LA REVOLUTION DE VELOURS EN ARMENIE : UN MAÏDAN BIS ?

@DR

Le 8 mai dernier, Nikol PACHINIAN était élu Premier ministre de la République d’Arménie. Cette élection intervenait à la suite de la démission de Serge SARKISSIAN, lui-même élu Premier ministre le 17 avril, après avoir été Président de 2008 à 2018. Bien que ce dernier s’en soit défendu, beaucoup ont vu dans cette modification un tour de passe-passe de sa part, afin de se maintenir un pouvoir à l’issue de ces deux mandats de Président. 

Aussi, son élection au poste de Premier ministre le 17 avril, suscita une large vague de protestation dans tout le pays, emmenée par le député d’opposition Nikol PACHINIAN. Aujourd’hui, beaucoup en Occident voudraient voir dans ce mouvement un maïdan arménien, plus ou moins téléguidé par une puissance étrangère, en l’occurrence les États-Unis, à l’image des révolutions de couleur observées en Ukraine ou en Géorgie dans les années précédentes. En effet, les révolutions de couleur sont apparues sur fond de tiraillement entre d’un côté l’Union Européenne et les États-Unis, et de l’autre la Russie, où la contestation réclamait une politique pro-européenne au détriment d’une politique pro-russe. Pourtant, en Arménie, les causes de la protestation ne sont pas liées à des choix géopolitiques, mais à la persistance de problèmes socio-économiques (chômage ; bas salaires ; forte inflation ; émigration…), dont la population rend Serge SARKISSIAN, au pouvoir depuis dix ans, responsable. À aucun moment, les choix de politique extérieure de l’Arménie n’ont été évoqués. D’ailleurs, aussi bien avant qu’après son élection en tant que Premier ministre, Nikol PACHINIAN a toujours affirmé son souhait de ne pas modifier en profondeur la politique étrangère du pays, notamment la présence de l’Arménie au sein de l’Union Économique Eurasiatique et de l’Organisation du Traité de Sécurité Collective.

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Dès le 13 mai, soit cinq jours seulement après son élection, Nikol PACHINIAN se rendait à Sotchi en Russie afin d’assister à un sommet de l’UEE, en présence notamment de Vladimir POUTINE. Lors des échanges avec ce dernier, le premier ministre arménien a notamment déclaré que « la coopération militaire entre l’Arménie et la Russie n’est pas sujette à discussion », laissant donc clairement entendre qu’elle ne serait pas remise pas en cause. Au lendemain de cette « révolution de velours », il apparaît que l’Arménie conservera les grandes lignes de sa politique extérieure, qui passe avant tout par un partenariat privilégié avec la Russie, notamment dans les domaines militaire et énergétique. Cela, tout en maintenant de bonnes relations avec l’Union Européenne, avec laquelle elle a d’ailleurs signé un accord d’association en novembre 2017, ainsi qu’avec les États-Unis. Il apparaît en conclusion que les récents bouleversements politiques que viennent de vivre le pays ne peuvent s’assimiler à un maïdan bis…

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