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Au commencement était l’amour. Puis comme toute bonne chose, l’amour a porté un fruit. La famille est née en même temps que le premier humain procréé. Premier lieu de relations, premier lieu de solidarité, premier élément d’identité, la famille est le socle anthropologique le plus élémentaire. La cellule de base de toute société selon la formule chrétienne.
Mais de port la famille est devenue forteresse. Assiégée par la société de consommation dont elle gêne les pillages comme une motte castrale gênait ceux des Huns, elle doit tenir coûte que coûte. En France, elle est défendue par une femme dont le nom est celui d’une très vieille famille. Un nom magnifique dont les particules sonnent comme les témoignages de siècles de dévouement, d’amour et de sacrifices : Ludovine Dutheil de La Rochère.
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Rousseau en son temps prodiguait sans pudeur ses bons conseils éducatifs, tout en ayant abandonné sans vergogne ses propres enfants. Avant de se lever pour défendre la famille, Ludovine de La Rochère a au contraire bâti patiemment la sienne. Une famille qu’elle a eue tôt : mariée à vingt et un ans, son aîné naissant deux ans plus tard. Elle aura quatre enfants. Sa famille : tout y commence et tout y termine. Le but et le moyen de son combat. Ludovine de La Rochère est présidente de La Manif pour tous.
Elle qui a connu l’apport extraordinaire d’une famille aimante est en première ligne pour constater les effets dramatiques d’une famille dégradée sur les enfants.
Un rôle pour lequel elle semble avoir été préparée depuis toujours, par ses expériences professionnelles et personnelles. Elle passe son lycée à la Légion d’Honneur, puis enchaîne avec des études d’histoire et un CAPES d’histoire-géographie. Une vie très loin des tumultes de la politique et du militantisme, mais pas dénuée d’esprit de service pour la société. Des premières années dans un collège public, situé dans une zone difficile de l’Essonne. Elle qui a connu l’apport extraordinaire d’une famille aimante est en première ligne pour constater les effets dramatiques d’une famille dégradée sur les enfants.
« Des enfants traumatisés. Ils m’ont appris que l’État ne peut en aucun cas remplacer la famille ».
Famille dont elle loue l’aspect structurant : « J’ai eu la chance d’avoir une expérience de la famille très positive. Comme dans toutes les familles il y a chez nous des difficultés, des désaccords et parfois des choses douloureuses. Mais je savais que quoi qu’il arrive j’y avais toujours une place ». Dans le collège, ses élèves étaient des enfants de sixième et cinquième exfiltrés de la leur, pour être confiés à la DDASS : « Des enfants traumatisés. Ils m’ont appris que l’État ne peut en aucun cas remplacer la famille ». Des secousses humaines terribles : « Chez la moitié de ces enfants, les parents étaient divorcés ou en instance de divorce. J’ai vu à quel point leur vie était cauchemardesque. Plus on agit pour favoriser un environnement familial stable, plus on anticipe les difficultés familiales, plus on anticipe les difficultés sociales ».
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Elle rejoint en 1998 le secrétariat de la revue Commentaire, où elle apprendra le fonctionnement des médias. Elle fait un premier pas vers une carrière plus engagée en 2003, lorsqu’elle devient attachée de presse de la Conférence des évêques de France. L’occasion de remplir son carnet d’adresses, mais surtout d’acquérir une expérience irremplaçable de la communication institutionnelle. Une expérience qu’elle mettra plus franchement au service de ses convictions en travaillant à la Fondation Lejeune comme chargée de communication en 2010. Un poste qu’elle ne quittera qu’en 2014, pour se consacrer entièrement à La Manif pour tous.
Ces années de combat pour la famille n’ont pas été gratuites, et elle a payé parfois cher son engagement : « Ç’a été douloureux pour ma famille. L’exposition a été compliquée pour mes enfants et mon époux. Mais généreusement, ils ont compris qu’il fallait accepter ce sacrifice pour aider ceux qui n’ont pas eu de famille aimante ».
Dans la tempête de 2013 alternent les séquences impeccablement préparées, et celles d’improvisation totale. Des argumentaires construits, des manifestations quasiment sans incidents et visuellement révolutionnaires, aux clips léchés, et soudain un porte-parole perdu dans la foule alors que les caméras ont besoin d’un visage ; Ludovine prend ses responsabilités. Avec son style très personnel. Elle parle lentement, et parfois s’arrête quelques instants pour choisir un mot. Pas seulement par stratégie : elle est consciente que le sujet familial peut faire souffrir son interlocuteur et elle ne tient pas à blesser quiconque. Ce rythme particulier donne à son propos une portée particulièrement forte au milieu des jacassements sans fin des télés d’information en continu. Quand elle utilise les mots « révoltée » ou « émerveillée », on la croit et on veut l’être aussi. Parce qu’elle est avare de superlatifs, elle leur conserve une valeur.
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D’aucuns lui reprochent son nom : trop connoté paroisse versaillaise, vacances à La Baule, chevalière et week-end de chasse en barbour. Mais cet essentialisme de perdant complexé, pour elle, résulte d’un faux-procès : « Dans les médias ça ne pose pas tellement de problèmes. Il faut assumer qui on est. » Ces années de combat pour la famille n’ont pas été gratuites, et elle a payé parfois cher son engagement : « Ç’a été douloureux pour ma famille. L’exposition a été compliquée pour mes enfants et mon époux. Mais généreusement, ils ont compris qu’il fallait accepter ce sacrifice pour aider ceux qui n’ont pas eu de famille aimante ». La plus belle preuve que la solidarité familiale est à la base de toute autre.
Louis Lecomte
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