mon spectacle ». Mais quel spectacle ? Mais pourquoi cet apparent pétage de câble ?
Pour le comprendre, il faut fouiller dans l’histoire de l’élu de la nation. Rien n’a jamais prédisposé le jeune Joachim Son-Forget à demeurer un mouton. Adolescent, il s’évade du conservatoire « par rejet total de la relation maître-élève ». À mesure que se déroule l’entretien, on dirait que le député qui se tient en face de nous présente des curieuses similitudes avec Emmanuel Macron.
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Famille de la bourgeoisie provinciale de droite, éducation catholique dont « il a coché toutes les cases jusqu’à la confirmation », le jeune Joachim était lui aussi fasciné par le général de Gaulle et Philippe de Villiers. « Quand on a grandi à 30 minutes de Colombey-les-deux-Églises on n’a pas vraiment le choix », sourit-il encore. Mais Philippe de Villiers? « Avec Le Puy du Fou, il a rappelé ce qu’était la France culturellement. Quant à l’homme politique, je suis fasciné par sa gestion locale de la Vendée et sa capacité à fédérer au-delà les clivages politiques ».
Si En Marche c’est de droite et de gauche, pourquoi on pète la gueule des mecs qui proposent des idées de droite ? Joachim Son-Forget
Une similitude avec le président qui explique sans doute la grande affection que lui porte Joachim Son-Forget: « C’est un provincial qui a un comportement de provincial avec ses intimes. Je suis certain qu’il possède ça au fond de lui: l’attrait pour les plaisirs simples et les grosses blagues. Malheureusement, on a trop grossi son trait de banquier déconnecté du peuple. » C’est justement le projet d’Emmanuel Macron qui a séduit Son-Forget.
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Comment cet expatrié en Suisse s’est-il retrouvé député à 35 ans? Après avoir fréquenté pendant quelque temps la fédération locale du PS, Joachim Son-Forget est bombardé candidat LREM. « Je suis rentré au PS par hasard. J’aime assez cet adage qui dit que lorsqu’on n’est pas de gauche à 20 ans, on n’a pas de cœur, et lorsqu’on l’est encore à 40 on n’a pas de tête. J’ai eu la faiblesse de penser pendant un temps que j’étais de gauche ».
Presque un repentir de la part de celui qui ne cache pas son agacement voire son ressentiment contre ses ex-collègues LREM. « J’ai rejoint ce parti qui avait l’ambition de parler à la gauche et à la droite. Or j’ai compris très vite que la majorité n’était qu’une officine des fins de race du Parti Socialiste. Si En Marche c’est de droite et de gauche, pourquoi on pète la gueule des mecs qui proposent des idées de droite? »
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Entendant cela, on comprend mieux ses provocations. Il ne supporte plus « la génération des assistants parlementaires devenus députés. Il ne leur reste plus que le superficiel politiquement correct. Cette posture moralisante qui n’obéit à aucune conviction personnelle ».
Plus loin encore, « ces petits mecs qui jouent aux « Social Justice Warriors sont en réalité les héritiers de Foucault et Derrida. De cette pseudo-philosophie malheureusement exportée. Quand je vois un copain des Balkans intellectuel de gauche lire du Derrida, j’ai envie de lui arracher des mains en lui disant: « Mais mon gars la France ce n’est pas ça, referme-moi cette merde ».
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On l’aura compris, Joachim Son-Forget n’aime pas la gauche caviar. Il préfère jouer sa partition de vilain petit canard loin de LREM siégeant aujourd’hui à l’UDI, parlant aux jeunes à coups de montages référencés geeks. Incarnant en même temps le pire et le meilleur de la société post-moderne. En sortant, on veut crier au génie ou au fou. Dans tous les cas, il faut retraverser les travées du Palais-Bourbon pour se convaincre que l’on vient de rencontrer un député de la nation. Génial et désespérant.





